22.12.2011
Le capitalisme libéral
Le capitalisme libéral est-il le meilleur système socio économique possible ?
« Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes » avait coutume de dire le Docteur Pangloss dans le « Candide » de Voltaire. Moyennant quoi, Voltaire, dans les quelques dizaines de pages du même
conte, s’applique à montrer combien cette affirmation est absurde. Si Voltaire vivait de nos jours, il est vraisemblable qu’il pourrait réécrire « Candide » avec notre situation actuelle. Il le pourrait avec d’autant plus de pertinence que nous sommes entourés d’un nombre impressionnant de Docteur Pangloss qui continuent d’affirmer que nous vivons dans le monde socio-économique le meilleur que l’on puisse imaginer. Tout continue d’être pour le mieux dans le meilleur des mondes. Les spoliations, les persécutions, les massacres, les famines, les misères, c’est ce qu’il y a de mieux. Si, si ! On ne peut pas imaginer d’organisation plus lumineuse et plus humaniste.
Le mécanisme de base qui anime l’organisation sociale de type capitaliste : c’est le profit. Je trouve un profit à agir de telle façon, alors, je ne m’en prive pas. Inversement, je ne trouve aucun profit à cette activité, donc, je m’en abstiens. Ceci est d’un grand bon sens. Disons même que c’est le fonctionnement le plus normal et le plus élémentaire que l’on puisse imaginer. Cela présente tout de même rapidement un inconvénient majeur : on en arrive très vite à la mise en vigueur de la loi
du plus fort. Vu que tu n’es pas très persuadé, je te donne un exemple. Sur un arbre, il ne reste qu’une seule pomme. J’ai envie d’en faire mon profit, mais il se trouve que toi aussi. Comme la nature dans sa grande injustice m’a bâti beaucoup plus costaud que toi, je décide que mon profit est préférable au tien. Je prends la pomme. Et si tu essaies de t’y opposer, par-dessus le marché, je te flanque une raclée. Non mais ! Par la suite, comme j’ai constaté que les pommes sont pour moi d’un bon profit, comme je suis toujours le plus costaud, je te les fais cultiver et je te donne en échange juste ce qu’il te faut pour que tu survives et que tu te reproduises comme une simple bête dans une étable.
Comme tu es très pertinent, tu me demandes : Hé ! Et il est où le capital, la dedans ? Bah justement, c’est parce que au fil des millénaires j’ai accumulé le capital que je suis le plus costaud. Il faut vraiment tout
lui expliquer à celui là.
Mais dans le fond, je n’ai pas très envie de tout lui expliquer. Parce que si je lui explique tout, il va se rendre compte à quel point la situation est inique. Il va se rendre compte que je ne bâtis ma puissance qu’en exploitant abusivement sa force de travail essentiellement pour mon profit personnel. Alors, je lui raconte des calembredaines. Je lui dis qu’un propriétaire de pommiers agit par altruisme pour fournir des pommes à tout le monde. Hé, je ne vais tout de même pas lui avouer que je fais cultiver des pommes exclusivement pour augmenter mon capital et donc ma puissance personnelle au détriment du bien être de lui et de ses semblables. Je lui fais croire qu’un banquier à pour mission de financer l’industrie et donc de permettre de créer une économie florissante de laquelle tout un chacun peut jouir sans retenue. Il serait très absurde de me mettre à lui révéler qu’un banquier n’a pour seule mission que d’accumuler des profits financiers qu’il distribuera à ses actionnaires sous forme de dividendes.
Quand je réfléchis au capitalisme, il y a plusieurs choses qui me surprennent toujours.
Tout le monde connait nombre de gens qui, dans la discussion se complaisent à constater que le système capitaliste est la cause de tous leurs maux. Mais, les mêmes, lors d’élections, quel qu’en soit le niveau, votent pour des représentants qui, n’envisagent absolument pas de changer quoi que ce soit de façon fondamentale. Le plus souvent, ces représentants sont, eux même, des zélateurs du système en place. Dans le meilleur des cas, ces mêmes représentants aimeraient replâtrer la chose. En effet, on entend souvent des candidats qui annoncent des choses mirifiques. On
travaillera beaucoup pour gagner beaucoup. Le capitalisme aura un visage humain. Ah bon ? Pourquoi ? Il n’est pas humain le capitalisme ? Mais c’est absurde, tout ça ! Le plus extraordinaire, c’est que je pense que ces braves candidats sont effectivement sincères. Ils rêvent de moraliser le capitalisme. C’est là que c’est incohérent. C’est le vieux fantasme Saint Simonien du patron qui veille sur le bien être et la culture de ses salariés. Ce n’est pas une question de morale, c’est une question de nature. C’est comme
si on voulait moraliser les lions pour qu’ils deviennent végétariens et qu’ils arrêtent de manger des gazelles. Vous l’imaginez, vous, le grand directeur d’une multinationale qui dirait : bon, j’arrête de verser des dividendes pour mieux rétribuer mes salariés. Vous croyez qu’il resterait longtemps en place ?
Cette croyance en une possible moralisation du capitalisme revient à oublier les actionnaires. Vous remarquerez que je ne fais pas allusion au patron d’une petite entreprise où il n’y a pas d’actionnaires ou extrêmement peu. Non, je parle des grands trusts internationaux ou nationaux. Je vous rappelle quand même qu’une grande entreprise capitaliste a, pour mission première et unique, de produire des dividendes. Pour produire un maximum de dividendes, il faut maximiser les prix de vente et minimiser les prix de revient. Or, je ne voudrais faire de la peine à personne, mais il me semble quand même que dans le prix de revient, le salaire des employés et leurs avantages sociaux entrent pour une large part. En fait, il faudrait supprimer les actionnaires. C’est un peu à ça que je pense, mais vous verrez plus loin, dans un autre chapitre, que c’est un peu plus compliqué que ça. Je vous le disais précédemment, une entreprise capitaliste n’a pas de moteur humaniste. Elle ne produit pas des chaussettes pour que les gens n’aient plus froid aux pieds. Elle ne produit pas des chaussettes pour que les employés aient du travail. Elle produit des chaussettes pour dégager du profit, pour distribuer des dividendes. L’économie capitaliste est basée sur la loi du profit.
Il y a une deuxième chose étonnante, c’est la notion d’état. Je dis état dans le sens de gouvernement. Il ne peut pas y avoir de système capitaliste sans gouvernement capitaliste. C’est amusant, du reste, même avec l’ambigüité du mot « état », les gens ne s’en rendent pas compte. En effet, l’état, cela veut dire le pays, mais aussi le gouvernement. On dit le mot état indifféremment pour parler d’un pays (les différents états de l’union européenne) ou pour parler du gouvernement (ça, c’est le rôle de l’état). Et bien, même avec ça, les gens ne réalisent pas que pour qu’un état (le pays) ait un système capitaliste, il faut, et il suffit que l’état (le gouvernement) soit capitaliste. Je vous rappelle quand même (au cas où vous auriez oublié) que l’état est élu par les citoyens. Donc, les citoyens, qui récriminent contre le système capitaliste, ce sont, tout de même, eux qui l’ont élu. Je vous rappelle au passage cet adage qui dit que « les peuples ont toujours les gouvernements qu’ils méritent ».
Vous ne voulez pas me croire que l’état est strictement capitaliste, c'est-à-dire à la solde du système capitaliste ? Alors, je vais vous donner trois exemples.
Il y a une situation de crise. Il faut relancer l’économie. A qui donne-t-on de l’argent ? Aux grands systèmes financiers ou au peuple ?
Toujours en situation de crise, il faut faire des économies. A qui fait-on supporter le poids de l’austérité ? Aux grands magnats de l’industrie et des banques ou au peuple ?
Dans une entreprise, il y a une situation de conflit. Les
salariés se mettent en grève : Débrayages, banderoles, manifestations… C’est vrai qu’il y a trouble de l’ordre public. C’est vrai qu’il faut résoudre ce trouble de l’ordre public. Mais quand deux types se battent dans un bar, en général, on les sépare en utilisant la force. S’il le faut, en utilisant la force contre les deux. Or, dans le cas de notre entreprise en grève, contre qui emploie-ton systématiquement la force ? Contre le patronat ou contre les salariés ?
La troisième chose qui me surprend, c’est que les gens ne réalisent pas la situation idéologique.
Il se trouve que les idées dominantes, dans une société, sont toujours celles de la caste dominante. Je m’explique avec quelques exemples.
Dans les domaines coloniaux, les colonisateurs ont toujours cherché à imposer leurs habitudes, leurs coutumes, leurs lois, leurs visions du monde, leurs religions, leurs philosophies. Pour les peuples conquis, vouloir résister a souvent consisté à tenter de sauvegarder leurs habitudes ancestrales. Accédant à l’indépendance, ils ont espéré retrouver leur passé, leur histoire et leur traditions plus ou moins oubliés. Les idées dominantes, je veux dire les idées officiellement reconnues étaient celles du colonisateur. Attention, je ne dis pas qu’il n
’y avait pas de rebelles. Mais justement, ils étaient considérés comme des rebelles, comme des asociaux et pourchassés comme tels. L’immense majorité, entraînée par les notables, adoptait les usages et les modes de pensée des occupants, c'est-à-dire de la caste dirigeante.
Dans le même ordre d’idée, dans l’Athènes antique, la vision du monde était celle de la société esclavagiste. Platon, qui à l’époque passait pour un homme de progrès, éprouvait un profond mépris pour les esclaves. La caste dominante étant esclavagiste, la pensée dominante était esclavagiste. Au même titre, pendant toute l’époque féodale, les pensées ne pouvaient qu’être que celles justifiant la féodalité. Lorsqu’à la fin du dix huitième siècle, en France, la haute bourgeoisie a réussi à imposer les siennes, cela à conduit à la révolution de 1789. Les idées dominantes on changé parce que la caste dominante avait changé.
Il se trouve que nous vivons dans une société dominée par la haute finance. Il est donc normal que les idées dominantes soient celles qui justifient le dictat du pouvoir de l’argent.
Nous ne nous en rendons pas compte, mais nous sommes imprégnés de cette pensée dominante. Malgré nous, et le plus souvent, à notre insu, nous réfléchissons en fonction de cette pensée. Il va de soi, bien sûr, que si tu sors un instant de cette vision du monde, même par hasard et par inadvertance, il est normal qu’on te rigole au nez avec bienveillance et paternalisme en te traitant de gentil utopiste.
Bon, je sais. Une fois encore, vous ne me croyez pas. Remarquez, vous avez raison de ne pas me croire sur parole. C’est justement le reproche que je fais à mes contemporains de toujours croire tout sur parole sans jamais rien vérifier. Alors, pour une fois que quelqu’un est circonspect sur un dire tombé d’on ne sait où… Encore que… je crains que vous ne me croyiez pas sur parole parce que vous croyez sur parole la parole officielle : Celle du consensus, celle qui est reconnue, celle qui est bien vue, celle que l’on vous a inculquée depuis votre enfance, celle qui n’a pas besoin d’être mise en doute puisque c’est un catéchisme.
Je vous suggère, dans votre analyse des évènements de toujours vous poser une seule question dichotomique. Devant une situation ou une décision quelconque, demandez-vous seulement à qui profite la chose. Est-ce au bénéfice des détenteurs du grand capital ou au bénéfice du peuple ? Vous savez, un peu comme dans les romans policiers où l’on se demande à qui profite le crime.
Et là, comme à l’accoutumé, il faut éclairer votre lanterne, Vous pourriez faire des efforts, quand même ! Mettez-y un peu du vôtre ! Bon, tant pis, il va falloir encore que je vous donne des exemples.
Regardons simplement quelques grands volets de la vie du pays.
D’abord, un sujet qui fâche souvent : La défense nationale. On nous explique qu’il faut avoir une armée de
mercenaires capable de montrer, sur des terres lointaines l’excellence du matériel « made in France » afin d’augmenter le carnet de commandes et donc les profits des marchands de canons français. Comme c’est curieux, ça ! Moi, je croyais que la défense nationale avait pour mission, dans l’intérêt de la population, de permettre aux citoyens de se protéger contre une éventuelle agression militaire venue d’un voisin belliqueux. Je ne sais pas, moi : Andorre ou Monaco ou le Luxembourg.
L’éducation nationale. Il lui est donné pour but de fabriquer des techniciens parfaitement adaptés aux besoins de l’industrie : Des exécutants bien serviles, quoi, un troupeau bien zélé qui tire gentiment la charrue sans trop chercher à comprendre. C’est l’intérêt de qui, ça ? De la population ou du grand capital ? Parce que moi, dans ma candeur naïve, j’aurais pensé que l’éducation devrait former des hommes libres, instruits et cultivés. Mais, que voulez-vous ? Il est tellement plus facile de tromper, d’exploiter et de spolier des gens ignorants et in
cultes. La tentation était vraiment trop grande.
Et la santé ? On voit régulièrement la fermeture d’hôpitaux ou de maternité au nom de leur non rentabilité. Ah bon ? Une maternité doit être rentable ? C'est-à-dire rapporter du profit ? Je dois vraiment avoir un esprit tordu parce que une nouvelle fois, j’aurais cru que le projet était de procurer une bonne santé à la population. Mais j’ai du me tromper. Le but est d’enrichir l’industrie pharmaceutique et les fabricants de matériel médical. La santé des gens, c’est parfaitement secondaire.
Je vous fais grâce de la justice, de la police et de l’inénarrable société de consommation. Si, si ! Vous n’êtes pas là pour vivre confortablement et agréablement. Vous êtes là pour consommer, c'est-à-dire enrichir les possesseurs de l’industrie de consommation.
Vous voyez quand je vous dis que les idées dominantes sont celles de la caste au pouvoir, celle qui possède les clés du système socio-économique. Le plus drôle, c’est que disant ceci, j’ai, en plus, l’impression d’être en dessous de la réalité. Je suis persuadé que si l’on voulait se donner la peine d’y réfléchir un peu, on trouverait une multitude de cas ou le problème est pris à l’envers. On trouverait des situations ou on sert l’intérêt du grand capital et pas celui de la population.
C’est précisément contre cet état de fait que je veux apporter ma contribution.
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19.10.2011
Nouvelle orientation
NOUVELLE ORIENTATION :
INTRODUCTION
Depuis plusieurs années, depuis début 2006, exactement, je rédige des réflexions sur les choses qui m’entourent. Oh, bien sûr, je n’ai pas
terminé. Il y aurait encore tant de choses à dire. Cependant, il me semble que le moment est venu d’éclairer tout cela différemment. Dans un premier temps, on pourrait penser qu’avec les années, je me suis mis à voir les choses autrement et que ceci n’est rien de plus qu’une évolution due au vieillissement et que je vais récuser ce que j’ai dit précédemment.
Que non !
Je persiste et signe !
Tout au plus aurais-je tendance à constater que parfois, dans ce que j’ai écrit, je manque de force, de persuasion, de pertinence dans mon expression. En fait, il me semble que dès le départ, c’était là que je voulais en venir. Il y avait seulement quelques préalables qu’il fallait énoncer. Je ne pouvais pas, sans pré-requis exposer la suite de ce qui va venir.
Depuis le début, je constate, ou plutôt, j’essaie de constater avec la plus grande objectivité possible. Je décris. Hélas, tout cela, si on veut être sévère avec moi, est stérile. Dire et répéter que la soupe n’est pas
bonne ne rend pas la soupe meilleure. Il serait judicieux de suggérer comment il faudrait s’y prendre pour que la soupe soit un peu plus agréable. Karl Marx (1818-1883) fustigeait ses contemporains et ses prédécesseurs en les traitant de philosophes critiquo-utopistes. Suis-je critique ? Je l’espère. Suis-je utopiste, c’est vraisemblable. Rassurez-vous, je ne vais pas vous réécrire tout Karl Marx. Cependant, je pense, avec lui que se plaindre n’est pas suffisant si l’on n’a pas d’autre recette en réserve. Il y a de très nombreuses personnes qui abondent, sans le savoir, dans le
sens de Marx. Vous savez, ceux qui, quand vous récriminez sur le monde qui vous spolie, vous tapent gentiment sur l’épaule et vous disent d’un ton goguenard : Mais mon pauvre vieux, ça a toujours été comme ça et ça le sera toujours et tu n’y changeras rien ! Ils ont effectivement compris que décrier les choses, même avec acuité, même avec force, même avec pertinence cela ne sert à rien si l’on n’a pas de solution de rechange à proposer.
Il y a un adage qui dit que la critique est facile mais que l’art est difficile. C’est vrai. C’est vrai que la critique est facile. C’est vrai qu’il est facile de dire que les choses ne vont pas bien. C’est même vrai qu’il est facile de dire pourquoi elles ne vont pas bien. Mais, dire comment il faudrait s’y prendre pour que ça aille mieux, c’est largement plus compliqué et les exemples ne manquent pas pour prouver que des tentatives diverses n’ont pas remporté un franc succès.
Et oui, l’art est difficile.

Alors, justement, il se trouve que j’ai un goût non dissimulé pour l’art et que la difficulté n’est pas pour me déplaire.
Je vais donc, à partir de maintenant, tenter de vous suggérer des solutions. Je ne dis pas que je suis une divinité messianique. Je ne vous dis pas que je n’écrirai jamais d’âneries. Je vous dis juste que je vais essayer de proposer des modifications qualitatives qui pourraient être astucieusement positives.
Comme vous pouvez le constater, je suis d’une grande humilité. Bah quoi, vouloir changer le monde, ce n’est pas une si grande entreprise ! Et puis, il se trouve que j’ai l’impression que personne n’essaie vraiment de s’y employer. Donc, si personne ne fait rien, et que moi, je tente un petit quelque chose, je ne serai pas pire que les autres. Je peux espérer en toute logique ne pas être pire que rien.
Avant de commencer quoi que ce soit, il me semble qu’il faut faire deux constatations. Vous allez voir, ce sont deux banalités, mais il est bon de les réaffirmer de temps à autre.
La première de ces constatations est que nous vivons dans une société sous tendue par le capitalisme libéral. Jusque là, je n’ai pas dit de gros mots. Ce système social respecte effectivement l’article bien connu de la déclaration des droits de l’homme qui stipule que les hommes
naissent et demeurent libres et égaux en droit (enfin presque, tout au moins théoriquement). Effectivement, tout le monde a le droit de devenir milliardaire. Dans la pratique, c’est un peu moins vrai. Tout le monde à le droit mais je ne suis pas persuadé que tout le monde en à la possibilité. On entend souvent des gens dire, sans rire, que les Français sont des râleurs et des pessimistes ; qu’ils voient les choses en noir. C’est possible. Cependant, depuis quelques temps, on voit aussi fleurir des mouvements parfaitement spontanés extérieurs à tout parti politique et toute formation syndicale qui veulent affirmer leur désillusion et leur rancœur. Ce sont ceux que l’on appelle, et qui s’appellent eux même « les indignés ». Ce sont des gens qui sont indignés par ce qu’ils ressentent le monde qui les entoure comme un tissu d’injustices sociales. Ont-ils raison ? Ont-ils tort ? Disons, a priori que je n’en sais rien. Toujours est-il qu’ils existent. Curieusement,
ces mouvements ne sont pas nés en France. Ce qui donnerait à penser que les Français ne sont pas les plus déçus ou les plus revendicatifs. Ces mouvements partis d’Espagne ont gagné de très nombreux pays de l’Occident. Si leur vision du monde était sans fondement, il est peu vraisemblable que cela aurait gagné des contrées aussi diverses et éloignées avec autant de facilité. Pour qu’un feu de broussailles se développe, encore faut-il qu’il y ait effectivement des broussailles et du vent.
Pour ma part, tout en respectant la noblesse de leurs mouvements et leur pacifisme, je voudrais regretter deux choses. Premièrement, Comme je le disais précédemment, ils dénoncent des situations catastrophiques, mais ils ne proposent rien pour y remédier. Deuxièmement, ils demandent, à leurs gouvernements, d’apporter des
solutions. Or, ces gouvernements, ce sont précisément eux qui ont conduit à la situation que ces indignés récusent. C’est un peu comme si des moutons venaient camper sur une grande place pour demander aux loups de devenir volontairement végétariens. J’envisage donc, et c’est ma participation à cette lutte contre leur désarroi, de leur proposer des solutions.
D’autre part, on voit souvent des statistiques très sérieuses qui affirment que moins de un pour cent de l’humanité thésaurise plus de quatre vingt dix neuf pour cent des richesses mondiales. Malgré une grande permissivité, j’ai du mal à concevoir que cela reflète une sublime justice sociale. Je me souviens, dans ma jeunesse lointaine, de cours de géographie où l’on décrivait le système des « latifundia » inhérentes à l’Italie du Sud ou à l’Amérique latine non sans remarquer avec regret que quelques individus richissimes bâtissaient leur puissance en maintenant une main d’œuvre agricole dans une misère et une inculture profondes. Ne pourrait-on pas penser que ce système, au lieu d’avoir été éradiqué s’est, au contraire généralisé ? Là aussi, je veux essayer de suggérer des solutions de rechange.
La seconde grande constatation que je veux exprimer, est que les plus anciens, dont je fais parti, ont le souvenir de l’aventure soviétique.
Le moins que l’on puisse dire est que cela n’a pas conduit à une réussite triomphale. Je vous expliquerai dans un prochain essai pourquoi cela ne pouvait pas fonctionner. Quoi qu’il en soit, il faut admettre que l’expérience a été conduite jusqu’à son terme et qu’au lieu de ne plus vouloir en tenir compte, il serait bon d’en tirer des conclusions constructives. En attendant, et je le dis de toutes mes forces, malgré certains qui voudraient retenter l’expérience, il ne faut plus jamais recommencer cela.
Il s’en suit que, là aussi, il faut émettre des hypothèses nouvelles. Une nouvelle fois, et toujours avec la même humilité, je vous annonce que je vais m’y employer.
Bon, je vous fais grâce des autres systèmes totalitaires comme le nazisme, le fascisme, le franquisme et autres organisations populistes d’extrême droite qui n’ont pas laissé un souvenir lumineux.
Ecrivant cela, je pense avec une tristesse certaine à tous les gens qui vont ac
hever cette lecture en décidant de ne plus lire ce que j’écris. Ceux qui se disent, en haussant les épaules, que je dois être un illuminé atteint par le gâtisme et la confusion mentale sénile. Je vous promets que je vais faire attention à ce que je raconte. Je ne dis pas que par-ci par-là je ne vais pas me fourvoyer un peu mais justement, je compte sur votre sagacité pour apporter votre touche d’intelligence et d’esprit critique pour remédier à mes errements romantiques ou incohérents. J’ai envie de vous proposer des outils. A vous de les utiliser et, si vous le jugez utile, de les améliorer.
Quoi qu’il en soit, je tiens à affirmer que mon but est de :
promouvoir une justice humaine
ayant pour finalité
le triomphe de la liberté individuelle.
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10.10.2011
Parlons de migrations VI
Et si nous parlions des problèmes de migration ? VI
Récapitulons.
L’animal humain, qui essentiellement nomadise au gré des possibilités de subsistance, se fixe par moments quand il trouve un lieu où il peut prospérer plus facilement.
Des migrations, même importantes ne sont pas préjudiciables si elles sont équilibrées. En revanche, Des immigrations ou des émigrations massives dans un même lieu, si elles ne sont pas compensées entraînent des déséquilibres qui peuvent être inquiétant. A ce titre, des populations installées peuvent voir d’un mauvais œil des arrivées importantes d’autres humains qu’elles peuvent, à tord ou à raison, considérer comme concurrentielles.
Il est très difficile, matériellement et moralement d’empêcher d’autres individus d’arriver et de s’installer. C’est la même chose qu’un
groupe de loups voyant arriver une autre horde s’installer sur ce qu’il considère comme son territoire.
Toutefois, et dans le même temps, si un hameau, un quartier, une région parvenait à s’enfermer efficacement derrière une muraille de protection contre toute immigration, cela entraînerait inévitablement à une situation sclérosante.
Si une région d’immigration massive peut, à la longue, souffrir d’étouffement en ne pouvant plus nourrir ce surcroit de population, ce qui aurait pour résultat de diminuer l’attirance de cette r
égion, et donc de diminuer l’immigration, une autre région d’émigration massive se vide de sa substance humaine et de ce fait peut perdre ses capacités vitales et son dynamisme propre et mourir d’étiolement.
On pourrait imaginer que, à terme, les régions de forte attirance migratoire, peu à peu, soumises à des situations de surpopulation en perdent leur attrait et de ce fait que l’afflux se régularise de lui-même. Cependant, peut-on penser qu’il faille en arriver là en ne comptant que sur la régulation naturelle sans tenter d’intervenir.
A ce sujet, il y a un autre problème dont je vous parlerai dans un autre essai. C’est celui de la surpopulation mondiale. Il va de soi que si la terre comptait largement moins d’habitants, Il serait plus simple de gérer les surpopulations et les migrations. Nos ancêtre du magdalénien pouvaient migrer sans que cela ne gène personne.
En revanche, les régions d’émigration, plus elles se vident et plus leur vivacité et donc leur attrait diminue. On peut don
c en conclure que plus la fuite est importante et plus elle a tendance à s’accélérer pour en arriver à une extinction complète. Qu’on se souvienne, dans certaines régions, des villages morts.
Certaines activités collectives (d’instances internationales ou d’association non gouvernementales) ont un peu influé pour une diminution de l’émigration mais comme le but avéré était autre, cela n’a pas entraîné de conséquences importantes.
Les associations et activités caritatives sont presque sans effet. J’aurais même tendance à penser que leur effet est pernicieux. Si des pays peuvent apporter une manne alimentaire et matérielle conséquente sous forme de dons, cela implique que les pays d’origine de ces dons son suffisamment riches pour concevoir ces cadeaux. Il est donc normal de considérer que c’est là qu’il faut aller vivre. A ce titre, les aides deviennent une affiche publicitaire aggravant l’effet de miroir aux alouettes de l’occident.
Arrivé à ce point de la description des causes de migrations massives, il me faut éclairer un peu un phénomène plutôt paradoxal. Nous avons dit précédemment que ce que les hommes recherchent, c’est un meilleur niveau de vie. En même temps, fournir à des populations des dons et des aides améliorant, en apparence, ce niveau de vie, aggrave le désir d’aller voir ailleurs. Je le redis, cela incite à aller vers la source. Cela pousse à vouloir s’installer dans ces régions suffisamment riches pour pouvoir donner une part de leurs revenus. On pourrait donc en conclure que plus on aide les populations déshéritées et plus on les pousse à fuir leur misère.
Il y a un précepte qui dit si tu veux secourir un homme qui a faim, tu peux, bien sûr, dans l’urgence, lui donner des pommes de terre, mais il est mieux de lui apprendre à les cultiver. C’est très beau, très noble et très généreux. Mais c’est absurde. Cela impliquerait que l’homme en question est suffisamment crétin pour ne pas savoir le faire par lui-même. Je trouve cette vision du monde à la fois très prétentieuse et très méprisante. On fournira des semences, des machines, on forera des puits, on créera une richesse, mais, cette richesse, qui va-t-elle enrichir ? Les nobliaux propriétaires terriens et les fabricants occidentaux de machines agricoles. Les autres, ils n’auront pas de quoi les acheter. Le niveau de vie n’aura pas été modi
fié.
Dans le fond, cela revient à pratiquer ce que j’ai déjà décrit dans un autre texte : La mendicité.
Bien sûr, cela va flatter le narcissisme des donateurs. Egalement, cela implique que la seule manière de lutter contre la misère est d’accroître les rendements agricoles.
Il est entendu que tout cela n’est pas inutile, mais c’est parfaitement insuffisant.
Ce qu’il faut améliorer, ce n’est pas la quantité de produits de consommation, c’est le niveau de vie.
J’en arrive donc à ma proposition. Ces sommes d’argent considérables mises en œuvre, c’est autrement qu’il faut les utiliser.
Nous avons vu que les corruptions locales dilapident le fruit de la fraternité humaine des gens pauvres des pays riches. Il faut donc court-circuiter cette corruption. Pour cela, on pourrait entreprendre de grands travaux qui en eux même ne seraient pas inutiles (autoroutes, lignes de chemin de fer, centrales électriques, lycées, universités, hôpitaux etc.). Je veux dire par là qu’il faudrait entreprendre des créations demandant une très nombreuse main d’œuvre pas forcément très qualifiée sur un temps relativement long. Il va de soi que la rémunération de cette main d’œuvre serait contrôlée par des organismes internationaux peu contaminés par la corruption. Le but serait de verser des salaires dignes de ce nom pour un travail justifié à des salariés nombreux. Il s’en suivrait que cette masse de population verrait son niveau de vie augmenté. Elle pourrait donc consommer plus largement et du coup, relancer une économie malade. Je ne dis pas qu’à terme, tout cet argent ne finirait pas par arriver dans les coffres des nantis, mais en attendant, il aurait parcouru toute une large frange de la population. Certes, sur les chantiers, on y consommerait beaucoup de bière. Mais aussi, on pourrait acheter des
chaussures, des bicyclettes, des vêtements, des réfrigérateurs ou des lave-linge on pourrait améliorer la maison et tout cela permettrait de relancer la machine socio économique. En effet, les marchands de vélos, les couturières, les artisans de tous ordres et à terme les grandes industries vivraient, eux aussi, mieux.
Dans le fond, ces grands chantiers ne seraient pas inutiles en eux même. Il ne faudrait surtout pas que ce soient des travaux inutiles. Mais ce serait, d’abord, la justification d’apporter à la population un niveau de vie plus acceptable, plus gratifiant et plus générateur d’espérance.
Il s’en suit que, les gens vivant mieux, pourquoi voulez vous qu’ils veuillent fuir vers un endroit moins misérable ?
Il y aurait encore des personnes qui préféreraient aller vivre ailleurs. Mais les raisons n’étant plus économiques, on pourrait espérer que les motivations s’équilibrent. Je vous assure : S’il n’y avait pas la misère et la corruption, certains pays du tiers monde seraient de véritables paradis.
Alors, et seulement alors, il deviendrait possible de dire : On vit aussi bien ici qu’ailleurs. Tu es libre. Tu vas où tu veux.

Les frontières de la richesse sont abolies.
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28.08.2011
Parlons de migrations V
Et si nous parlions des problèmes de migration ? V
Nous avons dit que les migrations massives et unilatérales entraînaient des complications et des déséquilibres sociologiques graves, tant pour les pays de départ que pour les pays d’arrivée. Il serait donc pertinent de savoir contrôler ces flux.
Il faut bien, et je le réitère, que les deux caractéristiques soient réunies pour créer des situations de déséquilibre. En effet si une
migration est unilatérale mais pas massive, c’est négligeable et si une migration est massive mais bilatérale, l’équilibre est maintenu, même si des problèmes annexes ne sont pas sans importance.
Le premier reflexe consiste à vouloir, dans les lieux d’immigration, résister et tenter d’interdire la venue de nouvelles personnes. C’est une réaction très naturelle et parfaitement généralisée. A titre d’exemple, je vais vous rappeler ce type de comportement que les ruraux connaissent bien. Quelques familles, sans se concerter, on acheté des terrains dans un village, y ont construit une maison et s’y sont installés. Quelques temps après, ils apprennent que d’autres terrains sont classés
constructibles. Les voila qui se constituent en association de défense et au nom du respect des milieux ruraux veulent interdire aux autres ce qu’ils ont fait, eux même, cinq ans auparavant. Au même titre, les romains qui avaient conquis et colonisé la Gaule ont tenté quelques siècles plus tard de s’opposer à l’arrivée des Francs qui ne faisaient rien d’autre que reproduire ce qu’ils avaient réalisé quelques siècles avant. Parfois, on veut bien que d’autres viennent, mais à la condition qu’ils gardent un
statut de sous homme avec des droits inférieurs comme à Athènes avec les métèques qui ne pouvaient jamais devenir citoyens. Cela me rappelle une histoire amusante dans un village où j’ai vécu longtemps autrefois. Un soir, lors d’une réunion du conseil municipal, un conseiller, qui par le passé avait vendu des terrains constructibles pour s’enrichir un peu, a demandé avec le plus grand sérieux au maire ce que l’on pourrait faire pour empêcher les nouveaux habitants de voter dans la commune. Croyez moi, malgré les mouvements effarés et se voulant discrets du maire (sur la liste de qui il
était pourtant élu) pour le faire taire, rien ne parvenaient pas à lui laisser supposer qu’il était en train de dire une énormité. Au même titre, combien de fois entend-on des gens récriminer sur le fait que les immigrés ont droit à la sécurité sociale ou aux mêmes aides dont jouissent les autres.
L’idée première est de se protéger derrière une muraille. C’est absolument inopérant. Tous les jours des clandestins sont reconduits à la frontière. Tous les jours, d’autres tentent de franchir la palissade. Ils le tentent au péril de leur vie et ils le savent mais ils le tentent quand même. Et, il faut bien avouer que le nombre de ceux qui réussissent à passer est éminemment plus grand que celui de ceux que l’on intercepte. Au Etats Unis où le problème est multiplié par dix par
rapport à ce que l’on connait en Europe, un long grillage avec des miradors boucle la frontière avec le Mexique. Cela n’arrête qu’une petite partie des immigrants clandestins. De plus, ceux qui ont été interceptés une fois recommenceront avec cette fois-ci une expérience accrue et donc une meilleure chance de réussir.
Il y a quelques années, j’avais écrit une petite histoire qui traite du même sujet. Je vous la livre in extenso.
HISTOIRE DE SOURIS
14 juillet 2006
Voila. Ça se passe dans deux villages séparés par une rivière. Dans le premier, il y a plein de blé. Alors, les souris de ce village sont très contentes. Elles sont grasses et bien nourries. Hélas, dans l'autre village, il n'y a que très peu de blé. Les souris du deuxième village sont maigres et très malheureuses.
Bien sur, les souris du deuxième village aimeraient bien venir dans le premier village mais les souris du premier village ne veulent pas. Elles tiennent à garder leur blé pour elles toutes seules.
Les souris du deuxième village, la nuit, au risque de se noyer, traversent la rivière. Hé, il faut survivre. Il faut ravitailler les petits et la famille.
Les souris du premier village, pour protéger leurs richesses, achètent plein de chats et les chats des souris du premier village mangent les souris du deuxième village. Enfin, celles qu'ils réussissent à attraper. Parce que les souris du deuxième village, elles ne sont pas idiotes. Elles ne se laissent pas faire, elles se cachent comme elles peuvent. Elles racontent qu'elles sont du premier village, elles essaient d'obtenir l'autorisation d'habiter dans le premier village et, quand elles n'y arrivent pas, elles se font faire des faux papiers de souris du premier village.
Dans le premier village, on multiplie les chats et on aiguise les crocs et les griffes des chats. On leur donne des lunettes qui voient la nuit.
Dans le deuxième village, on admire beaucoup les souris qui ont osé
braver la rivière et les chats. Parfois, on apprend qu'une cousine a été dévorée par un chat. On pleure beaucoup mais une autre aura le dévouement et l'héroïsme de la remplacer.
Dans le deuxième village, on sait que là où il y a du blé, les souris, même en connaissant l'existence de chats n'hésitent pas à risquer leur peau. C'est la loi de la nature de souris.
Ne pas y aller, c'est avoir la certitude de mourir de faim et de déchéance alors que risquer le coup, c'est admettre l’éventualité de se faire bouffer, mais avec l'espoir de survivre.
Alors, dans le premier village, on augmente le nombre de chats et dans le deuxième village, on se dit que si dans le premier village on fait un tel élevage de chats, c'est que, vraiment, cela indique qu'il y a beaucoup de blé.
Plus il y a de blé, plus il y a de chats et plus il y a de chats, plus il y a de souris (du deuxième village).
C'est drôle, quand on joue au chat et à la souris, au risque de se faire bouffer, personne ne veut être chat et tout le monde fait tout ce qu'il peut pour rester souris (du deuxième village).
Ceci n'est qu'une histoire de souris. Heureusement, les autres animaux sont moins bêtes et n'en arrivent pas à de telles extrémités.
Vouloir em
pêcher les arrivants d’arriver, c’est inopérant et donc absurde. Alors que faire ?
Si on ne peut pas enrayer l’immigration, peut-être faudrait-il contrôler l’émigration. Bien sûr ! Mais non. C’est idiot. Et c’est idiot pour deux raisons. D’abord, parce qu’on ne peut pas attacher par la patte chaque citoyen du tiers monde à l’arbre qui pousse devant sa maison. Et deuxièmement parce que les chefs d’états du tiers monde voient d’un œil très favorable, par les envois des émigrés à leur famille, cette entrée substantielle de devises fortes.
Reposons nous la question : Pourquoi les gens veulent-ils aller ailleurs ?
Vu que je l’ai déjà dit plusieurs fois, je vous laisse réfléchir. Hé, vous ne croyez tout de même pas que vous n’allez rien faire d’autre que d’ouvrir la bouche paresseusement et que je vais toujours verser dedans la bouillie tiède et écrasée à point ! Soyez un peu actifs dans votre réflexion !
Alors ? Pourquoi les gens veulent-ils aller ailleurs ?
J’attends.
Oui, Mémaine ? Tu dis ? Les gens veulent aller ailleurs parce qu’ils pensent, à tord ou à raison, qu’ils seront mieux ailleurs. Très bien Mémaine. Ça fait plaisir. Il y en a au moins une qui suit. Comme quoi, les élèves studieux et attentifs, cela existe encore.
Cela dit, entendons nous bien. Il faut que la différence soit notoire. On ne va pas abandonner son quartier, ses parents, ses amis, ses voisins, ses habitudes, son climat pour dix centimes de plus de l’heure. Encore faut-il que la différence vaille le déplacement. Et plus c’est loin, plus la différence doit être conséquente.
Comme nous parlons ici de réfugiés économiques, ce qui est recherché, c’est un niveau de vie digne de ce nom.
La conséquence immédiate de ce que nous venons de dire c’est que pour dissuader des gens de partir en quête d’un hypothétique meilleur niveau de vie, il faut, et il suffit d’améliorer leur niveau de vie chez eux.
Des tentatives ont été faites.
Intentions louables !
Mais en dépit du bon sens.
On a quêté dans les rues et les gens, empreint de générosité ont donné. La majeure partie a été détournée par des dirigeants peu scrupuleux d’organisations qui se déclaraient humanitaires. Si par
hasard, un peu d’argent arrivait sur place, il était accaparé par des potentats locaux qui s’empressaient de le reverser sur comptes secrets dans des paradis fiscaux.
On a versé des subventions accordées par des organismes internationaux officiels pour des programmes bien précis. La corruption a été telle que ces projets n’ont jamais abouti. Un ami, ayant habité longtemps au Pérou me racontait la chose suivante. La côte péruvienne est habitée de nombreux marins pécheurs. Ces gens ont peu ou pas de débouchés pour leur travail. Des responsables fort intelligents et généreux du FAO (food and agriculture) (organisme de l’ONU) ont imaginé de subventionner la construction de conserverie de poisson. Hélas, la subvention est débloquée. On commence les travaux, mais,
corruption aidant, on n’a pas assez d’argent pour arriver à terme on ne termine pas. On ne peut pas continuer puisque les fonds ont été intégralement versés et dépensés. Quelques années plus tard, d’autres hauts responsables aussi intelligents et généreux que les précédents recommencent la même opération un peu plus loin. On ne peut pas reprendre le précédent chantier puisqu’il est officiellement terminé. Résultat : Quelques décennies plus tard, sur la côte péruvienne, on peut voir, tous les cinquante kilomètres, des conserveries de poissons jamais terminées, en ruine, passablement pillées et envahies par la végétation.
Certains états ont souhaité offrir des installations de services divers. A Yaoundé, la Corée du Sud avait offert une maternité moderne clef en main. Elle ne pouvait pas servir. Les Coréens avaient effectivement construit et équipé cette maternité mais, si l’investissement avait été intégralement fourni et la maternité terminée, il n’y avait pas de budget de fonctionnement pour pouvoir l’utiliser.
Des ONG ont imaginé d’envoyer, non plus de l’argent, mais des
biens de consommation vêtement, chaussures et surtout nourriture. Des hommes politiques ou de hauts fonctionnaires ont aussitôt imaginé de tirer profit de cette manne providentielle et de la vendre. On a vu ainsi, puisque les populations locales ne pouvaient pas les acheter, des sacs de riz qui auraient du être distribués gratuitement, pourrir sur des tarmacs d’aéroports.
Est-ce à dire qu’améliorer le niveau de vie des populations en détresse est une chose impossible ? Je ne le pense pas.
C’est ce que nous verrons dans le prochain chapitre.
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20.08.2011
Parlons de migration (IV)
Et si nous parlions des problèmes de migration ? IV
Nous avons vu précédemment que, qu’on le veuille ou non, les phénomènes migratoires, cela existe. Nous devons maintenant réfléchir sur les conséquences que cela implique. Quand je dis conséquences, cela veut dire conséquences positives et négatives. D’autre part, cela veut dire aussi, quantitativement : échelle de conséquences allant de négligeables à fondamentales.
Commençons par ce qui est positif.
Vous êtes dans un quartier, ou un hameau. Une nouvelle famille vient s’installer. Qu’elle vienne de la commune d’à côté ou de l’autre bout de la terre, ils auront des choses à raconter : Des souvenirs, des habitudes, des idées, des savoir faire, des quantités de notions que vous n’aviez pas. Et plus ils arriveront de loin et plus les nouveautés qu’ils apportent seront nombreuses et variées. Ils apporteront avec eux un sang nouveau et un regard plus vaste sur le monde. Ils éviteront à votre microcosme, replié sur lui-même et ignorant de ce qui existe plus loin que les environs
immédiats de son propre nombril, avec une expérience différente de la vie, de se scléroser. C’est un nouveau souffle, une découverte et un agrandissement de l’univers.
De plus, si votre quartier avait tendance à vieillir et se dépeupler, les nouveaux arrivants vont justifier le maintient de certains services et commerces : Une école, un bureau de poste, une pharmacie, un boulanger et autres diverses utilités. En même temps, cela justifiera aussi, pour les administrations, le maintient de l’entretien des voiries, des adductions d’au, de l’équipement électrique ou du réseau téléphonique.
Vous voyez que ce n’est pas inutile d’avoir de nouveaux habitants.
En revanche, cela présente aussi quelques inconvénients.
Nous avons vu que si une nouvelle famille vient s’installer dans le quartier, c’est plutôt bénéfique. Certes. Oui, mais s’il y en a mille ? Là, ça va poser des problèmes. Des problèmes de logement, des problèmes d’école, des problèmes de santé (on va manquer de personnel, de locaux, de matériel et tout ce qui va avec). On aura des problèmes d’infrastructures : des routes, de l’eau, de l’électricité, des emplois et, tout simplement, de la nourriture. Accueillir les réfugiés, dans un premier temps, la main sur le cœur, cela peut être généreux. Mais, dans un deuxième temps, si le nombre est trop grand, cela peut devenir suicidaire. Cette constatation qui est une simple évidence est, du reste, pain béni pour des partis démagogiques et réactionnaires qui peuvent dire : Si ça va mal chez nous, c’est parce qu’il y a trop d’immigrés. Chassons les immigrés et vous verrez comme tout ira bien. Pour des raisons électoralistes, on accuse la présence d’immigrés pour occulter volontairement tous les autres motifs de dysfonctionnement conduisant à une situation de précarité populaire.
On en arrive à ce paradoxe que la France qui se veut une terre
d’accueil ne peut pas accueillir les gens qui demandent asile. On essaie de pratiquer un distinguo. On dit que l’on accueille les réfugiés politiques. Ceux la, s’ils restent dans leur pays sont en danger de mort. Oui, mais, les gens qui fuient un génocide, sont-ils des réfugiés politiques ? Les kurdes, par exemple, et plus récemment les Libyens ? Vous voyez que, déjà, la notion de réfugiés politiques est ambigüe. Si en plus, on ajoute ceux qui fuient la famine, il est entendu que, même s’ils sont en danger de mort, ce ne sont pas des réfugiés politiques. On parle
alors de réfugiés économiques. C’est une expression élégante pour se dire à soi même que de ceux là, on n’en veut pas. Pourtant, ce sont, et de loin, les plus nombreux. Peut-être que c’est justement parce qu’ils sont les plus nombreux que l’on n’en veut pas. La raison pour laquelle ils fuient, cela est bien indifférent. Ce qui compte, c’est le nombre. Accueillir de temps à autre un opposant politique d’un pays lointain, cela permet de revaloriser son propre narcissisme en disant à qui veut bien l’entendre: voyez comme nous somme une terre d’asile ! Nous sommes beaux, nobles et généreux. Mais dès lors qu’il s’agit de venir en aide à des populations en détresse, hé ho ! Il ne faut pas exagérer, non plus. Nous voulons bien être généreux, mais pas trop, quand même. Juste quand ça ne nous coute pas grand-chose.
La situation est contradictoire.
Peut-on accueillir tous les déshérités de la planète ? Non, évidemment. Tenez, je vous suggère un petit calcul. L’occident en
arrondissant un peu compte un peu plus de cinq cents millions d’habitants. Dans le monde plus d’un milliard et demi d’habitants vivent sous le seuil de pauvreté. Ils sont donc environ le triple de la population occidentale. S’ils venaient tous se réfugier en occident, cet occident verrait, en conséquence, sa population multipliée par quatre. Vous l’imaginez, vous, la France avec deux cent quarante millions d’habitants ? Ou les Etats unis d’Amérique avec un milliard deux cents millions ? La chose est effectivement absurde. Les partis d’extrême droite, même s’ils y ajoutent des connotations religieuses et racistes, vu sous cet angle, même s’ils exagèrent très largement la situation, n’ont pas complètement tord. On ne peut pas accueillir tout le monde. Le problème va donc être : si très peu, c’est très positif et que beaucoup c’est insupportable, où est la limite ? Quel est le pourcentage qui va faire que l’on passe du positif au n
égatif ? Et même cette approche est absurde puisque quand une personne est immigrée et installée, va-t-on la compter comme immigrée ou comme population locale ? Au bout de combien de temps un immigré sera-t-il considéré comme population locale ? Faut-il rejeter les Francs de l’autre côté du Rhin et les latins de l’autre côté des Alpes pour se retrouver strictement entre Gaulois ?
Parmi ces inconvénients des problèmes migratoires, il y en a un autre très grave auquel on ne pense pas souvent. Les immigrants posent des problèmes (quand ils sont nombreux) mais les émigrants aussi.
Dans une situation de détresse quelconque, quels sont les premiers à tenter de trouver une solution ? Je suis sûr que vous ne vous étiez jamais posé cette question. Alors, je ne voudrais faire de la peine à personne, mais il me semble bien que ce sont quand même les plus malins, les plus futés, les plus costauds, les plus entreprenants et les plus dynamiques. Je me souviens d’un vieux Monsieur qui, quand j’étais jeune, tenait ce raisonnement féroce et un peu cruel mais drolatique et pas dénué de fondement sur l’exode rural. Pour retrouver le sel du discours, il faut le lire avec l’accent de l’Aveyron et en roulant les « r »
comme si on vidait un panier de pommes de terre dans l’escalier de la cave. Il disait : Vous comprenez, dans les villages comme celui-ci, Les moins demeurés, les moins abrutis, ceux qui ont réussi à apprendre à lire, ils s’en vont. Ils vont n’importe où pour faire n’importe quoi, mais ils ne restent pas. Les garçons vont travailler sur n’importe quel chantier, ils entrent à la poste ou au chemin de fer, ils s’engagent dans la gendarmerie. Les filles se font embaucher comme boniche ou comme employée municipale à la ville mais ils foutent le camp.
Ceux qui restent, ce sont les plus tarés, les plus idiots et les plus crétins. Ils se marient entre eux et ils en refont des pires. Je vous accorde que la démonstration, énoncée avec la fougue et la verve inhérente à la faconde méridionale, même si elle ne péchait pas par excès de charité sociologique, ne manquait pas de panache et de persuasion. De plus, il n’était pas rare d’entendre un agriculteur
dire : Bébert, lui, il n’aime pas trop l’école. Le soir, quand il rentre, il n’a pas envie de faire ses devoirs. Il préfère aller à l’étable pour voir les vaches. Alors, c’est lui qui reprendra la ferme. Les autres, ils trouveront bien autre chose.
Pour ce qui est des émigrants qui partent au loin pour fuir une misère économique et aussi une misère morale, on se trouve assez, et à une plus grande échelle, dans une situation comparable. Ceux qui partent, ce sont les plus entreprenants, les plus dynamiques, ceux qui rêvent le plus d’une vie meilleure irréalisable chez eux. Combien de jeunes gens, nantis d’un baccalauréat local ou d’un diplôme équivalent arrivent en Occident avec l’espoir fabuleux d’acquérir des connaissances importantes pour en faire profiter
les compatriotes qui, finalement, ne repartent jamais parce qu’ils ont compris que les techniques qu’ils ont si chèrement étudiées sont, à cause du manque d’infrastructures et à cause de la corruption, inapplicables chez eux ?
Il s’en suit donc que si les immigrants, par leur nombre, posent des problèmes graves dans le pays où ils arrivent, les émigrants, en posent de non moins sérieux dans le pays d’où ils partent en le vidant de sa sève la plus nourricière et la plus riche. L’émigration massive prive les pays du tiers monde de ses bras les plus vigoureux, de ses intelligences les plus vives et de ses combativités les plus drastiquement volontaristes.
Nous pouvons donc conclure que ce qui est grave, ce ne sont pas les phénomènes d’émigration et d’immigration, mais leur importance, leur volume. Un migrant qui quitte l’Italie pour l’Espagne, c’est négligeable. Nous avons même vu que cela peut être bénéfique. En revanche, un million d’Italiens qui partent pour l’Espagne, c’est une tragédie des deu
x côtés.
C’est amusant, cela rejoint une notion caractéristique des religions de l’Inde qui dérivent des Védas. Il y a une notion dans l’indouisme qui concerne l’équilibre du monde. Cela s’appelle le dharma. Tout bon hindouiste (et pratiquant des différentes religions dérivant de la même origine) a pour soucis permanent de préserver le dharma. D’abonder dans son sens et de le promouvoir. Il faut préserver et renforcer l’équilibre du monde : le dharma.
Or, il se trouve que des migrations massives et unilatérales ont pour résultat de créer un déséquilibre, de rompre le dharma. C’est vrai, ça. En fait, si un million d’Italiens partent s’installer en Espagne mais que dans le même temps, un million d’Espagnols font le voyage inverse et partent pour l’Italie, cela ne devrait pas poser de problème majeur. Je ne dis pas que ce serait simple, mais en tous cas, beaucoup moins compliqué à gérer. Les c
hoses s’équilibrent. Le dharma est respecté.
Avec tout ce que nous avons dit, il va de soi que la question est préoccupante. Nous vivons dans une situation de déséquilibre.
Notre réflexion va donc devoir porter sur les moyens de rétablir l’harmonie du monde.
Vous vous rendez compte ? Rétablir le dharma. Cela justifierait d’échapper à la transmigration de l’âme et de mériter d’entrer dans le Nirvâna de Brahma. Cela vaut le coup d’essayer ! Non ?

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10.08.2011
Parlons de migrations III
Et si nous parlions des problèmes de migration ? III
Les gens migrent souvent tout seuls. C’est même le plus fréquent. Et je dirais, de plus, que c’est la chose normale. Il est normal que
l’individu humain, devenant adulte, quitte le cocon familial. Il peut arriver qu’il se contente de reprendre l’ancienne maison du grand père qui est à l’autre bout du jardin, mais le plus souvent, il va quand même un peu plus loin.
Les déplacements, outres le fait de l’accession à l’âge adulte et le besoin d’indépendance par rapport aux parents on deux causes principales. La vie matrimoniale et le travail. Depuis fort longtemps, une fille qui se mariait quittait sa famille et allait vivre dans celle de son mari. Cela pouvait aussi, plus rarement, arriver dans l’autre sens quand la marié était fille unique et qu’elle était la continuatrice d’un petit commerce ou d’un atelier ou d’une exploitation agricole. De nos jours, les deux partent fonder un foyer ailleurs. Les moyens de
déplacement s’améliorant, il n’est pas rare de voir un garçon de Toulon rencontrer en vacances à Biarritz une fille de Nancy. L’autre aspect est la recherche d’un emploi. Nous avons déjà évoqué les migrations quotidiennes massives. De nos jours, un individu peut très bien imaginer de déménager fort loin pour trouver un emploi. Nos deux petits amoureux de tout à l’heure (l’un de Toulon et l’autre de Nancy et qui se sont connus à Biarritz) peuvent très bien partir s’installer, pour des raisons d’emploi, à Saint Nazaire.
Alors, dites moi, sans rire, et en me regardant bien dans les yeux, que les migrations ne sont pas une chose normale.
Je l’ai déjà dit et je le réitère, on migre pour fuir ou pour vivre mieux. Du seizième au début du vingtième siècle, des Européens sont partis pour les Amériques. Certains fuyaient des guerres ou des
persécutions (le plus souvent religieuses). Certains fuyaient un écrasement par une puissance étrangère. Combien d’Irlandais, à ce titre, sont partis pour les Amériques ? Cependant, ce n’était pas là des migrations collectives. On partait, un individu, voire une famille. On fuyait la répression, certes, mais pas seulement. On fuyait aussi la misère. On fuyait la famine. On fuyait vers des rêves fabuleux de vie confortable et de liberté. Il ne s’agissait pas de populations entières, tout au plus une famille, mais souvent des individus isolés. Je ne vous dis pas que ces individus isolés étaient tous des enfants de cœur et nombre d’entre eux n’étaient
que des aventuriers fuyant plus ou moins la justice. Ajoutez à cela tous ces états européens qui, pour se débarrasser de personnages indésirables, les déportaient allègrement vers des territoires coloniaux. La Nouvelle Zélande ou la Nouvelle Calédonie, ont, ainsi, été peuplées de condamnés politiques, de voyous et de prostituées. En Russie, les déportations en Sibérie ont été inventées longtemps avant la dictature de Staline.
Ces migrations individuelles restent nombreuses. Le rêve du pays lointain fait toujours fureur. Qui n’a jamais entendu une connaissance évoquer son désir de partir pour l’Australie ? Et parfois, le rêve se réalise.
Il reste, comme je vous l’avais dit, une troisième sorte de type migratoire. C’est, dans le fond, un peu les deux autres sans être ni l’un ni l’autre. Les gens migrent bien individuellement mais le résultat est massif. Il arrive encore que l’on fuie un régime dictatorial ou une répression militaro policière, mais on fuit surtout la misère et la famine. Les gens qui fuient sont toujours devant un risque de mort, un peu, sans doute pour des raisons politiques, mais surtout pour des raisons économiques. Le rêve est le même. Il faut fuir vers un pays où la survie est assurée. Fuir, fuir, fuir.
Dans ce type de migration, on fuit seul mais avec l’arrière pensée « d’aider » ceux qui sont restés au pays. Le but n’est pas de s’installer définitivement, mais de gagner de l’argent pour le reste de la famille. Un Malien, en Europe, sans papiers et donc surexploité, avec ce qu’il envoie chaque mois, peut faire vivre une trentaine de personnes restées au pays. Egalement, au départ, l’idée n’est pas de s’installer dans une nouvelle patrie. Au contraire, l’illusion est de venir, de gagner de l’argent, beaucoup d’argent puis, fortune faite de retourner au pa
ys. Là, d’acheter un magasin ou un restaurant et de continuer de vivre confortablement au paradis retrouvé. Hélas, les choses ne se passent pas comme ça.
Celui qui part n’est pas dissuadé par sa famille qui lui montrerait la folie de son entreprise. Au contraire, il est soutenu et encouragé. On cotise pour l’aider à payer les passeurs et escrocs de tous poils. Il sait les risques encourus dans le voyage. Il sait que sa vie est en danger. Mais il l’entreprend. S’il est arrêté et refoulé, il recommencera avec une meilleure expérience. S’il meurt, on le pleurera beaucoup en rappelant son courage et son abnégation mais un autre prendra sa place. En revanche, s’il réussit, il devient un héros familial.
Il est maintenant installé depuis plusieurs années. Admettons même qu’il a fini par obtenir un titre de séjour. La fortune ne vient pas. C’est difficile. Il va favoriser la venue d’un frère ou d’un cousin, ou d’un fils pour l’aider. Plus tard, il fera venir sa femme et ses enfants. Peu à peu, en gardant toujours le rêve du retour triomphal au pays, il va s’installer. Si des enfants naissent dans le nouveau pays, ils iront à l’école. Ils oublieront leur langue d’origine et quand, un beau jour, ils iront passer
des vacances dans leur village ancestral, ils y seront réellement des étrangers. A la deuxième génération, le fantasme du retour au pays est oublié. Quand l’immigré va passer des vacances au pays, il doit pouvoir étaler sa réussite sinon, avouer un échec, voire un semi échec, ce serait un déshonneur. On a souvent ri de ces familles marocaines qui partent avec une voiture hors d’âge emplie jusque sur le toit d’objets divers que l’on distribuera au pays. Mais, ils arrivent avec une grosse automobile et des cadeaux affirmant leur réussite sociale… Même si pour cela, ils vivent dans un appartement misérabl
e dans une cité lugubre, ils peuvent, au pays, jouer aux milliardaires américains.
L’image de cet occident où l’on vit dans un pays de cocagne s’amplifie et se renforce et, cela entraîne de nouvelles tentatives.
Ce type de migration est bien individuel, mais touche des masses importantes de population. L’échec ne rebute pas mais la réussite, même mitigée, entraîne d’autres vocations. De plus, je parle de réussite mitigée ; mais il
faut remettre les choses dans leur contexte. Vivre chichement en occident, c’est tellement plus rassurant que le pays avec sa malnutrition et ses enfants atteints de rachitisme, sa quasi absence médicale, son paludisme chronique, sa corruption et sa misère endémique.
Aujourd’hui, pour les pays du tiers monde, l’occident par l’image qu’il donne de lui, par son clinquant, ne peut être qu’un miroir aux alouettes où viennent échouer les rêves les plus merveilleux.
Je rappelle que l’on migre pour être moins mal ou pour être mieux. Etre mieux, cela veut dire avoir une vie plus facile, plus confortable, plus agréable. Comment le tiers monde voit-il l’occident ? Il faut d’abord savoir une chose. Quand l’électricité arrive, la première chose, c’est la lumière et juste après, on fait l’acquisition d’un récepteur de télévision. Si, si ! Avant le réfrigérateur, avant le lave linge, on achète une télévision. Et là, que voit-on ? On est abreuvés par des « soap opera » et
des « sitcoms ». Pour ceux qui ne savent pas la différence, les sitcoms, ce sont ces choses qui se veulent drôles et qui sont ponctuées en permanences de rires enregistrés (paquets de rires, en anglais lot of laugh, en abrégé : lol). Pour mieux comprendre, quelques exemples : Friends, Malcolm, Hélène et les garçons, etc. Les soap opera, c’est la même chose, mais sur un sujet qui se veut sérieux et sans les rires. Encore quelques exemples : Santa Barbara, Amour gloire et beauté, Les feux de l’amour et bien sûr l’archétype : Dallas. Qu’y a-t-il de récurrent dans tout cela ? Il s’agit toujours de personnages jeunes, beaux, en bonne santé qui vivent tous dans des appartements luxueux, immenses, bien décorés et toujours neufs. Ces personnages ne travaillent jamais et quand ils travaillent, ils ont toujours des fonctions remarquablement gratifiantes. Les hommes sont dirigeants de société, ou créateurs de publicité ou de mode. Les femmes sont les épouses de ces messieurs ou mannequin, ou stylistes, ou esthéticiennes. Les jeunes étudiants, lycéens, collégiens n’ont jamais ni de cours ni de devoirs. Leur seul souci est l’organisation de la kermesse de l’école ou les fêtes internes dans lesquelles on se po
se la grave question de savoir qui sera avec qui. Si toutes les productions audiovisuelles décrivent cette société, c’est que cela correspond effectivement à la façon de vivre dans ces pays là.
Etonnez-vous, après cela que les gens du tiers monde aient une vision faussée de l’occident.
Evidemment, l’immigré qui arrive en occident tombe de haut. Il est rudement déçu. Vous pensez, passer des appartements de Santa Barbara à une chambre de marchand de sommeil, ça fait un choc. Mais il ne peut plus revenir en arrière. Tenez, cela me rappelle une « blague » que j’aime assez.
C’est un brave type qui vient de mourir. Comme toute sa vie il a bien travaillé, il a été un père et un époux modèle et a toujours parfaitement respecté tout ce qu’il faut respecter, il arrive directement au paradis. Là, en le félicitant, on l’installe sur le coin d’un nuage et il se promène parmi les autres bienheureux en écoutant les anges qui jouent de la harpe et de la flûte. Au bout de quelques temps, comme il s’ennuie copieusement, il va voir saint Pierre et lui demande s’il n’y a pas
d’activités récréatives. L’autre lui rétorque qu’ayant été un saint homme, il peut maintenant jouir de l’extase et la sérénité dans le repos et la paix de l’âme. Paix de l’âme, paix de l’âme, notre brave homme s’ennuierait à mourir si ce n’était déjà fait. Du temps passe. N’y tenant plus, il retourne voir saint Pierre et lui demande s’il ne pourrait pas aller voir ailleurs pour se rendre compte comment c’est. Saint Pierre lève les bras au ciel, c'est-à-dire autour de lui, et lui dit : mais mon pauvre ami où voulez vous aller ? Le paradis, c’est partout comme ça ! Oui, mais ailleurs ? Comment ça ailleurs ? Où ça ailleurs ? Vous ne comptez tout de même pas aller en enfer ? Bah si, justement, par exemple. Mais enfin, vous êtes un élu ! Les élus ne vont pas en
enfer ! Oh si grand saint Pierre ! Oh si ! Rien qu’un peu, rien que pour me rendre compte. Et il empoisonne tellement l’existence du concierge que l’autre finit par lui donner une permission d’une semaine. Rien que huit jours, hein ! Je ne peux pas plus. Déjà, ça, c’est une grave faute à la discipline et n’en parlez à personne. Promis, promis dit le brave homme tout guilleret. Il part pendant que saint Pierre l’exhorte encore : Pas un jour de plus, hein ! Sinon, c’est
moi qui vais avoir des ennuis. L’autre arrive en enfer. Et là, c’est la fête. On rit, on chante, on mange des mets succulents arrosés de boissons raffinées. Les boites de nuit succèdent à d’autres lieux de plaisir, des femmes souriantes l’accueillent avec grâce. Le vrai bonheur. Il s’étonne : Ah, ce n’est pas ce qu’on m’avait dit ! Un démon lui explique : bien sûr ! Ce sont des mensonges du grand patron qui ne veut pas que tout le monde vienne ici. Il est jaloux, vous ne pouvez pas savoir. A la fin de la semaine, comme à la fin des vacances, le cœur lourd, il faut bien rentrer à la maison. Et le revoilà sur son nuage. De nouveau, il s’ennuie. Alors, il prend une décision. Il retourne voir saint Pierre ; il demande sa mutation. Après bien des atermoiements, l’autre fi
nit par lui signer sa nouvelle affectation définitive. Le revoici en enfer. Mais là, c’est l’enfer, le vrai. Avec les flammes, la fumée, le soufre, les odeurs pestilentielles, les hurlements d’horreur des damnés et le désespoir éternel. Le brave homme se récrie : Hé, hé, hé ! Ce n’était pas comme ça quand je suis venu l’autre fois ! Et le démon de lui répondre : Oui, mais il ne faut pas confondre tourisme et immigration.
Cela dit, nous avons vu que les flux migratoires, qu’on le veuille ou qu’on ne le veuille pas, cela existe. La question devient donc : Quelles en sont les conséquences et comment réagir devant cette réalité ?
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01.08.2011
parlons de migrations II
Et si nous parlions des problèmes de migration ? II
Je ne sais pas pourquoi, mais je sens que je vais proférer un
certain nombre de lapalissades dans ce chapitre.
La grande question est qu’est-ce qui pousse à migrer ? Pourquoi migre-t-on ? Oui, pourquoi migre-t-on ? Tonton et tontaine, tontaine et tonton.
Pourquoi migre-t-on ? Pour aller ailleurs.
Et pourquoi aller ailleurs ? Ah, oui ! Là est la question. Pourquoi aller ailleurs ? Je ne vois que deux réponses qui sont des vérités premières. Elles semblent redondantes mais sont malgré tout différentes.
Pourquoi aller ailleurs ? Soit parce qu’on n’est pas bien ici, soit parce qu’on sera mieux ailleurs. J’insiste ! Ce n’est pas la même chose. D’un côté, je suis poussé aux fesses et de l’autre je suis tiré par le museau. D’un côté, c’est le bâton et de l’autre, c’est la carotte.
Il y a deux choses contradictoires. D’une part, et nous l’avons déjà dit dans le chapitre précédent, l’humanité, dans l’immense majorité de
son histoire, est une espèce migratoire mais, d’autre part, au nom de l’économie de dépense énergétique, c'est-à-dire de la plus saine et de la plus élémentaire paresse, l’individu n’a pas envie de se remuer. En fait, il y a deux forces qui s’opposent. Nous avons d’abord ce que j’appellerais la pesanteur naturelle qui conduit à l’immobilité. C’est ce dont Baudelaire fait l’apologie en considérant que c’est la beauté suprême, totale et définitive. Et puis, il y a les stimuli extérieurs. Les deux sont en conflit permanent dans une confrontation dialectique quantitative fine : j’irais bien voir le jardin, mais je n’ai pas envie de quitter mon fauteuil. Au moment précis où le stimulus « aller voir le jardin » triomphe, la balance bascule de l’autre côté et, instantanément, par une pulsion irraisonnée et irrésistible, on se lève de son fauteuil.
Ceci n’est pas inhérent à l’espèce humaine. Le lion, qui somnole après un repas lourd à digérer, brusquement, le soleil ayant tourné, se lève, s’ébroue et va se recoucher de l’autre côté de l’arbre épineux dont il recherche l’ombre. Peut-être est-ce un souvenir confus de l’époque reptilienne où, n’ayant pas de thermorégulation, c’était une question de survie ou de mort.
Un autre exemple ? Toi, mon lecteur vénéré et choyé: tu entres dans la salle d’attente du dentiste. Elle est vide. Tu choisis soigneusement une place. Pour tromper ton ennui et ton inquiétude, tu as préféré celle-ci parce que
tu peux suivre, par la fenêtre le va et vient de la rue. Tu es bien, là, hein ! C’était la meilleure place. Oui, mais voila que le rideau de nuages se déchire et tu as maintenant le soleil qui t’éblouit. Tu change de siège. A ce moment là, une personne fort séduisante et du sexe opposé au tien entre et s’installe contre le même mur que toi. Alors, pour pouvoir mieux la regarder et être vu par elle sans que cela ne soit inconvenant, négligemment, tu te lèves, tu prends une revue de la pile qui traîne en désordre sur la petite table en verre du milieu de la pièce et tu te réinstalles en face de l’autre. Tu voix que tes divers stimuli t’on conduit à manifester un comportement que l’on pourrait, vu de l’extérieur, qualifier comme manifestant une grande instabilité. Tu as migré. Si, si ! Tu as migré. Oh, pas loin, certes, mais tu as migré quand même. Chaque stimulus venant se substituer en le surpassant en importance au précédent, il faut bien avouer que tu as manifesté un esprit remarquablement versatile.
Je réitère. Pourquoi change-t-on de place ? Soit parce que celle où l’on est ne paraît pas bonne, soit parce qu’une autre, à tord ou à raison, semble meilleure.
Lorsque l’on est bien quelque part, et que, simultanément, on n’a pa
s la certitude que ce serait mieux ailleurs, il n’y a aucune raison de changer.
Je vais, juste histoire de rire un peu, vous asséner une autre banalité. Comment migre-t-on ? On peu migrer seul ou en groupe. J’espère que vous mesurez la profondeur de ma dichotomie ! Mais si ! C’est différent. Un individu seul peut décider de quitter son quartier pour aller vivre dans un autre ou bien, toute une population peut décider de quitter son village pour aller en reconstruire un autre de l’autre côté de la rivière. Ce n’est pas la même chose. C’est simple, non ? Oui, mais c’est faux. Il y a une troisième modalité qui cumule les deux. Mimile, pour des raisons qui sont les siennes quitte Glapouilleux pour aller habiter à Cramougnard (le village voisin). Co
mme il s’y trouve bien, quelques temps après, son cousin Jojo va le rejoindre ; puis Gégé ; puis Nénesse. Au bout de plusieurs années, quand Nanard meurt, Nono se retrouve tout seul et il finit par faire comme tout le monde. Les migrations se sont bien effectuées individuellement, mais au fil des décennies, tout le monde habite à Cramougnard et Glapouilleux s’est retrouvé vide. Les gens ont bien migré individuellement mais le résultat revient quand même à une migration massive et totale.
Nous constatons donc bien trois sortes de migrations : l’individuelle, la collective et l’individuallo-collective.
Commençons par observer ce qui se passe quand c’est une migration ma
ssive de tout une population.
Pour comprendre la chose, posons la question dans l’autre sens. Pourquoi ne migre-t-on pas ? On ne migre pas lorsqu’on se trouve bien dans un lieu ou bien lorsqu’on a quelque chose à en attendre. L’apparition de l’agriculture au début du néolithique est la raison majeure de la sédentarisation de l’espèce humaine. Quand on a ensemencé un champ, on n’a aucune raison de s’en aller. Cela me rappelle une scène du film « la Str
ada » de Fellini. A un moment, Gelsomina (Giulietta Massina) a semé dans une espèce de terrain vague des graines de tomates. Zampano (Anthony Quinn) décide de lever le camp. Gelsomina lui dit : Et mes tomates ! Et l’autre de rétorquer : Tu ne croyais tout de même pas qu’on allait attendre qu’elles poussent !
En même temps, la vie agricole implique plus ou moins une société assez nombreuse pour protéger les champs et les récoltes contre d’éventuels pillards (animaux ou humains). Cependant, quand le clan devient trop grand, il devient difficile de s’organiser sur de trop vastes territoires. On assiste alors au phénomène de l’essaimage. Un groupe se sépare et va s’installer un peu plus loin. Si dans le « un peu plus loin » il y a de la place, cela ne pose pas de problèmes. En revanche, si le « un peu plus loin » est déjà habité et exploité, on en sera réduit à recourir à la force. Il faudra chasser, ou exterminer, ou réduire en esclavage les habitants déjà en place.
Si les habitants endémiques parviennent à refouler, ou à exterminer ou à intégrer les nouveaux arrivants, ou, à l’opposé, si les conquérants parviennent à s’imposer, l’affaire en reste là. C’est lorsque le résultat est trouble que la chose se complique. Si aucun des deux groupes n’a réussi, malgré une victoire militaire évidente, à s’imposer à l’autre, il reste un groupe qui refusera la situation et, n’ayant pas le choix se verra rédu
it à fuir en quête d’un nouveau territoire.
Il va de soi qu’une population sédentaire et agricole condamnée à fuir perd ses lieux d’exploitation et, au moins momentanément, pour survivre, va devoir en revenir à une économie de prédation. Si le groupe nouvellement formé trouve un territoire vierge, la chose n’ira pas plus loin. Dans le cas contraire, on se retrouvera dans la situation conflictuelle précédente. Ainsi, comme une forêt de dominos qui s’écroule, chacun bousculant son voisin, on pourra voir de multiples populations se déplacer pour fuir des envahisseurs variés. Dans ce contexte trouble, certaines populations converties à une situation de pillage tenteront d’établir des empires disparates grâce auxquelles elles règneront sur des ethnies variées, souvent en contractant des alliances aussi inattendues que paradoxales.
C’est un peu ce qui se passe entre le troisième et le sixième siècle de notre ère depuis l’Est de l’Asie centrale jusqu’en Occident et en Afrique du Nord. On appelle ça en français « les grandes invasions » mais les Allemands, à mon avis plus pertinents dans leur appellation du phénomène disent « Völkerwanderung » (migrations de peuples).
Je ne vais pas vous décrire tous les évènements de cette époque, d’abord parce que je suis fichtrement incapable, mais aussi parce que cela dépasse largement le but de cette réflexion. Cependant, on y trouve
tous les cas de figure imaginables. Il y a ceux qui se fixent en se fondant avec le substratum local comme les Francs dans la Gaule romaine ou les Wisigoths en Espagne. On trouve aussi ceux qui, refusant cette même fusion, finissent par disparaître comme une vague qui vient mourir sur une plage comme les Vandales qui après avoir traversé l’Europe disparaissent après un royaume éphémère dans l’actuelle Tunisie et Algérie de l’Est. Les Alains venus du Nord de l’Iran, après avoir séjourné un moment dans la région d’Orléans et lutté contre les Huns aux champs catalauniques vont disparaître en Espagne, où ils ont suivi les Vandales, submergés et éliminés par les Wisigoths. D’autres, enfin, s’accrochent becs et ongles à leur territoire comme les Lusitaniens qui sont, en gros, les ancêtres du Portugal.
Vous c
royez que c’est la seule fois dans l’histoire qu’une telle marée a englouti des populations existantes ? Alors, vous vous trompez. Parties de Mongolie ou de Mandchourie, d’autres vagues on déferlé vers la Chine et l’Inde. Egalement, on connait moins bien, mais on sait que cela existe, de vaste migrations sont parties du Sud de l’Egypte ou du Nord du Soudan pour aller vers le Cameroun et le Nigéria, traversant ainsi l’Afrique d’Est en Ouest.
Alors, vous pensez que de telles migrations massives de populations entières ne sont qu’un épiphénomène de l’histoire antique tardive ou médiévale commençante. Si vous pensez cela, vous vous trompez. Je rappelle que des populations migrent soit pour fuir soit pour aller vers un
hypothétique Eldorado. Rien qu’en France et dans une histoire récente, Nous avons vécu deux migrations éperdues de peur et de fuite devant la mort. Mai Juin 1940 dix millions de Belges et de Français se lancent, dans une pagaille indescriptible, vers le Sud Ouest de la France devant l’avance des panzers nazi. Beaucoup, la guerre terminée rentreront chez eux mais beaucoup d’autres n’y retourneront jamais. De juillet à Septembre 1962, huit cent mille pieds noirs d’Algérie débarqueront en métropole. Vous vous rendez compte ? En quatre mois, cela fait une moyenne d’environ sept mille par
jour. Si on y ajoute ceux qui sont revenu de Tunisie et du Maroc, on en arrive à près d’un million et demi de personnes qui sont venues échouer à Marseille ou ailleurs, dans un port d’un pays dont ils ne connaissaient pratiquement rien. Même si nombre d’entre eux espéraient retourner un jour chez eux, très peu sont ceux qui ont pu le réaliser. Et vous dites que cela n’existe plus ? Et je ne vous parle pas des boat peoples du Viet Nam ni des populations déplacées de force par Staline.
Les déplacements massifs de populations entières, cela existe.
Nous devons, maintenant envisager les migrations individuelles et ce que j’ai appelé les migrations individuallo collectives. Mais ceci, ce sera pour le prochain chapitre.

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25.07.2011
Parlons de migrations
Et si nous parlions des problèmes de migration ? I
S’il y a un sujet qui fait couler beaucoup d’encre et beaucoup de salive, c’est bien celui là. L’immigration ! Que n’entend-on pas ? Il y a ceux qui voudraient accueillir tout le monde et il y a ceux qui voudraient voir refouler tout le monde et éventuellement de façon plus que persuasive. Le plus extraordinaire, c’est qu’ils ont raison tous les deux et qu’ils ont tort tous les deux. Essayo
ns de comprendre ce qui conduit aux problèmes de migrations. Faut-il laisser les choses se produire naturellement ? Y aurait-il des solutions ?
Avant toutes choses, il faut bien accepter une constatation. Si depuis leur apparition dans le monde vivant les hommes ne s’étaient jamais déplacés, nous vivrions tous dans l’Est de l’Afrique.
Il est assez amusant de constater aussi que dans le monde vivant, nombre d’espèces se déplacent. Ceci est vrai jusque dans le monde végétal. La menthe repousse toujours vers l’extérieur de la touffe ce qui fait que peu à peu, le centre, épuisé de substances nutritives, est abandonné et en peu d’années, la touffe de menthe s’est divisée et les différentes colonies se sont séparées et, ayant migré chacune dans leur direction, peuvent se retrouver à plusieurs mètres de l’endroit où on les avait, initialement plantées, endroit où, en revanche, il n’y a plus rien. Nous avons une chose assez comparable (avec des déplacements moins rapides) pour les
aulnes. Les rejets se font toujours vers l’extérieur et l’intérieur est abandonné. Une vieille touffe se caractérise par un grand cercles (parfois plusieurs mètres) avec, au milieu, une grande surface vide. Dans le monde animal, les déplacements sont plus coutumiers. Cependant, ils ne sont pas systématiques. Il existe, certes, de nombreuses espèces qui vivent toute leur vie là où ils sont nés. Ils en arrivent même à pulluler au point de mettre en danger leur existence même. Qu’on se souvienne des lemmings qui en arrivent, pris de folie, par se lancer dans des suicides collectifs. Parfois, on ne sait pas trop comment, certains semblent savoir réguler leur population. Les corbeaux, que ce soit une année faste ou qu’on tente de les exterminer sont toujours, à peu près, le même nombre. De très nombreuses espèces vivent sur un
territoire bien défini qu’elles bornent en y déposant régulièrement des marques odoriférantes d’urine et qu’elles défendent éventuellement contre d’éventuels envahisseurs. Le vieillissement d’un grand mâle dominant conduit, presque inexorablement, en même temps qu’à sa déchéance hiérarchique sur un harem à son éviction de son territoire
En revanche, nombre d’animaux effectuent des migrations. Ces déplacements sont le plus souvent cycliques. On connait des migrations journalières. Dans les océans, les migrations verticales sont connues.
Les calmars, par exemple vivent dans la journée à de grandes profondeurs et remontent vers la surface la nuit. Les reptiles qui n’ont pas de thermorégulation suivent les déplacements du soleil. Il est normal de voir la même couleuvre lovée au même endroit chaque jour à la même heure s’il y a la même insolation. En même temps, cette couleuvre qui vit sur un territoire minuscule peut pratiquer une migration annuelle importante. Au moment de son hibernation, elle n’hésitera pas à parcourir plusieurs hectomètres pour aller s’endormir dans un talus bien ensoleillé. Au printemps suivant, elle retrouvera son bord de ruisseau.
Pour ce qui est des grandes migrations annuelles, je n’insisterai pas sur les hirondelles ou les cigognes qui chaque année, après des parcours de plusieurs milliers de kilomètres retrouvent leur nid.
Les baleines mettent bas dans des eaux tropicales mais vont se nourrir dans les régions subpolaires.
Toujours à propos des migrations annuelles, on retrouve des migrations verticales. De nombreux animaux descendent vers les vallées (moins froides) en hiver et remontent vers les cimes en été. Le coucou ou le loup en sont de bons exemples.
Les migrations annuelles sont évidemment liées à des phénomènes climatiques, eux-mêmes cycliques et annuels. Cette banalité est importante.
L’alternance des saisons chaudes ou froides ou des saisons humides ou sèches entraine la migration annuelle des animaux herbivores et par voie de conséquence des prédateurs qui les suivent. Parmi ces prédateurs, les humains ont suivi le mouvement. Pendant tout le paléolithique, c'est-à-dire l’immense majorité de son existen
ce, environ quatre vingt dix neuf pour cent, l’homme a été un nomade suivant, au rythme des saisons, les migrations des troupeaux sauvages. De nos jours, on a tendance à considérer que ce mode de vie est devenu gentiment archaïque et l’on sourit avec tendresse en pensant aux Peuls de l’Adamaoua ou à d’autres habitants du Kénia ou de la Mongolie. Voyez-vous ça ? Venez faire un tour (pendant vos migrations cycliques estivales) dans les alpes du Dauphiné. Vous verrez que la transhumance est parfaitement vivace. Certes, on ne suit plus les troupeaux au hasard de leurs errements et l’on se déplace en camion ; mais, le résultat est le même.
Pour les des hommes, qu’en est-il de ces migrations cycliques ? Ils sont amusants, ces hommes. Sans même s’en rendre compte, ils en sont de remarquables représentants. La migration diurne ? Ce sont les plus extraordinaires pratiquants de la chose. Le matin, ils parte
nt, parfois fort loin de leur gîte ; ils passent un nombre d’heure régulier dans un lieu bien précis et à un moment, tous ensembles, ils regagnent leur tanière. Plus les années passent, plus ils sont capables de parcourir de grandes distances. Pour ce qui est de la migration quotidienne, les hommes et les calmars : même combat !
Et les migrations saisonnières ? C’est encore pire. Ils partent tous le même jour en
cohortes brouillonnes dans des conditions de survie parfois douloureuse pour des équipées héroïques. Leurs nombres sont tels que souvent, ils s’engluent dans des conglomérats répugnants et visqueux ou leur nombre est tel qu’ils sont condamnés à un immobilisme forcé.
Il peut leur arriver de changer de migration saisonnière chaque année. Mais nombreux sont ceux qui sempiternellement et avec une constance émouvante reviennent au nid familial en se
rendant chez la Mémé dans le Morvan. Advient-il que la Mémé du Morvan vienne à mourir ? Qu’à cela ne tienne ! On continuera de retourner dans sa maison. C’est un pèlerinage, c’est l’appel du berceau familial, c’est l’appel des entrailles ! C’est une rétro genèse biologique contre laquelle on ne peut pas lutter.
Alors, hein, osez me dire, après cela, que l’individu humain n’est pas foncièrement un animal migratoire !
Jusque là, nous avons tenté de brosser un tableau des migrations cycliques. Si nous avons éprouvé le besoin de stipuler l’existence de la notion de cycles, cela veut dire qu’à contrario, il existe des phénomènes migratoires qui ne présentent pas cette caractéristique.
En effet, nous assistons à des migrations qui ne sont pas cycliques, c'est-à-dire qui ne se reproduisent pas et sont, plus ou moins irréversibles.
Des graines seront emportées par le vent ou par les courants marins, ou par des fleuves ou par des fientes d’animaux et se trouveront transplantées dans des lieux fort éloignés de leur habitat d’origine. Des animaux emportés par des radeaux naturels aborderont dans des contrées nouvelles qu’ils peupleront. Ces évènements peuvent être accidentels mais avoir des conséquences importantes.
Dans le même temps, des situations plus coutumières peuvent se produire. Une population, grâce à de bonnes conditions environnementales, s’accroit. Elle a besoin d’accroître son territoire. Des individus toujours poussés plus loin explorent des territoires périphériques toujours plus excentrés. Il peut même arriver, dans ce cas que pour des raisons variées, la population d’origine disparaisse et l’espèce se trouve dans la même situation que si elle avait globalement déménagé.
Le cas le plus connu de migrations déterminées et biologiquement organisées est représenté par l’essaimage des abeilles ou de certaines espèces de fourmis. Pour les abeilles, la colonie est devenue trop importante. La vieille reine part avec une partie de la colonie et va fonder une autre colonie un peu plus loin. Quand les abeilles essaiment, c’est par une nécessité biologique. Elles n’ont aucune intention de revenir à la colonie souche un peu plus tard. La migration est irréversible.
Nombre d’animaux cantonnés dans des régions bien circonscrites, peu à peu s’en échappent et reconquièrent d’anciennes contrées perdues. Le loup disparu dans de vastes parties de l’Europe peu à peu s’y réimplante. Chacun s’installe en lisière du cousin qui l’a devancé et la planète entière devient la cour de récréation de certaines espèces. 
L’homme agit de même. Parfois, c’est contre son gré que les hasards de l’histoire et de la société le déportent. Les Africains, à leur corps défendant ont peuplé de larges parts des Amériques. L’administration française, peu après 1950 a déporté des adolescents réunionnais pour repeupler le département de la Creuse.
Mais aussi, les hommes toujours avides de trouver des pays où la vie sera vivable, dans une quête permanente d’horizons merveilleux, vont devant eux. Prêts à affronter les pires
difficultés, emportés par une espérance tragique, ne pouvant résister à la fatalité qui les poursuit, ils s’avancent sans remords vers un inconnu qu’ils croient libérateur. Le temps et l’espace s’ouvrent devant eux comme un gouffre sublime dans lequel ils s’enfoncent passionnément.
Nous devrons, dans une réflexion prochaine, envisager les grandes migrations humaines, individuelles ou par populations entières. Mais avant cela je vous rappelle le début du poème « le lac » de Lamartine (Alphonse de 1790-1869) qui s’il est plus sur une fuite et un parcours du temps n’en est pas moins très voisin.
Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges
Jeter l'ancre un seul jour ?

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18.07.2011
Suffrage universel V
De l’usage du
suffrage universel. V
Il est entendu qu’un système démocratique est pré
férable à toute organisation autocratique, totalitaire et dictatoriale. Cependant, nous avons constaté, dans les chapitres précédents que la pratique de la démocratie n’est pas une chose aisée.
En effet, sous des aspects prétendument démocratiques, toutes les dérives sont possibles et, particulièrement, la représentativité peut n’être qu’illusoire. Si une gestion de la nation, de la cité (le vrai sens de ce qu’est la politique) par une organisation populaire peut générer des déceptions et des désillusions, cela n’implique pas qu’il faille jeter la démocratie aux orties. Il serait, à mon avis plus pertinent, en connaissant ses travers et ses insuffisances de tenter de remédier à son fonctionnement. Je vais donc tenter dans ce chapitre, et en guise de conclusion, de vous exposer ce que je pense qui serait souhaitable afin d’améliorer le fonctionnement de cette démocratie.
Dans un premier temps, nous avons vu que la seule vraie démocratie est la démocratie directe mais que pour diverses raisons, elle n’est pas toujours applicable. Hélas, allez savoir pourquoi, comme elle n’est pas toujours applicable, on ne l’applique pratiquement jamais. Je trouve cela absurde. Il va de soi que plus le nombre de citoyens est grand et plus la démocratie directe est difficilement utilisable. Bon. Mais cela
implique que plus le nombre de citoyens est petit et plus la chose devient facile. Ainsi, au niveau des communes (surtout petites) pourquoi ne pas y faire appel plus souvent ? Doit-on curer la mare du village qui est un égout à ciel ouvert ou la reboucher ? On en appelle au corps électoral, le vote est populaire et l’affaire est tranchée. Pour des villes plus grandes, cela demandera plus de moyens logistiques, mais, précisément, les grandes villes ont plus de possibilités matérielles et ce ne devrait pas être trop compliqué. En fait, la difficulté n’augmente pas, pour ce qui est de l’organisation, en fonction du nombre d’inscrits, mais en fonction du nombre de bureaux de votes. Le regroupement des résultats demande une certaine sécurité et une certaine précision dont l’incertitude s’accroit
avec le nombre. Que les décisions de peu d’importance soient prises par des délégués, je le comprends facilement, mais, en revanche, plus une décision est lourde de conséquences et plus l’importance de la volonté populaire est grande. Doit-on entrer dans une coalition pour aller guerroyer quelque part ? Et si on demandait l’avis du peuple ? Et le budget ? Hein ? Le peuple, il aimerait peut-être décider de ce qu’on va faire de ses sous !
Et là, vous me traitez d’utopiste exalté. Oui, c’est vrai… Un peu. Mais un peu seulement. Avec un peu d’habitude, je suis certain q
ue l’on pourrait l’imaginer. Au lieu de cela, plus la chose est grave, et plus on en restreint l’étude et la discussion à un comité restreint.
Parfois, on parle aussi de référendum d’inspiration populaire. Dans ce cas, l’initiative de soumettre une question n’émane pas du gouvernement. Voila comment cela pourrait se passer. Des citoyens réclament une modification quelconque dans l’organisation de la société. Ils demandent à la population de signer une pétition. A partir d’un quorum à déterminer, la
question est automatiquement soumise à référendum. Faut-il augmenter le nombre d’annuités pour accéder à la retraite ? Ne vous y trompez pas ! Si la décision est sage, le peuple donnera son accord. Et s’il ne le donne pas, il ne pourra que s’en prendre qu’à lui-même.
Cela dit, il est entendu que tout ne peut pas se faire par la pratique de la démocratie directe. Dans un pays vaste et très peuplé, il faut nécessairement en passer par une démocratie représentative où les individus délèguent leur voix.
Nous avons vu précédemment les inconvénients que cela suscite. Ce que nous allons chercher maintenant, c’est un nombre de moyens pour palier les dérives de la démocratie représentative.
La première chose, je pense serait d’imposer aux élus de rendre à la population un compte rendu de mandat qui pourrait, par exemple, survenir à la fin de chaque session. Pas un discours creux avec la main sur le cœur pour faire une déclaration de bonnes intentions. Non ! Ils devraient informer leurs électeurs de chaque position adoptée par eux à tous les votes. Cela éviterait, entre autre que certains élus ne délaissent complètement leur mission et soient, avec une régularité touchante, absents lors des débats et des votes. Si les citoyens étaient informés de l’activité réelle de leur représentant, ils pourraient, avec plus de cohérence, le reconduire dans ses fonctions ou en préférer un autre.
La deuxième chose consisterait à diminuer la durée du mandat. Un élu qui est désigné pour plusieurs années, surtout s’il n’est pas tenu d’informer ses mandants de son activité, à trop tenda
nce à s’installer dans un petit confort douillet, mièvre et inopérant en se contentant d’aller inaugurer les comices agricoles pour préparer sa prochaine réélection. Il va de soi qu’un même élu peut renouveler son mandat, surtout s’il donne satisfaction, mais il devrait se représenter devant le peuple plus souvent. Il est à noter qu’un représentant fraîchement élu, puisqu’il vient de recevoir l’aval du peuple, est plus représentatif que celui qui est là depuis plusieurs années.
Dans le même ordre d’idée, un élu devrait pouvoir être désavoué par ses électeurs. Si un élu déçoit ses électeurs, soit par son absence chronique, soit par les positions qu’il prend contre les espérances de ses
électeurs, il devrait pouvoir être démis de ses fonctions. Comment faire ? Comme précédemment pour le référendum d’inspiration populaire. Une pétition est lancée. Si un quorum suffisant est atteint, une élection partielle est automatiquement décidée. Vous voyez, une nouvelle fois l’intérêt des comptes rendus de mandat.
Je pense, en outre que de telles dispositions augmenteraient substantiellement le civisme des citoyens. En effet, si après avoir élu un quidam, on n’entend plus jamais parler de ses activités et que de toute façon, on n’y peut plus rien, cela ne motive pas trop à se précipiter aux urnes. A l’opposé, si l’on sait que l’on peut démettre son représentant ou tout au moins influer sur sa conduite, cela incite à s’intéresser davantage à la chose publique.
Il faudrait aussi « reréfléchir » au mode électoral.
Nous avons vu que le système proportionnel est parfaitement juste mais aussi parfaitement impersonnel alors que le système uninominal majoritaire est parfaitement personnalisé mais parfaitement injuste. Nous avons dit qu’il n’existe pas de système électoral parfait. Alors, il faudrait concocter un système intermédiaire qui n’aurait pas trop les inconvénients de l’un et de l’autre. En gros, je verrais assez bien une moitié des représentants élus à l’un des deux scrutins et l’autre moitié à l’autre. Attendez, je vous explique.
Dans un premier temps, on opère un découpage par circonscriptions comportant si l’on veut garder le nombre actuel de députés un nombre de circonscriptions qui est diminué de
moitié (je vous dirai un peu plus loin comment s’y prendre). Le vote ne comporte qu’un seul tour. Le soir des élections, chaque circonscription possède un élu. Mais, Les voix comptabilisée par chaque parti sont totalisées et un deuxième contingent est élu de façon proportionnelle. Comment s’y prendre ? J’avoue que je n’ai pas de vraie solution. Cependant, j’ai une petite idée qui tiendrait presque du jeu de société. Il vaut ce qu’il vaut, mais je vous le livre quand même. Chaque parti ou groupement dispose d’un nombre d’élus non nominatif. Comme on a divisé en deux le nombre de sièges à pourvoir, il y a autant d’élus à la proportionnelle que de circonscriptions. Chaque parti à son tour et en commençant par celui qui a obtenu le moins d’élus choisit une circonscription où il n’a pas été élu et là, son candidat en obtient le siège au titre du vote proportionnel. Ensuite, on fait un deuxième tour. Lorsqu’un parti a atteint son nombre d’élus, il arrête de jouer et les autres continuent. De proche en proche, quand chaque parti a atteint son quantum d’élus, il ne reste plus qu’un parti qui évidemment se voit attribuer le reste des circonscriptions. Cela présente des avantages et des inconvénients. En avantages, nous avons que les élus proportionnels sont issus des candidats locaux. D’autre part, pour l’immense majorité des circonscriptions, il y a une représentation de deux couleurs politiques différentes. En inconvénient, cela n’évite pas les parachutages et en fin de tirage, on en arrive à des impossibilités. En effet, lors de l’attribution des derniers sièges, on se trouvera nécessairement dans la situation paradoxale que dans ces circonscriptions le parti qui doit les choisir n’a plus de candidat puisqu’ils ont été déjà élus au titre du scrutin uninominal. Dans ce cas, force leur sera de faire appel à un candidat d’une circonscription voisine qui aura été plus malheureux. Je ne dis pas que mon système est idéal et je rappelle qu’il n’existe pas de système parfait. En revanche,
il tente d’être le plus juste et le plus lisible possible. Ce système aurait, je pense l’avantage de dissuader du vote dit utile puisque les gens pourraient voter pour leur sensibilité propre en augmentant ainsi leur représentation par la partie proportionnelle. Je ne dis pas que mon idée est géniale, parfaite et absolue, mais cela aurait l’intérêt de tenter de concilier les avantages des deux systèmes en en minimisant les inconvénients.
Reste le problème des circonscriptions. Il faudrait tendre vers des circonscriptions très peu différentes en nombre d’habitants, éventuellement sans tenir compte des divisions administratives. Du coup, certains département très peu peuplés comme la Lozère ou la Creuse n’auraient pas, à eux seuls un député. Ce qui compte le plus, pour moi, ce n’est pas de représenter des landes ou des causses, mais des citoyens. Je
ne vois pas pourquoi il faudrait surreprésenter des régions sous peuplées au détriment des populations denses des grandes agglomérations urbaines. Et je dis cela avec d’autant plus de sérénité que personnellement j’habite un secteur de montagnes. Une nouvelle fois, la partie proportionnelle aurait tout son poids et les gens voteraient en fonction plus de leurs idées qu’en fonction de Monsieur Machin qui est un notable du coin.
Je ne dis pas que mon système est à prendre ou à laisser. J’écris seulement ceci pour inciter à y réfléchir et, peut-être en partant de cette disposition, d’instaurer un système électoral plus représentatif.
En résumé : Comment j’imagine la chose ?
Un appel plus systématique à la démocratie directe.
Des comptes rendus de mandat obligatoires avec la nature des votes des élus dans toutes les circonstances.
Des représentants révocables.
Un type de scrutin tentant de concilier les principes du proportionnel et de l’uninominal.
Une refonte des circonscriptions tenant compte de la population et non des affres des technocrates administratifs.
J’aimerais que la démocratie devienne plus démocratique.
Oh oui !
Qu’est-ce que j’aimerais vivre dans une démocratie démocratique !

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11.07.2011
suffrage universel IV
De l’usage du
suffrage universel. IV
Je vous disais qu’il y avait d’autres aspects négatifs dans le scrutin uninominal. En voici un.
Théoriquement, le scrutin uninominal tire sa justification dans le fait que chaque circonscription est ainsi représentée par une personne du lieu qui connait donc bien le secteur et ses habitants et est donc bien connu par eux. Tu parles ! Que faut-il pour être éligible ? Il faut être électeur. Et que faut-il pour être électeur ? Il faut justifier que l’on habite principalement dans la circonscription. Alors, imaginez un personnage qui est une sommité dans son parti. Hélas pour lui, dans sa circonscription, il est notoire que majoritairement, les gens votent pour un autre parti que le sien. Son statut de dirigeant national ne lui permet pas d’être battu. Qu’à cela ne tienne ! Il va louer un studio dans une circonscription où il sait que son parti est assez facilem
ent en tête, le déclarer comme habitation principale, même s’il vit réellement à l’autre bout du pays, et le tour est joué. Vous ne me croyez pas ? Je ne vous dirai pas de noms mais il y en a eu un qui, battu en Indre et Loire, est allé se faire élire à la Réunion dont il ne connaissait pratiquement rien. Il y en a un autre qui après avoir été élu municipal à Paris est allé se faire élire comme député à Blois. Une autre, Parisienne est allé se faire élire dans la Vienne. Une autre encore, originaire de la Nièvre, après avoir été députée de Paris se retrouve députée de l’Isère où elle n’avait jamais mis les pieds. Un autre encore, parisien qui va se faire élire en Seine et Marne.
Je vous en passe, mais ils sont légions. Ce système est ce que le bon sens populaire appelle les parachutés. Attention, je ne dis pas qu’un député parachuté ne va pas bien faire son travail ! A plus forte raison si son mandat se double d’une responsabilité importante dans une des communes de sa circonscription. Cependant, je crains que sa vision de son rôle soit surtout technocratique et qu’il risque de lui manquer, pendant fort longtemps, des racines viscérales plongeant profondément dans la glèbe de l’âme de son terroir.
Ces parachutages ont deux missions. La première dont je viens de vous parler : être élu n’importe où, pour n’importe quoi, mais être élu, être élu à tout prix, être élu au mépris de n’importe quoi. Il ne s’agit pas de souhaiter représenter passionnément les habitants de son canton. Il s’agit de s’installer dans la construction d’une carrière personnelle. Il s’agit de s’auto-justifier dans une stature nationale. Et puis, il y a l’autre aspect. Une circonscription appartient de façon très vacillante à l’adversaire. On sait qu’il suffirait de peu pour arracher le siège aux autres. On sait aussi que le candidat local du parti, avec toutes ses qualités et sa foi dans sa mission n’est pas une sommité dans la pratique de la persuasion. Alors, on envoie un ténor parisien du parti. Avec lui, avec son aura supérieure, avec les grosses batteries de ses moyens de
campagne électorale, avec l’argument illusoire qu’étant un personnage connu, il aura plus de poids pour défendre les intérêts de sa circonscription, on espère ravir un siège à l’adversaire. Une nouvelle fois, l’intérêt réel de la population passe largement au second plan et, comme précédemment, l’implantation profonde du représentant du peuple, passe largement au second plan par rapport aux intérêts tactiques des états majors dans leur petit mépris des petits citoyens.
Dans le système d’élections uninominal majoritaire, il reste un travers majeur. C’est la représentativité variable des différents élus.
En effet : Lors du découpage en circonscriptions électorales, même en ne remettant pas en cause l’honnêteté du susdit découpage, il est pratiquement impossible d’obtenir des circonscriptions équivalentes. Le découpage devant obéir à plusieurs critères contradictoires, on en arrive nécessairement à des situations aberrantes. Le premier impératif est
administratif (tout le monde sait qu’en bonne technocratie, l’intérêt de l’administration prime sur celui de la population). Ainsi, un fond de vallée peut ne pas être dans la même circonscription que la basse vallée parce qu’on change de département. A ce titre, le secteur de La Grave, en Oisans, haute vallée de la Romanche qui descend vers l’Isère, fait partie des Hautes Alpes dont il est séparé par le col du Lautaret à plus de deux mille mètres d’altitude et souvent fermé l’hiver. Au même titre, la commune de Lus la Croix Haute dépend de la Drôme
dont elle est séparée par les cols de Grimone ou de la Menée infranchissables l’hiver. Le deuxième impératif est géographique. Il serait absurde de mettre dans la même circonscription deux secteurs qui géographiquement n’ont aucun rapport. Je rappelle qu’il s’agit, quand même, de représenter des populations et ceci de façon à peu près cohérente. Unir deux plateaux séparés par un cañon infranchissable, cela voudrait dire mettre dans la même circonscription deux populations qui se connaissent très mal et n’ont aucune relation. On voit tout de suite que ce deuxième impératif est inconciliable avec le précédent. Le troisième impératif est la surface. Il serait ennuyeux que des circonscriptions soient immenses et d’autres minuscules. Mais le quatrième impératif est d’avoir des populations comparables. Ceci entre en contradiction avec de qui précède. A surface équivalente, selon que la région est très peuplée ou quasi désertique, on ne peut pas avoir des quantités de populations avoisinantes. Il s’en suit, si les nombres de populations sont très différents, une grande injustice. En effet, Pour vous faire comprendre, je prends des nombres simples et arbitraires.
Nous somme dans un village qui comporte trois hameaux. Chaque hameau a un délégué. On doit décider d’une chose grave. Repeindra-t-on
l’abri de bus sur la départementale en vert ou en jaune. Les trois délégués votent. Celui de Goguette vote pour le jaune et les deux autres pour le vert. L’affaire est entendue, ce sera donc en vert. La démocratie est donc parfaitement respectée. Oui, mais voila ! A Ripaille, il y a dix habitants, à Foireux, il y en a dix aussi mais à Goguette, il y en a cinquante. Les cinquante de Goguette doivent s’incliner devant les gens des deux autres hameaux qui réunis ne comptent que vingt personnes. Ah bah alors ? et qu’est-ce qu’elle devient dans tout ça la démocratie ? Bien sûr, on pourrait imaginer d’appliquer des coefficients. Un vote pour dix personnes. Le représentant de goguette pourrait voter cinq fois. Oui, mais ce ne serait pas mieux parce que dans ce cas, Dans toutes les circonstances, le représentant de goguette aurait la majorité absolue à lui tout seul. Quel que soit le vote, il emporterait la décision et ceux des petits hameaux n’auraient même plus besoin de voter. Et là, vous poussez des hurlements. Vous vous roulez par terre en bavant dans d’affreuses convulsions. Vous vou
s récriez que cela n’est pas possible et que je dis n’importe quoi. Il ne peut pas y avoir de telles disproportions ! Un rapport de un à cinq, ce n’est même pas imaginable !
Ah bon ? Alors expliquez-moi pourquoi le député de la deuxième circonscription du Val d’Oise représente 188 134 habitants alors que celui de la deuxième circonscription de la Lozère n’en représente que 34 400. Le rapport n’est même pas de cinq, il est de cinq… virgule cinq. L’habitant du Val d’Oise est cinq
virgule cinq fois moins représenté que celui de la Lozère. Quatorze circonscriptions comptent plus de cent cinquante mille habitants pendant que treize n’en ont que moins de soixante dix mille. Et bien sûr, je ne vous parle pas de Wallis et Futuna, environ quinze mille et de saint Pierre et Miquelon six mille trois cents. Pour rétablir l’équité, quand le député de saint Pierre et Miquelon vote une fois, celui du Val d’Oise devrait voter environ trente fois.
Alors, vous voyez que je n’exagère pas.
Que les circonscriptions n’aient pas exactement le même nombre d’électeurs, ne serait-ce que par le simple fait des fluctuations de populations, c’est une
évidence. Qu’il y ait des différences de dix à quinze pour cent par rapport à une moyenne, ce serait à peu près admissible. Mais un rapport de un à cinq et demi (sans parler des Wallis et Futuna ou saint Pierre et Miquelon), il me semble que c’est un peu abusif.
Comment en arrive-t-on là ? En restant très respectueux de l’ordre établi, il y a conflit entre la densité de population et la surface. C’est très vaste la Lozère. Ou entre la densité de population
et l’entité géographique. Avec quoi voudriez-vous regrouper saint Pierre et Miquelon. Le raisonnement est le même pour Wallis et Futuna surtout si l’on considère que les deux îles sont déjà très différentes et séparées par deux cents kilomètres d’océan.
Cependant, comme j’ai très mauvais esprit, il me semble garder en tête que les régions rurales dépeuplées sont plus conservatrices que les autres, je me demande aussi un peu à qui profite le crime.
En conclusion des chapitres qui précèdent, nous pouvons donc conclure plusieurs choses.
Le scrutin de type uninominal est celui dans lequel les citoyens ont le plus l’impression d’être représentés mais il est aussi, et de loin, le plus antidémocratique. Dans le même temps, le scrutin proportionnel est, simultanément, parfaitement démocratique, mais également totalement impersonnel et incompréhensible parce que déshumanisé.
Disons-le, il n’y a pas de système électoral complètement satisfaisant. De là, découle l’expression chère aux anarchistes « élections : piège à cons ». Cependant, cette manière de conclure n’est-elle pas aussi l’art de jeter le bébé avec l’eau du bain ? Ne serait-il pas possible, constatant les aberrations précédemment évoquées d’imaginer un système qui quoi que nécessairement imparfait soit tout de même plus satisfaisant ?
C’est ce que je vais tenter d’exposer dans le prochain et dernier chapitre.
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