14.05.2012

confrontation idéologique et organisation

CONFRONTATION IDEOLOGIQUE

ET ORGANISATION

 

Il y a une chose qui me peine toujours un ennui.jpgpeu : C’est de constater à quel point les gens se désintéressent de leur sort. Je ne dois pas être normal, moi, à tous moments, dès que j’ai un peu l’esprit libre, je pense majoritairement à ça. Oh, bien sûr, il m’arrive de réfléchir à autre chose, mais, comme c’est cela qui me tracasse le plus… Oui, mon destin, ce qu’est ma vie, ce que l’avenir me réserve, ce que sera la société dans laquelle mes enfants devront se mouvoir, que voulez-vous, cela me préoccupe. Je sais bien que, normalement, comme une fourmi parmi les ffourmis.jpgourmis, comme une abeille parmi les abeilles, je devrais me contenter d’être un individu végétatif, me nourrir, me reproduire et mourir. Mais je n’y arrive pas. J’ai toujours envie d’améliorer un peu ma situation, d’alléger mon travail, d’organiser des méthodes pour jouir de plus de confort, de plaisir, d’espérance et de joie de vivre. Vous voyez ? Quand je vous dis que je ne suis pas normal.

Ce qui est, au demeurant, très curieux, C’est que tant qu’il s’agit d’activités matérielles, pratiques et physiques, la plupart des gens est capable de déployer une activité admirable. S’agit-il de réparer la cabane à outils dans le jardin ? S’agit-il de démonter le lave linge pour nettoyer la vidange ? S’agit-il de repeindre les volets ? Les gens sont prêts à consentir une énergie redoutable. Même s’il s’agit d’activités collectives nombreux sont partants : Construire le stand pour la kermesse de la rue, vendre au porte à porte des billets de tombola pour l’association d’aide aux personnes âgées, aller ramasser les papiers gras et les capsules de bouteilles dans le square, beaucoup sont prêts. Mais, dès qu’il s’agit de réfléchir, il n’y a plus personne. Pourtant, se poser des questions sur le sens, la collecte ou l’utilisation des impôts locaux (par exemple), cela devrait passionner les foules. Mais là, non. Tout ce qui, de près ou de loin, présente un vague vernis de réflexion ou d’activité mentale est honni. Je me souviens d’une jeune femme, pas sotte et bien agréableboucher les oreilles.jpg qui, un jour où j’avais émis une phrase vaguement réfléchie sur je ne sais plus quel sujet, avait eu ce réflexe extraordinaire de se retourner, se recroqueviller légèrement en avant, mettre ses mains sur ses oreilles en s’écriant : « Ah non ! Ça, c’est un truc d’intello ». J’avais été assez ahuri par la réaction, mais j’avais compris à quel point elle s’était sentie agressée et mise en danger. J’avais du transgresser un tabou auquel je n’avais pas pensé.

C’est un dogme. Il ne faut pas agir en intellectuel. C’est vilain. C’est mal vu. C’est répréhensible.

La question que je me pose, c’est : pourquoi ? J’y vois, globalement deux raisons. Je dirais une raison interne et une raison externe. Ajoutons que les deux sont intimement liées.

D’abord, ce que j’appelle une raison interne : je veux dire par là, une raison interne à l’individu. On peut aisément comprendre qu’une personne se sente petite face à un raisonnement, surtout si le sujet lui est un peu étranger. La personne, de crainte de se dévoiler comme peu compétente va préférer ne pas ouvrir sa bouche. Jusque là, ce n’est pas grave. Si la personne se contente d’écouter, elle va emmagasiner des notions qui pourront lui resservir, éventuellement, lors d’une prochaine discussion. Làbalayer.jpg où la chose s’aggrave, c’est quand la personne, pour ne pas être en situation de difficulté et donc d’échec à ses propres yeux, préfère échapper à l’échange oratoire. Elle risque de se réfugier dans une activité purement pratique, gestuelle ou physique où elle ne se sent pas inférieure. Si c’est un grand costaud, la tentation est grande de montrer, au contraire sa supériorité. Dans une fuite en avant, la personne, pour se donner bonne conscience, va se précipiter, s’enivrer d’activité matérielle pour se masquer sa capitulation devant la réflexion. Pour la représentation de la troupe théâtrale du quartier, la personne a installé les chaises, tenu le vestiaire, et en fin de soirée, elle a rangé et balayé la kkk.jpgsalle. Sa participation à la vie collective est éminemment respectable. Cependant, si elle n’a pas réfléchi sur la teneur du spectacle, elle risque d’avoir participé à une propagande à la gloire du ku klux klan sans le savoir. Elle aura donc cautionné la chose. Vous voyez que ce n’est pas inutile parfois de réfléchir, de réfléchir et de discuter avec les autres, de confronter sa pensée à la pensée des autres.

Il y a aussi une raison externe. J’entends par là toute une propagande et tout un consensus qui répète à plaisir qu’il ne faut pas se prendre pour un intellectuel. Il n’y a pas si longtemps, un ami, pourtant fort érudit, me demandait pourquoi j’écris tout cela. «  Tu es un lavabo qui fuit.jpgspécialiste ? Laisse donc la chose aux spécialistes ! ». Lorsqu’il répare son lavabo qui fuit, je ne pense pas qu’il soit spécialiste. En revanche, il ne se lance pas dans des considérations qui le mettent mal à l’aise. Mieux ! Que moi je le fasse, cela l’ennuyait aussi. Peut-être parce qu’il se rendait obscurément compte que lui s’y refusait dans une espèce de capitulation honteuse. La question que je me pose, c’est : à qui profite le fait que nous ne réfléchissions pas à notre destinée ? J’ai un peu l’impression que notre abandon intellectuel devant ce que nous pourrions exiger de la société dans laquelle nous vivons est un outil très utile aux privilégiés qui nous spolient. Si nous ne réclamons rien, pourquoi voudriez-vous que l’on nous octroie des avantages qui diminueraient l’immense richesse de ceux qui profitent de notre pusillanimité ? Je pense que la propagande qui est faite contre toute forme de réflexion n’est pas innocente.

Du coup, comme je le disais, les deux choses sont liées. Je n’ose pas affirmer ma personnalité dans le débat et j’y suis conduit par le fait que dogme.jpgl’on me dit que je suis un petit garçon immature qui doit s’en remettre à d’autres qui prétendent être des spécialistes et qui me mènent par le bout du nez.

Ce que j’aimerais, à l’opposé, c’est un vaste débat entre les gens : une confrontation permanente. Si l’on est d’accord, il faut le dire, mais si ce n’est pas le cas, il faut le dire aussi. Il faut avoir le courage de ses certitudes.

Alors, me direz-vous, ce sera la foire sur la place ! Le brouhaha du bistro ! La pagaille !

Un peu, oui. Mais pas trop. Si l’on se contente d’affirmations péremptoires comme dans les cafés où chacun répète ses postulats sans écouter les autres et où l’on considère que celui qui crie le plus fort a forcément raison, ce sera le cas. Mais ce n’est pas ce que je demande. Si, au contraire on essaie un peu d’écouter l’autre, de comprendre, de raisonner et de démontrer, cela risque de tout changer. Ce dont j’ai envie, c’est d’une confrontation d’idées, d’une argumentation. Il ne s’agit pas de réciter un catéchisme mais de tenter de réfléchir. Dans un débat idéologique, en admettant que chaque protagoniste possède un talent oratoire équivalent, c’est forcément celui qui a les meilleurs arguments qui est le plus convaincant. C’est même pour cela que les gens qui sentent qu’ils perdent pied dans la controverse on tendance à crier et à empêcher l’autre de parler. Se vivant en perdition dialectique, ils ont tendance à substituer, inconsciemment,gueuler.jpg à la discussion, une surenchère de violence. C’est comparable à l’énergie du désespoir, à la lutte pour la survie. Ils essaient d’interdire la vague qui les submerge. C’est très douloureux de constater que l’on profère des aberrations. Du reste, quand on convainc quelqu’un, ce n’est pas toujours immédiat. Il faut laisser la chose maturer. Il faut laisser la graine germer. Je me souviens, une fois, je discutais avec un ami. Nous nous étions séparés sur un désaccord total. Et puis, plusieurs mois après, il m’en a reparlé. Il avait réfléchi et tous comptes faits, il avait fini par se dire que j’avais peut être raison. Certes, cela m’a fait plaisir. Mais surtout, j’ai admiré le courage qu’il lui avait fallu pour m’avouer que je l’avais infléchi dans sa compréhension de la chose.

Je suis persuadé que nous vivrions mieux si, au lieu de fuir nos tracas, nous échangions un peu à leur sujet. Au lieu de nous confiner dans des dogmes imposés, nous élaborerions, nécessairement, à la longue, une ligne générale de nos souhaits, de nos besoins et de la façon dont nous envisagerions d’y parvenir. A l’opposé, refuser le débat et la confrontation, n’est-ce pas laisser les mains libres aux profiteurs de tous poilyeux bandés.jpgs. N’est-ce pas laisser le champ ouvert à toutes les compromissions, toutes les spéculations et toutes les dérives et les spoliations ? Ne pas nous préoccuper de la façon dont d’autres organisent, pour nous, la société dans laquelle ils décident que nous devons vivre, n’est ce pas aussi préparer les bâtons pour nous battre ?

Il s’en suit qu’il faudrait un minimum d’organisation. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai souvent entendu des gens béats  jouir d’admiration devant une situation spontanée et informelle. Une image assez fidèle de ce que je dis est représentée par un mouvement, au demeurant très respectable que le appelle « les indignés ». Allez savoir indignés.jpgpourquoi, mais eux, on souvent la gloire du petit écran. Oh ! Que c’est bien quand ce n’est pas préparé ! Quand c’est une chose brouillonne dans laquelle n’importe qui peut brailler n’importe quoi. Oh que c’est mieux quand des personnages sans culture, sans références historique et sans conscience sociologique, peuvent emporter l’adhésion de la masse parce qu’ils empêchent les autres de parler et plus simplement parce qu’ils ont une grande gueule. C’est tellement moins pernicieux quand on ne prend pas le risque d’atteindre profondément les causes premières du mal être général. Vous vous rendez compte, si on se mettait à s’organiser ? Si on concevait des assemblées dont la tenue est construite, méthodique, intelligente et constructive ? Mais vous savez que dans ce cas, on risquerait d’ébranler le fondement strictement injuste de l’organisation humaine de façon parfaitement blasphématoire ! Au même titre qu’il ne faut surtout pas s’instruire et réfléchir, il ne faut, également, surtout pas s’organiser.

bébé ennuyé.jpgJe sais, je ne suis pas un individu normal. J’aimerais que pour l’avenir de nos enfants et petits enfants, nous ne nous en remettions pas aux errements du hasard. Moi, j’aimerais que la société humaine s’organise et qu’elle essaie de sortir de la loi du plus fort (et donc du plus riche, ce qui revient au même).

Comment s’organiser ? C’est à la fois d’une simplicité enfantine et extrêmement compliqué.

En effet, tant que l’on n’est que quatre ou cinq, il suffit de se réunir autour d’un verre et de discuter pour se mettre d’accord sur la façon de s’organiser afin de réaliser ce que l’on souhaite. Si l’assemblée réunit les gens d’un quartier, d’un hameau et voire d’un village, la chose est encore jouable. Il se dégagera nécessairement une majorité qui emportera l’enthousiasme général. Si quelques individus se sentent par trop non concernés par les décisions, ils auront toujours le loisir de ne pas s’associer à l’entreprise. Le risque reste que, parfois, une personne, portée par un charisme patent ou une aura particulière ou un statut social valorisant, emporte les résolutions non par la valeur de ses arguments mais grâce à l’emprise qu’elle a sur le reste du groupe. Dans ce cas, les gens qui se sont laissé déborder ne peuvent s’en prendre qu’à eux mêmes. Ils n’ont pas su trouver et exposer les idées les plus pertinentes. Ils n’ont pas été capables de démontrer le bien fondé de leurs positions. Ils ont, en fin de compte, été moins crédibles et moins convaincants que leur adversaire.

Dans le même temps, l’époque des grandes assemblées est un peu passée. Certes, on voit encore en période d’élections présidentielles de vastes réunions de propagande électorale où les candidats viennent présenter un galimatias de promessemeeting.jpgs pieuses avec des phrases lyriques propres à provoquer les applaudissements enfiévrés des fidèles émus et passionnés. Mais ce ne sont que des grand-messes desquelles la controverse est exclue. On ne peut pas poser de questions et encore moins exposer des doutes ou des suggestions contraires.

Il existait autrefois un parti communiste très structuré qui possédait des ramifications dans le moindre atelier, dans le moindre quartier et dans le moindre canton. Son organisation théorique prétendait être un centralisme démocratique. Officiellement, chaque proposition était discutée dans chaque cellule de base. Chacun pouvait y donner son avis. Quand la décision était prise, éventuellement à la suite d’un vote, elle devenait la loi pour tout le monde. Puis, toujours théoriquement, les positions remontaient dans un système pyramidal et étaient sensées parvenir au sommet de l’édifice où elles finissaient, si la majorité en avait décidé ainsi, par devenir la consigne pour tous. Dans la pratique, au fil des années, c’est le contraire qui s’était instauré. Les réunions de la base ne servaient plus qu’à entériner les projets de la petite caste dirigeante. Le centralisme démocratique était toujours centraliste, mais plus démocratique.

Dans l’actuel parti socialiste (ainsi que dans la SFIO qui l’a précédé) c’est le contraire. Il y a sans doute un fonctionnement qui se veut démocratique, mais il n’y a pas de centralisme. Quand il y a un désaccord, un litige, on ne tranche pas et il se forme des factions de sous sous groupe de tendances. Du coup, jamais une décision ne peut être générale et c’est un terrain fertile pour que des aventuriers de tout poil, navigant à vue dans ce marais brumeux, se dotent de partisans qui les mèneront à une carrière personnelle fructueuse et valorisante. Il est à noter que les sensibilités (comme ils disent) du PS ne se différencient pas par des définitions philosophiques divergentes, mais seulement par le nom de leurs chefs de file.

Ne trouvez-vous pas qu’il serait astucieux et urgent de créer une espoir.jpgorganisation structurée des attentes et des espérances de la population ? Cela vous semble-t-il tellement saugrenu que les populations tentent de dégager ce qu’elles attendent réellement de la vie et comment elles envisagent d’y parvenir ?

La prochaine fois, nous essaierons d’imaginer ce que pourrait être une organisation de la population.

 

26.03.2012

LE GRAND SOIR (2)

 

LE GRAND SOIR

 

 

Ou :

 

               ÇA VA PETER !



          Nous terminions la première partie en constatant qu'à l’opposé, on connait nombre de situations révolutionnaires qui ne sont pas causées par un mouvement d’émeute, ou tout au moins, sans violence.

     révolution des oeillets.png     Le 25 avril 1974, le mouvement des forces armées, au Portugal renverse une dictature vieille de plus de quarante ans. Certes, c’est l’œuvre des militaires. Certes, c’est sur un plan concerté à la Blanqui. Cependant, non seulement il n’y a pas de violence, mais il y a même une immense allégresse dans la population. Les militaires et la population ne font qu’un. Du coup, les véhicules blindés on du mal à se frayer un chemin dans la foule exultante. On dit que les chars d’assaut, afin de ne pas créer de désordre observaient le code de la route et, particulièrement, respectaient les feus tricolores aux intersections. Voila un assaut bien sage. Et, bien sûr, la colonne devant traverser le marché aux fleurs, couvrit ses canons d’œillets dont c’était la saison. rév olution des oeillets 2.jpgCela est resté dans les mémoires sous le nom de « révolution des œillets ». Pas un coup de feu ne fut tiré. Juste, dans l’après midi, quand les insurgés durent investir le bâtiment de la police politique de sinistre mémoire, celle-ci ouvrit le feu sur la foule et fit quatre morts. Dans la confusion qui s’ensuivit, la PIDE perdit encore deux hommes. Il est à noter que ce sont les forces réactionnaires qui ont ouvert le feu et pas les révolutionnaires.

          Le 3 novembre 1970, au Chili, Salvador Allende Gossens devient Président de la république. Il a été légalement élu. Certes, il ne possède qu’une majorité relative, mais dans la loi chilienne, cela suffit. La réforme allende.jpgagraire est poursuivie et amplifiée, la sécurité sociale généralisée, le divorce légalisé et les salaires profitent d’une augmentation substantielle. On tente de se débarrasser de l’étreinte financière des compagnies nord américaines. La situation est révolutionnaire. Pourtant, on n’a pas tiré un coup de fusil. Les massacres, les tortures, les déportations et les disparitions, ce sera la contre révolution fomentée et soutenue par les Etats Unis qui les pratiqueront. Quel qu’ait été le sors ultérieur du Chili, cela prouve qu’il est possible de s’emparer du pouvoir autrement que par des émeutes.

          On notera, au passage, que si une révolution peut être parfaitement pacifique, une contre révolution ne peut être que sanglante. En effet, des privilégiés se voyant privés de leurs avantages ne peuvent tenter de les conserver qu’avec l’énergie du désespoir et de se fait, devenir extrêmement violents. Les armées de la république, sans cette situation, n’auraient eu aucunes raisons d’intervenir en Vendée en 1793.

      - Oui, mais je te dis que ça va péter !

          Nous avons vu qu’une émeute peut ne pas avoir de résultat révolutionnaire et une révolution peut ne pas avoir de cause insurrectionnelle. Donc, si « ça pète » ! Cela n’implique pas qu’il y aura des changements. Tout au plus, cela risque de calmer les esprits et de permettre à la pression de retomber un moment. C'est-à-dire que cela risque de démobiliser les gens. Cela veut surtout dire que ça va proroger la situation existante encore pendant quelques temps.

         lutte finale.jpg Cette idée de lutte finale, la dernière révolution, celle qui n’a pas encore eu lieu, est une absurdité. Il est évident que les humains ayant franchi une étape seront confrontés à d’autres contradictions et devront affronter d’autres difficultés. L’évolution est permanente et il ne peut pas y avoir de situation finale. Si on y ajoute cette vision du grand soir… Oui, Le soir de la dernière émeute. On a accompli la dernière émeute et tout est résolu. C’est une vision pathétique et passionnelle, mais pas plus. Cela ne résout rien. Si nous ne savons pas précisément ce que nous voulons, nous n’aurons rien.

          En 1789, les gens voulaient l’abolition des privilèges. Ils l’ont eue. En 1830, ils ne voulaient rien que le départ de Charles X. Ils l’ont eu mais n’ont eu que ça.  En 1848, les gens voulaient la république et le suffrage congespayes.jpguniversel. Ils l’ont presque eu. En 1936, les gens voulaient la semaine de quarante heures sur cinq jours, des congés payés et une sécurité sociale. Ils les ont eues. En 1968, les émeutiers ne savaient pas trop ce qu’ils voulaient. Cela a été une explosion confuse et ambigüe, parfois violente, mais sans but précis. Cela avait surtout un aspect festif et ludique. On jouait à la révolution. On voulait que cela change mais sans trop savoir ce qu’on voulait à la place. Avec une foi ardente dans une débauche de lyrisme idéaliste et utopique,  on lançait des mai 68 2.pngmots d’ordre dont la stérilité ne le disputait qu’avec l’aspect rigolard de joyeux carabins faisant assaut de bons mots dans une cour de récréation dont les surveillants avaient disparu. Mai soixante huit n’a été qu’un simulacre de révolution et n’a obtenu qu’un simulacre de résultats. Les émeutiers se sont parés d’une noble image de grands révolutionnaires qu’ils n’étaient pas afin de revaloriser un narcissisme individuel défaillant. Comme on dit mai 68 1.jpgdans le langage populaire, ils se sont fait du cinéma. On peut dire que cela a entraîné une libéralisation des mœurs, mais encore, n’est-ce pas simplement fictif ? Qualitativement, rien n’a été tangible et même quantitativement, les avantages obtenus ont été vite digérés par le pouvoir.

      - Oui, Oui ! C’est bien ce que tu racontes. N’empêche que si rien ne change, ça va péter !

          Nous devions en être à la gniole.

      - Je suis bien d’accord avec toi. Mais je te redis que si « ça pète » maintenant, nous risquons de ne rien obtenir.

      - Mais si ! Quand ça pète, ça pète ! Et tu ne peux pas imaginer que quand ça a pété, ça n’a pas pété. Et tu ne peux pas nier que ça a pété.

        mec bourré.png  Ce qu’il a de particulier, Sylvain, c’est que quand il a bu. Oh, pas énormément, mais juste un peu trop, il répète plusieurs fois le même mot ; il parle plus fort et il a du mal à entendre ce qu’on lui dit.

      - Je te dis… te dis que ça va… Ça va péter. Oui, ça va péter… Péter !

      - Bon, admettons. Imagine…

      - Je ne te te te parle pas d’imagination ! Pas d’Imagination ! Je, je te parle, te parle de la, de la réalité !

      - Oui, je sais. Mais imagine. Nous sommes le grand soir. Ça a pété.

      - Oui. Ça a, ça a pété.

      - C’était le grand soir de la lutte finale. Les drapeaux de la victoire du peuple flottent sur les barricades encore fumantes. Dans les rues et les hameaux, on a allumé des grils. bal populaire.jpgOn cuit des brochettes. On mange des frittes et on arrose l’évènement. Jusque tard dans la nuit, on commente. On s’embrasse, on rit, on chante et on danse. Ça y est, c’est arrivé ! On a gagné ! On a gagné ! On a… Ouais. Et le lendemain matin ? Hein ? Qu’est-ce qui se passe le lendemain matin ? Le lendemain matin, tu te lèves. Tu as le cuir chevelu un peu sensible, la bouche pâteuse et tu vas comme d’habitude à ton bureau. On reprendra les mêmes ou d’autres qui feront la même chose et on recommencera comme avant.

      - Oui, mais ça ne sera plus pareil !

      - Pourquoi veux-tu que ce ne soit plus pareil ? Moi, tu vois, ce qui m’inquiète, ce n’est pas le grand soir, c’est le lendemain matin. Parce qu’il y aura forcément un lendemain matin. Et si l’on n’a pas prévu ce qu’on fera le lendemain matin, le grand soir n’aura servi à rien. En plus, pour savoir ce que l’on fera le lendemain matin, il faut y penser avant le sauter le ruisseau.jpggrand soir parce que les autres, ceux contre qui tu es excédé, eux, ils le savent ce qu’ils feront le lendemain matin. Ils te remettront un gouvernement qui sera exactement le même qu’avant, voire pire, comme en 1830 ou en 1968 et tu auras perdu ton temps, ton énergie et ton espoir. Ce qui risque d’être révolutionnaire, ce n’est pas le grand soir, c’est le lendemain matin. Moi, tu vois, quand je dois sauter un ruisseau, j’aime bien, avant de m’élancer, savoir comment est la berge de l’autre côté.

      - Alors, toi, toi, tu, tu, tu n’as pas envie que ça pète ? Que ça pète.

      - Je ne te dis pas ça ! Je te dis que je n’ai pas envie que ça pète à un moment où nous ne sommes pas prêts.

      - Pas prêts ? Comment ça pas prêts.

     - C’est comme quand des amis débarquent à l’improviste. Si, quand ils arrivent, tu es tranquillement chez toi, ta maison bien rangée et que justement tu es en train de préparer une vaste potée, tu les recevras bien. Cela te fera plaisir et à eux aussi. Tandis que, si tu es encore en pyjama, que tu as mal digéré ta soirée de la veille, que la maison ressemble à un champ de bataille et que tu n’es même pas allé acheter du pain, tu risques de passer un moins bon moment.

          J’ai eu, un moment, l’impression que je l’avais ébranlé. Alors, pour porter l’estocade, j’ai cru bon d’ajouter quelques considérations. Parce que dans le fond, cette histoire de grand soir, il y aurait eu encore bien des choses à en dire. Et puis, moi-même, j’aimerais bien aussi qu’un beau soir, on puisse se dire qu’une grande page a été tournée. Seulement voila, Nous ne sommes plus au XIXème siècle. Nous avons maintenant la possibilité de désigner, de façon parfaitement pacifique et démocratique, un gouvernement qui soit au service de la population. Alors, pourquoi s’en priver ? Pourquoi garder ce rêve sanglant d’émeutes comme un mirage exalté de gloire fumante, d’horreur et de haine ?

          Il y a quelques années, les gens ont cru vivre le grand soir. Un grand soir pacifique. Ils ont pleuré de joie et de bonheur toute la nuit et, les jours suivants, ils ont cru que mai 81.jpgc’était arrivé. Et puis, la désillusion est arrivée. C’était le 10 mai 1981. Ils avaient élu un homme qu’ils croyaient providentiel. Celui-ci, un aventurier ayant mangé à tous les râteliers, participé à toutes les soupes politiques et prêts à toutes les compromissions pour sa gloire et sa carrière personnelle, leur avait laissé croire qu’il incarnerait le grand soir. Seulement voila ! Il s’était bien gardé de leur parler du lendemain matin. Même devant la demande insistante de certains, il avait pris grand soin de ne jamais répondre sur ses projets. Quand on lui en avait proposé, des projets, il s’était appliqué à les éluder, voire à les rejeter avec hauteur et mépris. Il avait réussi à laisser croire que sa seule présence, sa seule personne était une déification du changement. Il existe pourtant une chanson qui dit qu’ « Il n’y a pas de sauveur suprême, ni Dieu, ni césar ni tribun ». Comme il était, au demeurant, fort intelligent, dévoyant les grandes espérances à son usage propre, avec un sens pervers de la manipulation, il a su confisquer la puissance populaire en la dissuadant de prendre, elle-même,  en main son propre destin. Les gens se sont laissé berner.

      - Encore une petite ?

      - Oui, mais la dernière. Après, je retraverse la route.

          Le grand soir est sans doute un beau rêve ; mais, précisément, ce n’est qu’un rêve. Il me semble qu’il serait plus pertinent de préparer un grand lendemain matin. Et, plus j’y pense, plus je me demande si une vaste organisation de la population, exprimant clairement ce qu’elle attend de son avenir ne garantirait pas mieux un avenir plus rieur. Savoir avec précision ce qu’on fera le lendemain matin, n’est-ce pas plus prometteur que s’en remettre à une émeute brouillonne et sans projet ? Elaborer des règles au service de la population, n’est-ce pas plus fédérateur que se diviser derrière des chamailleries de querelle.jpggourous, déchirés en querelles de clans, qui n’envisagent en rien d’être au service de leurs électeurs ? Les grands hommes politiques qui nous gouvernent ou qui voudraient nous gouverner sont pour la plupart très attentifs à ne pas avoir de programme. Et quand ils en ont un, celui-ci n’envisage pas de changer les choses, mais de gérer ce qui existe. Il y aura un peu plus de ceci, un peu moins de cela, mais, fondamentalement, qualitativement, on ne changera rien. Ensuite, ce programme, quand il existe, par des discours creux et spécieux, ils veulent nous l’imposer. Ils veulent nous persuader qu’ils savent mieux que nous ce dont nous avons besoin. Ils s’appliquent à nous maintenir dans un infantilisme sage et obéissant. Ils ont un programme, certes. Mais ce programme, c’est le leur. Ce que nous aimerions, nous, c’est le nôtre.

          Quand on va faire des courses dans un supermarché, n’est-il pas pertinent de prévoir une liste ? Sinon, on prend n’importe quoi et, lorsqu’on rentre à la maison, ne s’aperçoit-on pas, juste quand c’est trop tard, qu’on a oublié l’essentiel ?

          Dans le fond, se concerter avec les autres et établir ensemble la liste de ce que l’on désire, ne serait-ce pas préparer le grand lendemain matin ?

          Alors, et alors seulement, préparer le grand lendemain matin, ne serait-ce pas s’offrir une chance de vivre un grand soir ?

coucher de soleil.jpg

 

19.03.2012

LE GRAND SOIR (1)

                  LE GRAND SOIR


                              Ou :


                    ÇA VA PETER !





      - Ça va péter ! Je te dis que ça va péter.
          Pour bien sentir le sel des cette affirmation, il faut l’avoir entendue, comme moi, un soir pendant lequel, j’étais allé chez mon voisin et ami afin que, unissant nos deux solitudes, après avoir mangé du gratin et des saucisses et bu force verres de vin rouge, nous puissions refaire un peu le monde.
      - Ça va péter ! Je te dis que ça va péter.
          Vous l’entendez bien, la phrase ? Bien prononcée avec l’accent dauphinois ? Il faut le dire en supprimant l’accent sur le « e » comme dans « petit » et en insiboire un coup.pngstant sur le « t » comme s’il y en avait au moins trois. Ça va « pettter ».
          Et, en revenant de la cave avec une nouvelle bouteille, il insistait : Si, si ! Ça va forcément péter ! Ça ne peut pas durer comme ça. C’est de pire en pire. Les gens ne pourront pas toujours supporter. A un moment, c’est sûr ! Ça va péter. D’ailleurs, il faut que ça pète. Quand ? On n’en sait rien. Peut-être dans trois mois ou dans six ou dans dix ans, on ne sait pas. Mais ça va péter. Il faut que ça pète.
          Dans le fond, l’ami Sylvain, il voyait ça comme une cocotte minute dans laquelle la pression monte et qui, comme la soupape est bouchée finit par exploser. Ce n’était certes pas faux. Mais il voyait ça aussi, avec son visage enluminé de passion et de Côte du Rhône, comme, au sens propre, des gaz intestinaux. La pression monte, le ballonnement devient icocotte minute.pngnsupportable ; alors, à un moment, ça pète et après, on se sent mieux. C’est là que je n’étais pas d’accord. C’était sur le fait qu’après, on se sente mieux. J’essayais de lui expliquer. Bon, d’accord. Tu pètes. Tu te sens mieux. Mais si tu ne soignes pas la cause de la formation de cette pression, cela va recommencer. Tu seras de nouveau mal en point. Il faudra que ça repète et il n’y aura pas de fin. Il n’y a pas de causes naturelles de l’extinction du pétage.
      - Je te dis qu’il faut que ça pète ! Il faut balayer ces ministres incapables ou malhonnêtes ! Il faut tout reprendre au début. Il faut refaire des élections. Si ça pète, ça changera tout.
          J’étais ennuyé parce que je voyais bien qu’il était dans le mythe du grand soir et que je n’arrivais pas à lui en montrer le caractère illusoire.
          Le mythe du grand soir : Voila bien, encore une chose étonnante. Son origine, on la comprend très bien, mais de là, et depuis le temps, à ne pas se rendre compte que ce n’est qu’un rêve romanesque et théâtral, les esprits devraient avoir un peu évolué.
          Rappelons-nous. Après 1815, les ultra-royalistes de retour au pouvoir mènent une répression sanglante dans les rangs de leurs opposants : c’est la terreur blanche. Des gens se disent que la révolution n’a pas atteint son terme. Il lui a manqué son volet social. Elle n’est pas finie. Alors, apparaît l’idée de lutte finale. Dans le même temps, on n’imagine pas qu’une révolution soit autre que violente. Les gens sont marqués par le souvenir des combats liés à la révolution de 1789. Pourtant, ces combats, si leur rôle a eu son importance, ne sont pas en eux même révolutionnaires. La prise de la bastille, le 14 jeu de paume.jpgjuillet a un sens très symbolique. Le peuple ne respecte plus l’autorité royale. Certes. Mais le but était seulement d’y trouver des armes. La véritable révolution s’était faite avant : le 20 juin, lors du serment du jeu de paume. Les députés s’étaient juré de donner une constitution à la France. Ça, c’était révolutionnaire. Et puis, quelques semaines après, dans la nuit du quatre août, on abolit les privilèges. Ça aussi, c’est révolutionnaire et il n’y a pas eu d’effusion de sang. En 1792, le 20 juin : le peuple de Paris envahit les Tuileries. Cela ne conduit à rien. Un mois et demi plus tard, le 10 août : nouvelle prise des Tuileries. Effectivement, le Roi est suspendu, mais, il n’est pas destitué. Il va en prison. Mais officiellement, c’est pour le protéger. Suivent les massacres de septembre. Ça, pour être sanguinaire, c’est sanguinaire. Mais ce n’est pas révolutionnaire. Ce n’est qu’un mouvement de panique. Les impériaux sont sur les frontières avec des armées beaucoup plus nombreuses et bien entraînées. Le prince de Brunswick ira jusqu’à promettre de passer la population de Paris au fil de l’épée et de réinstaller Louis XVI dans ses prérogatives. Tous les individus que l’on croit potentiellement capables de se ranger du côté de l’ennemi, plus de mille personnes, sont exécutés, pratiquement sans jugement. Ce n’est pas révolutionnaire. La véritable révolution interviendra quelques jours après, le 22 septembre, à l’annonce de la victoire de Valmy, on abolira la royauté et on proclamera la république. Ça, c’est révolutionnaire.
          On comprendra, après cela que les gens aient tendance à confondre émeute et révolution. Bien sûr, il est fréquent que les deux soient liées. Mais s’il y a des émeutes non révolutionnaires, il y a aussi des révolutions sans émeutes. Quelques années plus liberte1.jpgtard, on retrouve une situation bien caractéristique. Les 27 28 et 29 juillet 1830 : Les trois glorieuses. L’image que certains veulent donner à la révolution. Le tableau de Delacroix : la Liberté sur les barricades. L’image romantique de la révolution. Ce n’est qu’une émeute sans lendemain. Oui, Le Roi Charles X a été chassé. Mais onze jours après, le 9 août, on réinstalle un Roi comme si rien ne s’étaient passé. En 1848, nouvelle émeute qui, cette fois, les Parisiens se souvenant, dix huit ans auparavant de s’être fait voler leur révolution, tout de suite, avant que les fusils ne refroidissent, proclame la République et instaure le suffrage universel (des hommes). Hélas, comme ils n’ont pas réellement prévu la suite, leur suffrage universel sera rapidement vidé de son sens et quatre ans plus tard, un coup d’état renversera la république pour instaurer le second empire. La révolution de 1848 n’est que très piètrement révolutionnaire. Ce n’est encore qu’une émeute vaguement révolutionnaire. Son suffrage universel ne deviendra effectifpancho-villa.jpg qu’un siècle après en 1945. On peut aussi citer les mouvements que l’on dit révolutionnaires au Mexique au début du vingtième siècle qui ne sont, eux aussi que des émeutes désordonnées et qui n’aboutiront à rien.
          Au XIXème siècle, il y a même eu un chantre et théoricien de la révolution par les armes : Louis Auguste Blanqui (1805 1881). Fruit de son époque, c’est un homme passionné. En 1830 au moment de l’explosion romantique, il a vingt cinq ans. Il lutte farouchement pour le suffrage universel « un homme, une voix ». Il est un des premiers à demander l’égalité de l’homme et de la femme. Il réclame aussi la suppression du travail pour les enfants. C’est un insurgé permanent. Il est de tous les complots, de tous les Blanqui.jpgcoups de main, de toutes les conspirations républicaines de son époque. Il est, bien sûr, régulièrement arrêté mais à peine est-il libéré qu’il fomente un nouveau coup de force et va derechef en prison. Au total, si on additionne toutes ses incarcérations, il passera plus de trente trois ans de sa vie sous les verrous. Il en gardera le surnom de « l’enfermé ». Il sera condamné à mort plusieurs fois. Il crée plusieurs journaux qui généralement disparaissent faute de crédits. Vers la fin de sa vie, l’un d’entre eux s’appellera, je ne sais pas si l’expression, chère aux anarchistes (qu’il n’était pas), est de lui « Ni Dieu ni maître". Pour se défendre, il dit, lors d’un de ses nombreux procès : « Oui, Messieurs, c’est la guerre entre les riches et les pauvres : les riches l’ont voulu ainsi ; ils sont en effet les agresseurs. Seulement ils considèrent comme une action néfaste le fait que les pauvres opposent une résistance. Ils diraient volontiers, en parlant du peuple : cet animal est si féroce qu’il se défend quand il est attaqué. » Marx dira de lui : C’est le chef qui a manqué à la commune de Paris. En effet, il était, à ce moment là, en prison et vous pensez bien que Thiers s’est bien gardé de le faire relâcher.
          Pour comprendre Louis Auguste Blanqui, il faut se souvenir qu’à son époque, le suffrage universel n’existant pas (ou si mal et si perverti), on pouvait avoir l’impression que la seule façon de s’emparer du pouvoir ne pouvait être que par la force. Du coup, il devient le théoricien de la pratique du renversement du pouvoir en place. Cependant, et contrairement à Marx, il ne fait pas confiance à la puissance et au poids des masses populaires. Pour lui, il est préférable de lancer quelques hommes bien décidés, bien armés et bien entraînés. Ils investiront par surprise l’assemblée nationale, les ministères, les préfectures et les mairies des plus grandes villes. Ils confisqueront le pouvoir pendant quelques mois et ne le rendront au peuple que quand ils auront tout réorganisé. Dans le fond, il est à mis chemin entre Marx qui estime décisif l’engagement populaire et les anarchiste qui pratiquent, de façon quasi individuelle des attentats politiques.
          Blanqui, génèrera une importante descendance. En 1917, L’attaque du Palais palais.jpgd’hivers est organisée par Trotski selon les plans de Blanqui. C’est une attaque concertée et organisée. On dit même que le jour avait été choisi par Lénine. Cet assaut, pas franchement spontané, n’était pas vraiment nécessaire mais on imaginait mal une prise du pouvoir qui ne se fasse pas à la pointe des baïonnettes. Plus curieusement, au cours du vingtième siècle, les innombrables coups d’état militaires à travers le monde se sont pratiqués selon le même plan. Au nombre des bâtiments qu’il fallait occuper, on a juste rajouté les immeubles de radio et télévision, les télécommunications et les aéroports. De plus, Blanqui a été le grand père de ce qu’on a appelé au XXème siècle les minorités agissantes.
          A l’opposé, on connait nombre de situations révolutionnaires qui ne sont pas causées par un mouvement d’émeute, ou tout au moins, sans violence.   C'est ce que nous aborderons dans la seconde partie lundi prochain.

01.03.2012

L'ERREUR FONDAMENTALE

 

L’ERREUR FONDAMENTALE

 

 

 

Voici un essai que je médite depuis fort longtemps. Cependant, il me semblait nécessaire de rédiger préalablement tout ce que j’ai raconté jusque là. C’étaient des précisions indispensables pour que cette nouvelle réflexion prenne toute sa valeur. Il s’en suit que, selon tout bon sens, si tu étais un lecteur attentif et zélé, tu devrais lire consciencieusement tout ce etudier.jpgqui, en fait, ne servait que de prolégomènes. Je suis totalement persuadé que tu vas le faire sinon, tu comprends très bien que tu risques d’être en difficultés. Je sais que tu vas t’y jeter sans tarder et revenir après. Je te fais confiance.

 

Bon, admettons que tu comprennes quand même ce que je veux tenter de t’expliquer. Si, si ! Je pense que tu dois être, assez intelligent pour cela. Mais il faudra réviser quand même tout ce qui était préparatoire, hein ! Je compte sur toi. Alors, allons-y.

 

Il y a un ddogme.jpgogme sur lequel on ne transige jamais et qui, il faut bien l’avouer emporte l’assentiment général. Il ne viendrait, à personne, l’idée saugrenue d’en remettre en doute le bien fondé. Pour qu’un pays soit prospère, il est du rôle de l’état d’en soutenir l’économie. En effet, on imagine mal une nation qui, avec une économie marasmatique et calamiteuse, vivrait dans une opulence confortable et doucereuse. C’est tout à fait vrai. Cependant, en y réfléchissant un peu, j’ai l’impression qu’en partant d’une remarque très pertinente on en arrive à des conclusions remarquablement douteuses. Une cascade de conclusions hâtives en forme de transitivités suspectes conduit inexorablement d’une vérité première à un bouquet des conclusions absurdes.

 

D’où vient cette notion, pour le bon fonctionnement d’une nation, qu’il faille le soutient, absolument nécessaire,  de l’économie ?

 

On peut penser que le premier qui a exprimé cette idée clairement est Claude Henri de Rouvroy comte de Saint Simon (1760-1825). Il existe autour de ce personnage une certaine ambiguïté que je vais tenter de vous débrouiller.  

 

Saint-simon.jpgClaude Henri de Rouvroy comte de Saint Simon nait en 1760 sous le règne de Louis XV dans une famille de bonne noblesse. Enfant plutôt turbulent et un peu rebelle, il reçoit de son précepteur la connaissance des lumières de son époque et particulièrement est instruit de Rousseau et de D’Alembert. Tout jeune homme, il part combattre pour l’indépendance des Etats Unis avec Lafayette et Rochambeau. Lors de la révolution, il se range du côté du monde nouveau et abandonne sa particule. Cependant, il s’enrichit en profitant, personnellement, de la vente des biens du clergé. Quelqu’un a dit de lui que c’était le dernier gentilhomme et le premier socialiste. La formule est belle, mais à mon avis fausse. Déjà, le dernier gentilhomme, malgré son comportement aristocratique, il refusait absolument cette appartenance. Acquis aux idées nouvelles, il est le chantre et le théoricien de la nouvelle société industrielle et bancaire qui se met en place. Et oui ! Il y a une idée fausse qu’il faut dénoncer. Quand on dit que Saint Simon est acquis aux idées nouvelles, beaucoup croient que c’est un grand démocrate et un grand humaniste. patron.pngAbsolument pas ! Selon les idées nouvelles, il veut juste remplacer l’aristocratie terrienne et féodale par une aristocratie industrielle et commerciale. Il est persuadé que l’avenir de l’humanité passe par l’industrie et le commerce. S’il dénie la noblesse de naissance, il veut juste la remplacer par ce qu’il appelle la noblesse de talent. Il affirme que si ces personnes de qualité (comprenons les hauts dirigeants ayant accédé à ces postes grâce à leur appartenance à la noblesse, notamment les militaires) mouraient soudainement, la France ne s'en trouverait pas tellement perdante. Mais si, en revanche, les plus importants ingénieurs, commerçants, entrepreneurs, savants et artistes disparaissaient, la France en serait fortement atteinte. Selon le désir de la haute bourgeoisie de l’époque, il espère simplement le transfert du pouvoir politique de la classe féodale vers la classe industrielle et bancaire. Les petites gens, le menu fretin, le bas peuple ne sont pas son souci. Ou, plus exactement, il imagine que si le monde dirigeant est prospère, les subalternes en tireront charité.jpgnécessairement profit. En cela, et malgré lui, il garde une vision féodale dans laquelle, les serfs profitent nécessairement de l’opulence du seigneur. Lequel seigneur, par pure bonté d’âme assume une survie satisfaisante à ses vassaux en leur distribuant, charité suprême, quelques misérables miettes. Saint Simon, pragmatique, prône un mode de gouvernement contrôlé par un conseil formé de savants, d’artistes, d’artisans et de chefs d’entreprise et dominé par le secteur primaire qu'il convient de planifier pour créer des richesses et améliorer le niveau de vie de la classe ouvrière. Il est du devoir des industriels et des philanthropes d'œuvrer à l'élévation matérielle et morale des prolétaires, au nom de la morale et des sentiments.

 

On constate que, pour Saint Simon, un gouvernement est formé par une élite qui se coopte et il n’est nullement question de suffrage universel. Dans le fond, le patronat n’accorde un bien être relatif à son personnel que parce que cela lui sera profitable. Un salarié en bonne santé travaille vache.jpgmieux qu’un individu sous alimenté. Un employé instruit sera plus efficace qu’un ignorant. Dans le fond, nous sommes dans la même situation que celle de l’agriculteur qui soigne bien son cheval afin que celui-ci lui soit plus rentable. Mais pas plus ! A quoi bon offrir au cheval un luxe qui n’apportera rien dans sa productivité. C’est ce que Marx, plus tard dénoncera en constatant que l’on ne paie pas l’ouvrier en fonction de ce qu’il produit, mais qu’on lui accorde juste de quoi régénérer sa force de travail. Le patron ne concède au salarié que de quoi survivre, produire et se reproduire.

 

On aime, souvent, à présenter Saint Simon comme un prophète du socialisme. Je te dis, moi, lecteur assidu et zélé, que c’est faux et que c’est même mensonger.

 

D’où vient le mot socialiste ? Après 1815, sous la restauration, les républicains étaient férocement pourchassés (c’est ce qu’on a appelé la terreur blanche). Au titre de sociétés de secours mutuel, certains organisaient des banquets que l’on a appelé, par la suite les banquets républicains. A cette époque, nombre de gens considéraient que la révolution qui s’était déroulée vingt cinq ans avant n’avait pas atteint son aboutissemensociale.jpgt ultime. Ils pensaient que la révolution avait accompli son renversement politique, mais n’était pas parvenue à une modification sociale. Ils espéraient une révolution sociale. Donc, à l’issue de certains de ces banquets, quelques uns levaient leur verre en s’écriant : « à la sociale !». De la vient le nom de socialistes. Il s’en suit que Saint Simon, qui lui précisément trouvait que la révolution avait parfaitement atteint son but, était tout ce qu’on veut sauf un socialiste. Du reste, Marx, tout en reconnaissant le pragmatisme matérialiste de Saint Simon ne s’y trompait pas puisqu’il le rangeait dans ce qu’il appelait les socialistes utopiques.

 

Voyons maintenant une autre aberration liée à cette notion de soutien de l’économie. Je le redis : On imagine mal, et moi particulièrement, une population prospère dans une organisation économique calamiteuse. Mais justement, quand on parle de l’économie, prospérité.jpgon parle de l’économie de quoi, de qui ? En fait, il me parait clair qu’en l’occurrence, on fait allusion à deux choses différentes qui ne sont pas liées. On dit : pour que la population vive bien, il faut une économie florissante. Donc, pour que la population soit satisfaite, il faut (et on tente d’instiller l’idée que : et il suffit) que les entreprises industrielles, commerciales et bancaires produisent d’importants bénéfices. Et là, c’est absurde. On en revient à la vision Saint Simonienne du patronat qui pas simple philanthropie va élever le niveau matériel et moral de la population. C’est encore la conception féodale du seigneur qui, en bon père de famille veille au bien être de ses serfs lesquels, par essence, sont d’éternels êtres inférieurs, n’atteignant jamais, tout au long de leur vie, une majorité (non plus légale mais) économique et morale. C’est comme si, dans une commune, au nom du bien être de la population, le conseil municipal s’astreignait, pour soutenir l’économie locale, à subvenir, de toutes ses forces, à l’augmentation des bénéfices des deux plus grosses entreprises du village. Comme disait Coluche : Ça va leur faire plaisir aux pauvres de savoir qu’ils habitent dans un pays riche.

 

En effet, la confusion vient du fait que l’on assimile l’économie nationale à l’essor des entreprises. Les deux choses sont pourtant parfaitement antinomiques. Allons bon ! Tu ne vois pas pourquoi ? Réfléchis une minute, tu vas y arriver. Veux-tu que je t’aide un peu ? En quoi les deux choses sont-elles inconciliables ? Tu ne vois toujours pas ? Alors, poussons la problématique plus loin. Pose-toi la même question deux fois. Que faut-il pour qu’une population soit prospère ? Et que faut-il pour qu’une entreprise soit prospère ? Tu commence à voir ? Alors, dis-le. Verbalise ta réponse tout haut afin de l’entendre de ta propre bouche.

 

Pour qu’une population soit prospère, il faut… Il faut… Dis-le : Il faut qu’elle perçoive des revenus acceptables lui permettant de vivre dans un confort supportable et qu’elle jouisse de services publics satisfaisants. Tu vois que quand tu veux, tu trouves tout seul.

 

Maintenant, que fautdividende.jpg-il pour qu’une entreprise soit prospère ? Ça, tu le sais, il faut qu’elle génère des bénéfices important permettant de dégager des dividendes substantiels pour ses actionnaires. Quand j’étais petit, on apprenait, à l’école primaire que le bénéfice, c’est ce qu’il reste quand on soustrait le prix de revient au prix de vente. Pour avoir un grand bénéfice, il faut un prix de vente le plus élevé possible et un prix de revient comprimé au maximum. Pour une entreprise, dans son prix de revient, il y a bien sûr une multiplicité de choses qui pour la plupart ne sont pas vraiment contrôlables : les matières premières, l’énergie (fuel, électricité etc.), les bâtiments. En revanche, il y a un chapitre important qui est pratiquement à la discrétion de l’employeur : C’est la rémunération de ses salariés. L’employeur, pour maximiser son bénéfice, et donc minimiser son prix de revient, doit, impérativement obtenir de ses salariés un rendement maximum pour un salaire minimum.

 

Regroupons les deux remarques précédentes. Pour qu’une population soit prospère, il faut qu’elle perçoive des salaires respectables et, pour qu’une entreprise soit prospère, il faut qu’elle paie le moins possible son personnel. Et toi, tu ne trouves pas cela contradictoire. Ajoutons encore que l’entreprise doit aussi exiger des prix les plus élevés possibles pour ses ventes ce qui fait que le salarié avec sa faible paie pourra d’autant moininflation.jpgs consommer ce qu’il produit. Si, de plus, le gouvernement, au nom du soutien de ce qu’il appelle l’économie y consacre des sommes importantes, sous forme de dégrèvements, de détaxation, de services rendus en recherche, en énergie, en infrastructures de transport, ce ne pourra être qu’au détriment des services publics dont la population a besoin.

 

En fait, quand on dit qu’il faut soutenir l’économie, l’erreur que l’on martèle comme une vérité première afin de l’imposer s’appuie sur un raccourci linguistique qui peut être très élégant et souple en littérature que l’on appelle une ellipse. Cela consiste à ne pas dire une chose qui, restant sous entendue n’en prend que plus de force. Hélas, en l’occurrence, notre emensonge.pngllipse étant malhonnête, cela devient un mensonge par omission. En effet, si on disait qu’il faut soutenir l’économie des grands trusts internationaux, cela serait vrai, mais emporterait moins l’acceptation de la population. En masquant le vrai sens de la proposition, on laisse croire que l’on parle de l’économie de la nation, c'est-à-dire de la population ce qui est parfaitement fallacieux.

 

Il s’en suit que tout parti politique, ou tout homme politique qui déclare vouloir soutenir l’économie en ne stipulant pas que cela veut dire l’économie des grandes compagnies exploitant la population mondiale est un adversaire déclaré de cette population mondiale. Il emboite le pas à Saint Simon qui veut croire que le gentil employeur, fortune faite, fera la charité à ses serfs.

 

Il y a une chose qui me surprend tout de même. Je suis d’un âge assez avancé. Depuis mon enfance, j’ai toujours entendu des manif.jpggouvernements déclarer que, fort désolés, ils allaient être contraints de prendre des mesures impopulaires. La conjoncture les conduisant à cela, ils n’avaient pas le choix. Je n’ai jamais entendu le contraire. Pourtant, je m’en serais souvenu si on avait annoncé dans les média : Nous sommes navrés, mais contre notre gré et vus les progrès technologiques et l’essor de nos industries, nous allons être contraints de prendre des mesures populaires, augmenter les salaires, diminuer la durée de travail, améliorer les services publics, mais rassurez-vous, dès que ce sera possible, nous reviendrons en arrière.

 

J’aimerais constater, parce qu’à ma connaissance, cela n’existe pas, l’existence d’hommes politiques ou de partis politiques proclamant leur volonté de soutenir la population. Parce que, ne nous y trompons pas ! La population n’est pas idiote. Elle ne se demandera pas à elle-même des choses irréalistes. Elle ne fera rien d’autre que d’exiger d’elle-même ce qu’elle pensera être capable de réaliser. Elle ne se laissera pas aller à se ruiner elle-même. Elle ne tuera pas la poule aux œufs d’or. J’aimerais que se crée un parti qui dise officiellement : Nous sommes le parti qui veut soutenir la population. Dans toutes les circonstances, nous nous poserons la question : qu’est-ce qui est le plus profitable à la population ?

 

A ton avis, lecteur de riche et pauvre.jpgces pages, vaut-il mieux soutenir l’enrichissement des grandes compagnies ou le bien être de la population ?

 

Pour terminer, je voudrais suggérer une dichotomie. Les hommes qui nous dirigent n’ont-ils jamais pensé à cela ? Parce que s’ils n’y ont jamais pensé, cela me donne l’impression qu’ils ne sont pas bêtes… bêtes… bêtes, mais qu’ils ne sont pas non plus malins… malins… malins. En revanche, s’ils y ont pensé et qu’ils continuent de vouloir, contre vents et marées, proroger ce système de fonctionnement qui, il faut bien appeler les choses par leur nom est strictement un mode de pensée capitaliste, on peut en conclure que ce sont des hypocrites et des malfaisants.

 

En d’autres termes, qu’ils y aient pensé ou pas, agissent-ils ainsi volontairement ou involontairement ? Si c’est involontaire, ce sont des imbéciles ; si c’est volontaire, ce sont des escrocs.

 

Pour ma part, j’aurais tendance à leur faire l’honneur de penser qu’ils sont intelligents.

 

06.02.2012

L'échec du soviétisme (II)

L’échec du soviétisme

(Deuxième partie).

 

 

          Nous avons vu que l’URSS s’était heurté à plusieurs types d’erreur. Il y avait des erreurs liées à une philosophie erronée de la politique, un autre groupe d’erreurs était lié à une mauvaise analyse du fonctionnement de la société et nous avions annoncé qu’il y avait des erreurs dans la mauvaise compréhension du comportement humain.

          Une nouvelle fois, on peut constater qu’au départ, il y avait de bonnes intentions. Constatant que certains hommes vivaient dans un luxe révoltant parce qu’ils exploitaient gentil.jpgd’autres hommes qui, eux, du coup, survivaient un peu comme ils pouvaient, l’idée de base de Marx était d’éradiquer « l’exploitation de l’homme par l’homme ». Ce qui, vous me l’accorderez, était d’un bon sentiment. C’est dans la mise en œuvre de cette notion que cela devient plus compliqué et plus confus. Une nouvelle fois, la confusion des idées tient surtout à la confusion des mots. Tenez, je vous donne quatre concepts bien connus : Bourgeois, patron, capitaliste et exploiteur. Il va de soi que tout cela désigne des gens bien répréhensibles. On en fait joyeusement un seul paquet comme si cela exprimait la même chose. On fait semblant de considérer qu’il y a les méchants d’un côté (ceux que je viens de nommer) et tous les autres de l’autre côté qui sont les gentils malheureux. En êtes-vous si sûrs ? Un patron, bon, c’est facile. C’est quelqu’un qui paie des salariés. Oui, garagiste.jpgmais : Un garagiste qui emploie deux ouvriers est-il comparable à un actionnaire majoritaire dans une grande multinationale ? Notre garagiste est peut-être un peu un exploiteur (mais ce n’est pas certain). Il n’est certainement pas bourgeois et absolument pas capitaliste. Un capitaliste, c’est quelqu’un qui vit grâce aux intérêts produits pas son argent placé. Jusque là, on comprend bien. Oui, mais il y a une foule de gens qui possèdent effectivement un tout petit pécule placé qui est très largement insuffisant pour en vivre. Ils sont aussi obligés d’aller travailler, donc d’être exploités. Alors, à partir de quand devient-on un capitaliste ? Un exploiteur, on voit très bien ce que c’est. C’est quelqu’un qui vit grassement sur le dos d’autres qu’il exploite. Oui, mais, Une personne qui use des services d’une jeune fille au jeune fille au pair.jpgpair est peut-être un peu un exploiteur. Mais l’est-il autant que le propriétaire d’une lati fundia sucrière en Amérique centrale ? Quant à un bourgeois, je vous mets bien au défi de me dire ce que c’est exactement. Inversement, un préfet ou un médecin chef de service dans un établissement hospitalier (s’il n’a pas de clientèle privée et cela existe) ne sont pas des capitalistes, ni des patrons, ni des exploiteurs. Tout au plus bourgeois (chose que l’on n’a pas su définir). Dans le discours, on entend régulièrement les gens mélanger ces quatre concepts, les intervertir, les confondre, en faire un aimable brouet comme s’il était évident que c’était la même chose.

          Nous avons dit que l’idée de départ de Marx était d’éradiquer l’exploitation de l’homme par l’homme. Répétons-le : Noble préoccupation s’il en est. En effet, s’il n’y a plus d’exploiteurs, il n’y a plus d’exploités. Mais la question reste : comment faire pour y parvenir ? Alors, confusion précédemment décrite à l’appui, on a pensé que pour supprimer les exploiteurs, milliardaire.jpgce qu’il faut, et qu’il suffit, c’est supprimer le patronat. On décida donc de prohiber la propriété privée des moyens de production. Cela se heurta à deux aberrations. La première, dont nous avons déjà parlé qui a consisté à, au lieu d’en faire des propriétés collectives, d’imaginer une propriété globale d’état. Les individus n’avaient plus l’impression de travailler dans leur intérêt, mais pour une entité étatique lointaine et, pour eux, pratiquement abstraite. Dans leur esprit, leurs gains n’étaient liés à rien.

          L’idée qui, qualitativement n’était pas sotte, quantitativement devenait absurde. A partir de quelle quantité devient-on un capitaliste, un exploiteur, un bourgeois ou un patron ? Le remède revenait à, pour couper quelques arbres indésirables, abattre toute la forêt.

          D’autre part, et c’est là que j’en arrive à évoquer le comportement humain, nous avons dit dans le chapitre précédent que le moteur majeur du comportement de tout être vivant, en général, et humain en particulier, est la recherche de ce qui est profitable à bonne intention.jpgl’individu. Si tu crains d’avoir froid aux pieds, tu peux acheter des chaussettes. Mais, par goût, par amusement, par économie, si tu en as le temps et la technique, tu peux aussi les tricoter toi-même. Tu choisiras la méthode qui te semble la plus profitable. On parle souvent de profit maximum immédiat. Nous voulons avoir le maximum de profit et tout de suite. Pour ce qui est du profit maximum, cela se comprend aisément. Si l’on peut avoir beaucoup, on se demande pourquoi on se contenterait de peu. Hé lecteur ! Préfères-tu que je te donne dix euros ou mille euros ? Pour l’immédiateté, cela demande une petite explication.

          Quand tu apportes la gamelle de soussoupe à ton chien. Il est à côté de toi, fait des bonds et pousse de petits cris. Il n’a que quelques secondes à attendre. Il sait très bien que tu vas la lui donner. Il sait même où tu vas la poser. Il lui suffirait d’attendre calmement. De plus, il n’est pas spécialement affamé. Tu le nourris normalement. Du reste, trois minutes avant que tu ne prennes son assiette, il n’y pensait même pas. Mais non. Il n’en peut plus. Il sait qu’il va manger ; son désir est au paroxysme et il ne peut pas différer le moment de sa satisfaction. Pour les humains, c’est un peu différent. Mais un peu seulement. La capacité de différer existe, mais elle n’apparait que tardivement dans la psychogénèse et n’est jamais vraiment totale. L’enfant est au super marché avec sa maman. Il veut un jouet ou un paquet de bonbons. Il le veut, il le veut, il le veut. Sa mère accède à son désir. Elle pose la chose dans le chariot. Non ! C’est tout de suite qu’il le veut. La maman devra dépenser des trésors de volonté pour l’obliger à attendre, au moins qu’ils aient passé la caisse. Si, de plus, c’est un jouet qu’il faudra déballer, attendre l’arrivée à la maison sera un supplice épouvantable infligé par la mère à son enfant. Il pousse des cris horribles ; il sanglote ; éventuellement, il se roule par terre et la pauvre femme va passer pour une mère indigne aux yeux de la clientèle scandalisée. Si, cependant, elle tient bon, elle aura œuvré pour apprendre à son enfant la capacité de différer la satisfaction de ses désirs. Et toi-même, lecteur, tu as pris, fantaisie quasi gouter.jpghonteuse que tu assumes, un paquet de petits gâteaux. Quand tu arrives à la caisse et que tu places la barquette sur le tapis roulant, sur les cinq, il n’y en a déjà plus que trois. Tu n’as pas su différer. Et je ne te parle pas des moments où, quand tu cuisines, arguant le fait qu’il faut goûter un peu, tu grignotes du plat que tu mitonnes… Un peu, juste un peu, rien qu’un peu et puis encore un autre peu ; et pour confirmation encore un petit peu. Et ensuite, tu t’étonnes, quand tu passes à table de ne pas avoir très faim. Tu n’es pas raisonnable, non plus.

          Vous voyez ce que je disais ? La capacité de différer l’assouvissement de ses désirs est réservée seulement aux humains adultes, après un long conditionnement, et le résultat n’est jamais parfait.

          Il s’en suit deux choses. D’abord, on comprend mieux que le désir du capitaliste est de voir fructifier son avoir de façon maximale et immédiate. Au même titre, un exploiteur n’imagine même pas que son exploitation ne lui fournisse pas un profit maximum et immédiat. Cela explique que pour de grandes entreprises, il est normal de fermer un fermeture d'usine.jpgatelier complet, voire une usine qui fonctionne parfaitement, simplement parce que cela ne produit plus un profit maximum immédiat. Secondement, d’une façon plus générale, il devient extrêmement difficile d’empêcher un individu de satisfaire ses désirs quand il pense en avoir la capacité. Si un brave type a envie d’une étagère dans son salon, il peut, bien sûr, demander la chose à un menuisier, mais s’il pense que c’est préférable pour lui de la fabriquer lui-même, je ne vois pas comment on pourrait le lui interdire. C’est ce que certains appellent l’esprit d’entreprise.

          Dans le système étatique de l’URSS, la propriété des moyens de production était prohibée. Mais, les hommes étaient des hommes. Insidieusement, par une succession de petites étapes, allant du parfaitement licite au strictement illicite, cette notion de globalisation des moyens de production à perdu son sens. Voici le processus. Un salarié normal, moyen et ordinaire arrive chez lui après sa journée de travail. Pour des raisons diverses que je vous laisse le soin d’imaginer, il entreprend de se tailler une paire de pantoufles dans quelques vieilles couvertures qui traînent au fond de son débarras. Jusque là, on ne peut rien lui reprocher. Comme elles sont très confortables, il en fabrique aussi pour sa femme et ses enfants. Et puis, allez, au diable les rancœurs, une paire pour sa belle mère qui vit avec lui. Bien sûr, il n’oublie pas sa vieille tante qui habite le bâtiment d’en face. Puis, pour bien marquer son esprit de famille et pour remercier de quelques menus services, il en confectionne aussi pour des cousins plus ou moins éloignés. Un de ses voisins a repéré les pantoufles. Il en voudrait bien une paire. Justement, lui, dans des jardinières, sur son balcon, il cultive du persil. Moyennant quelques bottes… Où va-t-on ? Mais où va-t-on ? Si en plus le pantoufliste devant la demande accrue se met à sous traiter avec un sien beau frère… Que devient l’interdiction de posséder à titre privé les moyens de production ? Tiens, je suis en verve et en phase d’imagination. Un autre exemple : Tu as besoin de creuser une tranchée dans ton jardin. Tout seul, tu refuses d’y penser. Tu demandes un coup de main sac de patates.jpgà ton voisin. Bien sûr, c’est à charge de revanche. Mais comme la revanche n’arrive pas, tu lui donnes un sac de pommes de terre. Si tu n’as plus de pommes de terre, tu passes à la librairie et comme tu sais qu’il aime la pèche, tu lui achètes une revue sur le sujet. Et puis, tout bien réfléchi, tu lui offres un chèque cadeau à choisir à la susdite librairie. Tout compte fait, tu lui remets la valeur en espèce. Il ira bien où il voudra. Tu es donc un infâme exploiteur, un négrier, un patron sans vergogne qui emploie des salariés non déclarés.

          Quelle est la limite ? A partir de quel moment devient-on hors la loi ? Et ceci est vrai aussi bien dans une URSS qui interdisait la propriété privée des moyens de production que dans un occident qui exige que tout travail d’un tiers soit déclaré, officiel et imposé. Cette prohibition de la propriété des moyens de production, outre le fait qu’elle était, dans la pratique, difficilement applicable, présentait  deux grands travers dont l’un est un peu la réciproque de l’autre.

          Nous avons utilisé précédemment l’image de celui qcoupe a blanc.jpgui, espérant se débarrasser de quelques arbres mal venus, pour être sûr de ne pas en oublier, décidait d’abattre toute la forêt. Nous sommes un peu dans la même situation. L’idée était de se débarrasser des exploiteurs, grands et petits. Il allait de soi que les exploiteurs, c’étaient les patrons. Oui, mais, à partir de quand devient on un patron, donc un exploiteur ? Donc, pour être certain de ratisser largement, on interdit la propriété privée des moyens de production. Du coup, le travailleur indépendant, artisan, agriculteur familial, commerçant de quartier, étant son propre patron disparaissait aussi. C’était la négation et le refus de l’esprit d’entreprise, le refus de la créativité, de l’invention voire de la liberté individuelle et de l’indépendance. Vendre des marrons chauds au coin de la rue, oui, mais dans le cadre d’une entreprise d’état et en y étant strictement salarié, avec des quotas à atteindre et sans que la productivité ne joue en rien sur le salaire. Vous m’accorderez que cela ne devait pas être très bénéfique pour la motivation et le dynamisme professionnel.

          Réciproquement, Si vous aviez une fuite sous votre lavabo, vous ne pouviez plus vous adresser au plombier du quartier d’à côté. Il fallait passer par une officine d’état, remplir un dossier, et être placé sur une liste d’attente. Le prix à payer était souvent fort peu élevé voire gratuit. C’était un service public. C’était long. Le plus souvent, les gens plombier.jpgpréféraient effectuer un bricolage personnel ou s’en remettre à une connaissance qui prétendait avoir des compétences dans le domaine. Comme disait Coluche : Désormais l’avortement est libre en URSS. Malheureusement, il y a beaucoup de demande et, le temps de remplir les dossiers, il y a onze mois d’attente.

          Nous avons dit, précédemment, que le moteur unique du comportement vivant est l’envie de satisfaire un besoin, on pourrait dire aussi, du reste, dans l’autre sens, le besoin de satisfaire une envie. Cela revient au même. Alors, le chômage en URSS n’existant pas, retirer aux humains le besoin ultime, celui de subvenir à leur existence, et dans le même temps, retirer aussi la capacité de prendre des initiatives individuelles, on comprend que la motivation soit plutôt modérée. Il fallait aller travailler. Certes, on y allait. Mais de là à faire du zèle, il y avait une nuance. Peu à peu, et dans la totalité des ex pays du bloc de l’Est, il s’était constitué une économie parallèle strictement illégale sur laquelle les états fermaient plus ou moins les yeux parce qu’en définitive, c’était elle qui faisait fonctionner la machine. Ce qui est remarquable, c’est que dans les pays d’économie capitaliste, on constate une chose qui, bien que moins développée, et pour une raison opposée revient au même. Dans les pays capitalistes, c’est à cause du chômage que nombre de gens s’adonnent à une économie parallèle. Le travail clandestin est poursuivi, ici, non plus pour des raisons philosophiques, mais pour, encaisser toutes sortes d’impôts et de taxes diverses. Le résultat est tout de même comparable.

          En résumé, l’ex URSS s’est effondrée sur elle-même pour trois raisons. Philosophiquement, elle avait oublié son crédo de départ (la terre à ceux qui la travaillent, les usines aux ouvriers et tout le pouvoir aux soviets). Sociologiquement, étant une immense administration, elle était gangrenée par l’incompétence décrite dans le système de Peter. Psychologiquement, elle voulait ignorer, de façon idéaliste, que les humains sont des humains et que, premièrement, pour faire des efforts, ils ont besoin d’y être motivés et, deuxièmement, ils aspirent à une capacité de créativité, d’indépendance et de liberté.

30.01.2012

L'échec du soviétisme (I)

 

L’échec du soviétisme

 

(Première partie)

 

 

 

Il y a quelque fâché.jpgtemps, j’ai rédigé un essai dans lequel je disais beaucoup de mal du capitalisme libéral ce qui avait eu pour effet de m’aliéner une partie importante de la population. Aujourd’hui, avec ce sens de la justice et de l’équité que vous me connaissez, je vais en dire au moins autant du système soviétique ce qui me conduira à me fâcher avec l’autre partie de mes contemporains. Rassurez-vous, ce n’est pas une nouveauté et j’en ai l’habitude.

 

Pour autant que je me souvienne, l’organisation soviétique n’a pas abouti à un triomphe luminele plus fort.jpgux. Mais, ce qui est curieux, c’est qu’on en est resté là. Personne ne s’est posé la question de savoir pourquoi. Les zélateurs de l’organisation capitaliste ont pavoisé en s’écriant avec jubilation : vous voyez que c’était mauvais et que nous sommes les meilleurs. Pourtant, le système soviétique prétendait apporter le bonheur aux peuples. Il promettait des lendemains qui chantent. Dans le même temps, le capitalisme n’a jamais déclaré chercher à fournir une vie exaltante aux populations.

 

Que le systèpluie.jpgme soviétique ait aboutit à un échec fracassant est une chose indéniable. Ce qui me surprend, c’est qu’un régime qui n’envisage pas le bonheur des gens parvienne à se survive pendant qu’un autre qui déclarait farouchement le contraire ait sombré dans un fiasco retentissant.

 

J’ai donc l’intention de tenter de comprendre pourquoi.

 

Quelles sont donc les raisons de l’échec soviétique.

 

Il est de bon ton, pour les défenseurs du soviétisme de dire que le système s’est effondré parce que l’ensemble du monde capitaliste était ligué contre lui. Ceci est absurde parce que, a contrario, le monde capitaliste voyait le monde communiste ligué contre lui et cela ne l’a pas empêché de survivre. Dans un combat, celui qui triomphe, c’est le meilleur, le plus adapté. On dit aussi que le poids de la seconde guerre mondiale a joué dans la fin du soviétisme. C’est encore absurde. Dans les années soixante, l’URSS a été la première dans la course pour l’espace et, pour autant que je sache, l’Allemagne et le Japon ont aussi subit le poids de la seconde guerre mondiale et s’en sont plutôt bien relevés.

 

De plus, s’agissant de l’URSS, il n’est pas incohérent d’adopter un raisonnement marxiste. Pour les marxistes, il est coutumier de considérer que tout est en perpétuelle évolution. Cette évolution est le résultat de contradictions internes. S’il y a des évènements externes, bien que non négligeables, ils ne sont que secondaires et non déterminants. On donne souvent comme image la pomme qui murit sur sa branche. Elle finit par tomber. Quoi qu’il arrive, elle tombe. Les conditions extérieures sont arbre mort.jpgsans importance. Le vent changera un peu l’heure de la chute et le lieu de l’impact sur le sol, mais pas plus. La pomme est tombée parce que c’est dans sa nature de pomme de tomber. On peut reprendre cette image pour l’Union soviétique. Elle s’est formée ; elle s’est développée ; elle s’est flétrie puis elle est tombée. Elle est tombée parce que c’était dans sa nature d’Union soviétique de tomber.

 

Alors, la question se repose : Quelles sont les causes internes de la chute de l’Union soviétique ?

prof.jpgJ’en vois essentiellement trois grandes familles. Je vais leur donner des noms savants pour que cela fasse plus sérieux.

 

Il y a d’abord des raisons politico philosophiques, puis des raisons technico sociologiques et enfin des raisons psychologiques et comportementales.

 

Je ne sais pas pourquoi, mais je sens que, braves gens, vous allez devoir, faire un effort de sémantique. Dans la discussion et la réflexion, le sens des mots a, tout de même, une certaine importance. Bref, vous allez devoir réviser votre vocabulaire. Je vais m’y employer. Vous voyez que vous pouvez compter sur moi.

 

Je parlais de raisons politico philosophiques. On pourrait aussi bien dire philosophico politique. C’est la même chose. La « polis » en grec, c’est la cité. Mais la cité grecque, c’est en même temps l’état. La Grèce ancienne était constituée de cités états (Athènes, Corinthe, Thèbes, etc.). La politique est donc la gestion de la cité, c'est-à-dire la gestion de l’état. farfelu.jpgLe philosophe, c’est celui qui aime la sagesse, celui qui est ami de la sagesse. Une philosophie politique, c’est donc une gestion de la cité qui est amie de la sagesse. Une philosophie politique, c’est une sage gestion de l’état. Bien sûr, n’importe quel farfelu peut se targuer de mener une sage gestion de l’état. Cela ne veut pas dire qu’il est aussi philosophe qu’il ne le croit.

 

Pour ce qui est de l’URSS, et de son histoire, j’en ai déjà assez longuement parlé dans un essai qui s’appelle « les partis politiques en France». Vous trouverez ce texte à l’adresse suivante (que je vous convie chaudement à compulser): http://www.abelysse.com/les-partis-politiques-en-france.php , dans les chapitres de dix sept à vingt. Il s’en suit que, vue ma paresse naturelle, je ne vais pas écrire la même chose une seconde fois

 

Quoi qu’il en soit, il y a quelques remarques que je vais vous réitérer. Les mots d’ordre que les gens criaient dans les rues et qui avaient été repris par Lénine et Trotski étaient : La terre à ceux qui la travaillent, les usines aux ouvriers, la journée à huit heures, la paix tout de suite, des élections générales pour la Douma et tout le pouvoir aux soviets. La douma, cela ressemblait assez fort à ce que nous appelons une assemblée nationale. Il faut comprendre le mot « soviet ». En russe, cela peut se traduire par assemblée ou réunion. Il y avait des soviets à tous les niveaux : des soviets d’entreprise, des soviets de région, des soviets de village ou de quartier et bien sûr un soviet suprême. Dans le fond, quand vous vous réunissez dans votre hameau ou dans votre rue pour décider de quoi que ce soit ou même plus simplement pour vous amuser un peu ensemble, vous ne faites rien de plus que réunir le soviet local. Un soviet représentait l’ensemble de la population de son secteur. Dire tout le pouvoir aux soviets, cela revenait à dire tous le pouvoir à la population. Hélas, plusieurs glissements de sens ont complètement perverti cette idée.

 

Ce qui est curieux, c’est que nous allons constater des choses qui sont à la fois très justes et contradictoires. Il est logique de penser que dans les soviets, ce soit la majorité qui l’emporte. C’était le cas. Le parti majoritaire étant le même dans la plupart des soviets, ce parti pouvait diriger la politique à son gré. Il n’y a rien là de très anormal. Pour ceux qui ne le sauraient pas, je rappelle que majoritaire, en russe, cela se dit bolchevik. Seulement voila : Ce parti bolchevik (majoritaire) a, peu à peu considéré qu’il n’était plus nécessaire de convoquer les soviets puisque de toutes façon, il y était majoritaire. Dans le même temps. Il va de soi qu’un parti qui a la charge de gérer un état doit être organisé et posséder une instance suprême. C’était le cas. Selon tout bon sens, l’instance suprême dans ses décisions doit s’inspirer des désirs de la base. C’est là que le bât blesse. Pour des raisons techniques extérieures aux désirs de la population, le sommet de la pyramide a pris des décisions que la base était chargée de transmettre à la population en lui en présentant le bien fondé. Pour finir, la direction du parti a perdu son aspect collégial et s’en est remise aux visées d’un seul homme (Staline). Donc, progressivement, la machine s’est inversée. L’idée de tout le pouvoir aux soviets n’existait plus. Si encore Staline avait appliqué les mots d’ordre du début, cela n’aurait pu être qu’un moindre mal. Mais non. La terre n’était plus à ceux qui la travaillent ni les usines aux ouvriers, mais à l’état.

 

En conséquence, si la terre n’était plus aux moujiks, les usines plus aux ouvriers et que tous les pouvoirs n’étaient plus aux soviets, pourquoi voudriez-vous que cela ait fonctionné ?

 

Je vous disais plus haut que certains croient mener une politique philosophique. Mais ils se trompent. Ils mènent une politique, certes, mais pas philosophique ; c'est-à-dire pas amie de la sagesse.

 

Avez-vous bien saisi la raison philosophico politique ?

 

La deuxième raison est technico sociologique. Ça, ce n’est pas compliqué. Je vous renvoie à la même saine lecture que précédemment et particulièrement au chapitre dix huit. J’entends par technico sociologique la technique de fonctionnement de la société. L’URSS étant devenue une immense entreprise d’état, il était normal que le principe de Peter incompétent.jpgs’accomplisse dans toute sa plénitude. Tous les rouages de l’économie étaient plus ou moins occupés par des gens ayant atteint leur niveau d’incompétence. Je crois me souvenir que Marx lui-même avait plus ou moins constaté cette situation qui sera exposée un siècle plus tard, par Peter. Mais il pensait que cela était inhérent au système capitaliste et qu’en un régime selon ses souhaits, la chose disparaitrait. Il s’appuyait sur le fait que certes, la société est ce que la font les hommes, mais les hommes sont aussi ce que la sstakanovisme.jpgociété les fait. Il considérait donc que la société étant différente, les hommes en seraient, à la longue transformés. Seulement voila ! Même en admettant que la chose soit vraie (ce qui n’est pas certain) cela ne pouvait pas être utilisable tout de suite. Le stakhanovisme a été un échec. Le stakhanovisme consistait, pour créer une émulation parmi les travailleurs, à récompenser les gens ayant réalisé des performances importantes dans le travail. Et même, longtemps après, on a su que Stakhanov lui-même (qui était mineur de fond) quand il avait réalisé son exploit avait triché. Il avait, de fait été secondé par deux aides.

 

Pour aggraver encore la situation, devant le mauvais fonctionnement du système Staline pour y remédier a utilisé la répression. Si la production n’était pas bonne, ce n’était pas la faute du système, mais la faute des gens. Ainsi, si des responsables ne parvenaient pas à atteindre leurs projets, on considérait que c’était parce qu’il y avait des saboteurs et, selon l’expression, des « social traitres ». Il était entendu que le chef qui ne dénonçait pas ces saboteurs était lui-même un social traitre. Dans le meilleur des cas, et s’il avait de la chance, il était expédié dans un goulag de rééducation en Sibérie. Mais le plus souvent, cela se terminait devant un peloton d’exécution. Vous pensez bien que cela n’incitait pas trop à prendre des initiatives et des responsabilités. On faisait en telle sorte que les choses semblent aller bien et du moment que le rapport final déclarait que le but était atteint, on ne se formalisait pas trop pour savoir si cela ressemblait à la réalité. Après la mort de Staline, les exécutions et les déportations ont très largement diminué, mais le système était gangrené et l’URSS ne s’en est jamais relevée.

 

Il y avait donc bien une erreur dans la technique de fonctionnement de la société. On avait confondu propriété collective avec propriété d’état. Ils étaient loin les slogans « la terre à ceux qui la travaillent, les usines aux ouvriers et tout le pouvoir aux soviets ».

 

Il me reste donc à explorer le volet psychologique et comportemental et ceci fera l’objet de la seconde partie de cet essai.

 

22.12.2011

Le capitalisme libéral

   Le capitalisme libéral est-il le meilleur système socio économique possible ?

 

« Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes » avait coutume de dire le Docteur Pangloss dans le « Candide » de Voltaire. Moyennant quoi, Voltaire, dans les quelques dizaines de pages du même voltaire 1.jpgconte, s’applique à montrer combien cette affirmation est absurde. Si Voltaire vivait de nos jours, il est vraisemblable qu’il pourrait réécrire « Candide » avec notre situation actuelle. Il le pourrait avec d’autant plus de pertinence que nous sommes entourés d’un nombre impressionnant de Docteur Pangloss qui continuent d’affirmer que nous vivons dans le monde socio-économique le meilleur que l’on puisse imaginer. Tout continue d’être pour le mieux dans le meilleur des mondes. Les spoliations, les persécutions, les massacres, les famines, les misères, c’est ce qu’il y a de mieux. Si, si ! On ne peut pas imaginer d’organisation plus lumineuse et plus humaniste.

Le mécanisme de base qui anime l’organisation sociale de type capitaliste : c’est le profit. Je trouve un profit à agir de telle façon, alors, je ne m’en prive pas. Inversement, je ne trouve aucun profit à cette activité, donc, je m’en abstiens. Ceci est d’un grand bon sens. Disons même que c’est le fonctionnement le plus normal et le plus élémentaire que l’on puisse imaginer. Cela présente tout de même rapidement un inconvénient majeur : on en arrive très vite à la mise en vigueur de la loi grande brute.jpgdu plus fort. Vu que tu n’es pas très persuadé, je te donne un exemple. Sur un arbre, il ne reste qu’une seule pomme. J’ai envie d’en faire mon profit, mais il se trouve que toi aussi. Comme la nature dans sa grande injustice m’a bâti beaucoup plus costaud que toi, je décide que mon profit est préférable au tien. Je prends la pomme. Et si tu essaies de t’y opposer, par-dessus le marché, je te flanque une raclée. Non mais ! Par la suite, comme j’ai constaté que les pommes sont pour moi d’un bon profit, comme je suis toujours le plus costaud, je te les fais cultiver et je te donne en échange juste ce qu’il te faut pour que tu survives et que tu te reproduises comme une simple bête dans une étable.

Comme tu es très pertinent, tu me demandes : Hé ! Et il est où le capital, la dedans ? Bah justement, c’est parce que au fil des millénaires j’ai accumulé le capital que je suis le plus costaud. Il faut vraiment tout esclaves.jpglui expliquer à celui là.

Mais dans le fond, je n’ai pas très envie de tout lui expliquer. Parce que si je lui explique tout, il va se rendre compte à quel point la situation est inique. Il va se rendre compte que je ne bâtis ma puissance qu’en exploitant abusivement sa force de travail essentiellement pour mon profit personnel. Alors, je lui raconte des calembredaines. Je lui dis qu’un propriétaire de pommiers agit par altruisme pour fournir des pommes à tout le monde. Hé, je ne vais tout de même pas lui avouer que je fais cultiver des pommes exclusivement pour augmenter mon capital et donc ma puissance personnelle au détriment du bien être de lui et de ses semblables. Je lui fais croire qu’un banquier à pour mission de financer l’industrie et donc de permettre de créer une économie florissante de laquelle tout un chacun peut jouir sans retenue. Il serait très absurde de me mettre à lui révéler qu’un banquier n’a pour seule mission que d’accumuler des profits financiers qu’il distribuera à ses actionnaires sous forme de dividendes.

Quand je réfléchis au capitalisme, il y a plusieurs choses qui me surprennent toujours.

Tout le monde connait nombre de gens qui, dans la discussion se complaisent à constater que le système capitaliste est la cause de tous leurs maux. Mais, les mêmes, lors d’élections, quel qu’en soit le niveau, votent pour des représentants qui, n’envisagent absolument pas de changer quoi que ce soit de façon fondamentale. Le plus souvent, ces représentants sont, eux même, des zélateurs du système en place. Dans le meilleur des cas, ces mêmes représentants aimeraient replâtrer la chose. En effet, on entend souvent des candidats qui annoncent des choses mirifiques. Onpaternalisme.jpg travaillera beaucoup pour gagner beaucoup. Le capitalisme aura un visage humain. Ah bon ? Pourquoi ? Il n’est pas humain le capitalisme ? Mais c’est absurde, tout ça ! Le plus extraordinaire, c’est que je pense que ces braves candidats sont effectivement sincères. Ils rêvent de moraliser le capitalisme. C’est là que c’est incohérent. C’est le vieux fantasme Saint Simonien du patron qui veille sur le bien être et la culture de ses salariés. Ce n’est pas une question de morale, c’est une question de nature. C’est comme végétarien.jpgsi on voulait moraliser les lions pour qu’ils deviennent végétariens et qu’ils arrêtent de manger des gazelles. Vous l’imaginez, vous, le grand directeur d’une multinationale qui dirait : bon, j’arrête de verser des dividendes pour mieux rétribuer mes salariés. Vous croyez qu’il resterait longtemps en place ?

Cette croyance en une possible moralisation du capitalisme revient à oublier les actionnaires. Vous remarquerez que je ne fais pas allusion au patron d’une petite entreprise où il n’y a pas d’actionnaires ou extrêmement peu. Non, je parle des grands trusts internationaux ou nationaux. Je vous rappelle quand même qu’une grande entreprise capitaliste a, pour mission première et unique, de produire des dividendes. Pour produire un maximum de dividendes, il faut maximiser les prix de vente et minimiser les prix de revient. Or, je ne voudrais faire de la peine à personne, mais il me semble quand même que dans le prix de revient, le salaire des employés et leurs avantages sociaux entrent pour une large part. En fait, il faudrait supprimer les actionnaires. C’est un peu à ça que je pense, mais vous verrez plus loin, dans un autre chapitre, que c’est un peu plus compliqué que ça. Je vous le disais précédemment, une entreprise capitaliste n’a pas de moteur humaniste. Elle ne produit pas des chaussettes pour que les gens n’aient plus froid aux pieds. Elle ne produit pas des chaussettes pour que les employés aient du travail. Elle produit des chaussettes pour dégager du profit, pour distribuer des dividendes. L’économie capitaliste est basée sur la loi du profit.

Il y a une deuxième chose étonnante, c’est la notion d’état. Je dis état dans le sens de gouvernement. Il ne peut pas y avoir de système capitaliste sans gouvernement capitaliste. C’est amusant, du reste, même avec l’ambigüité du mot « état », les gens ne s’en rendent pas compte. En effet, l’état, cela veut dire le pays, mais aussi le gouvernement. On dit le mot état indifféremment pour parler d’un pays (les différents états de l’union européenne)  ou pour parler du gouvernement (ça, c’est le rôle de l’état). Et bien, même avec ça, les gens ne réalisent pas que pour qu’un état (le pays) ait un système capitaliste, il faut, et il suffit que l’état (le gouvernement) soit capitaliste. Je vous rappelle quand même (au cas où vous auriez oublié) que l’état est élu par les citoyens. Donc, les citoyens, qui récriminent contre le système capitaliste, ce sont, tout de même, eux qui l’ont élu. Je vous rappelle au passage cet adage qui dit que « les peuples ont toujours les gouvernements qu’ils méritent ».

Vous ne voulez pas me croire que l’état est strictement capitaliste, c'est-à-dire à la solde du système capitaliste ? Alors, je vais vous donner trois exemples.

Il y a une situation de crise. Il faut relancer l’économie. A qui donne-t-on de l’argent ? Aux grands systèmes financiers ou au peuple ?

Toujours en situation de crise, il faut faire des économies. A qui fait-on supporter le poids de l’austérité ? Aux grands magnats de l’industrie et des banques ou au peuple ?

Dans une entreprise, il y a une situation de conflit. Les repression.jpgsalariés se mettent en grève : Débrayages, banderoles, manifestations… C’est vrai qu’il y a trouble de l’ordre public. C’est vrai qu’il faut résoudre ce trouble de l’ordre public. Mais quand deux types se battent dans un bar, en général, on les sépare en utilisant la force. S’il le faut, en utilisant la force contre les deux. Or, dans le cas de notre entreprise en grève, contre qui emploie-ton systématiquement la force ? Contre le patronat ou contre les salariés ?

La troisième chose qui me surprend, c’est que les gens ne réalisent pas la situation idéologique.

Il se trouve que les idées dominantes, dans une société, sont toujours celles de la caste dominante. Je m’explique avec quelques exemples.

Dans les domaines coloniaux, les colonisateurs ont toujours cherché à imposer leurs habitudes, leurs coutumes, leurs lois, leurs visions du monde, leurs religions, leurs philosophies. Pour les peuples conquis, vouloir résister a souvent consisté à tenter de sauvegarder leurs habitudes ancestrales. Accédant à l’indépendance, ils ont espéré retrouver leur passé, leur histoire et leur traditions plus ou moins oubliés. Les idées dominantes, je veux dire les idées officiellement reconnues étaient celles du colonisateur. Attention, je ne dis pas qu’il ncolonisateurs.jpg’y avait pas de rebelles. Mais justement, ils étaient considérés comme des rebelles, comme des asociaux et pourchassés comme tels. L’immense majorité, entraînée par les notables, adoptait les usages et les modes de pensée des occupants, c'est-à-dire de la caste dirigeante.

Dans le même ordre d’idée, dans l’Athènes antique, la vision du monde était celle de la société esclavagiste. Platon, qui à l’époque passait pour un homme de progrès, éprouvait un profond mépris pour les esclaves. La caste dominante étant esclavagiste, la pensée dominante était esclavagiste. Au même titre, pendant toute l’époque féodale, les pensées ne pouvaient qu’être que celles justifiant la féodalité. Lorsqu’à la fin du dix huitième siècle, en France, la haute bourgeoisie a réussi à imposer les siennes, cela à conduit à la révolution de 1789. Les idées dominantes on changé parce que la caste dominante avait changé.

Il se trouve que nous vivons dans une société dominée par la haute finance. Il est donc normal que les idées dominantes soient celles qui justifient le dictat du pouvoir de l’argent.

Nous ne nous en rendons pas compte, mais nous sommes imprégnés de cette pensée dominante. Malgré nous, et le plus souvent, à notre insu, nous réfléchissons en fonction de cette pensée. Il va de soi, bien sûr, que si tu sors un instant de cette vision du monde, même par hasard et par inadvertance, il est normal qu’on te rigole au nez avec bienveillance et paternalisme en te traitant de gentil utopiste.

Bon, je sais. Une fois encore, vous ne me croyez pas. Remarquez, vous avez raison de ne pas me croire sur parole. C’est justement le reproche que je fais à mes contemporains de toujours croire tout sur parole sans jamais rien vérifier. Alors, pour une fois que quelqu’un est circonspect sur un dire tombé d’on ne sait où… Encore que… je crains que vous ne me croyiez pas sur parole parce que vous croyez sur parole la parole officielle : Celle du consensus, celle qui est reconnue, celle qui est bien vue, celle que l’on vous a inculquée depuis votre enfance, celle qui n’a pas besoin d’être mise en doute puisque c’est un catéchisme.

Je vous suggère, dans votre analyse des évènements de toujours vous poser une seule question dichotomique. Devant une situation ou une décision quelconque, demandez-vous seulement à qui profite la chose. Est-ce au bénéfice des détenteurs du grand capital ou au bénéfice du peuple ? Vous savez, un peu comme dans les romans policiers où l’on se demande à qui profite le crime.

Et là, comme à l’accoutumé, il faut éclairer votre lanterne, Vous pourriez faire des efforts, quand même ! Mettez-y un peu du vôtre ! Bon, tant pis, il va falloir encore que je vous donne des exemples.

Regardons simplement quelques grands volets de la vie du pays.

D’abord, un sujet qui fâche souvent : La défense nationale. On nous explique qu’il faut avoir une armée de mercenaire.jpgmercenaires capable de montrer, sur des terres lointaines l’excellence du matériel « made in France » afin d’augmenter le carnet de commandes et donc les profits des marchands de canons français. Comme c’est curieux, ça ! Moi, je croyais que la défense nationale avait pour mission, dans l’intérêt de la population, de permettre aux citoyens de se protéger contre une éventuelle agression militaire venue d’un voisin belliqueux. Je ne sais pas, moi : Andorre ou Monaco ou le Luxembourg.

L’éducation nationale. Il lui est donné pour but de fabriquer des techniciens parfaitement adaptés aux besoins de l’industrie : Des exécutants bien serviles, quoi, un troupeau bien zélé qui tire gentiment la charrue sans trop chercher à comprendre. C’est l’intérêt de qui, ça ? De la population ou du grand capital ? Parce que moi, dans ma candeur naïve, j’aurais pensé que l’éducation devrait former des hommes libres, instruits et cultivés. Mais, que voulez-vous ? Il est tellement plus facile de tromper, d’exploiter et de spolier des gens ignorants et inhôpital.jpgcultes. La tentation était vraiment trop grande.

Et la santé ? On voit régulièrement la fermeture d’hôpitaux ou de maternité au nom de leur non rentabilité. Ah bon ? Une maternité doit être rentable ? C'est-à-dire rapporter du profit ? Je dois vraiment avoir un esprit tordu parce que une nouvelle fois, j’aurais cru que le projet était de procurer une bonne santé à la population. Mais j’ai du me tromper. Le but est d’enrichir l’industrie pharmaceutique et les fabricants de matériel médical. La santé des gens, c’est parfaitement secondaire.

Je vous fais grâce de la justice, de la police et de l’inénarrable société de consommation. Si, si ! Vous n’êtes pas là pour vivre confortablement et agréablement. Vous êtes là pour consommer, c'est-à-dire enrichir les possesseurs de l’industrie de consommation.

Vous voyez quand je vous dis que les idées dominantes sont celles de la caste au pouvoir, celle qui possède les clés du système socio-économique. Le plus drôle, c’est que disant ceci, j’ai, en plus, l’impression d’être en dessous de la réalité. Je suis persuadé que si l’on voulait se donner la peine d’y réfléchir un peu, on trouverait une multitude de cas ou le problème est pris à l’envers. On trouverait des situations ou on sert l’intérêt du grand capital et pas celui de la population.

C’est précisément contre cet état de fait que je veux apporter ma contribution.

19.10.2011

Nouvelle orientation

 

 NOUVELLE ORIENTATION :

 

 

 

INTRODUCTION

 

 


 

Depuis plusieurs années, depuis début 2006, exactement, je rédige des réflexions sur les choses qui m’entourent. Oh, bien sûr, je n’ai pas turner.jpgterminé. Il y aurait encore tant de choses à dire. Cependant, il me semble que le moment est venu d’éclairer tout cela différemment. Dans un premier temps, on pourrait penser qu’avec les années, je me suis mis à voir les choses autrement et que ceci n’est rien de plus qu’une évolution due au vieillissement et que je vais récuser ce que j’ai dit précédemment.

 

Que non !

 

Je persiste et signe !

 

Tout au plus aurais-je tendance à constater que parfois, dans ce que j’ai écrit, je manque de force, de persuasion, de pertinence dans mon expression. En fait, il me semble que dès le départ, c’était là que je voulais en venir. Il y avait seulement quelques préalables qu’il fallait énoncer. Je ne pouvais pas, sans pré-requis exposer la suite de ce qui va venir.

 

Depuis le début, je constate, ou plutôt, j’essaie de constater avec la plus grande objectivité possible. Je décris. Hélas, tout cela, si on veut être sévère avec moi, est stérile. Dire et répéter que la soupe n’est pas soupe.jpgbonne ne rend pas la soupe meilleure. Il serait judicieux de suggérer comment il faudrait s’y prendre pour que la soupe soit un peu plus agréable. Karl Marx (1818-1883) fustigeait ses contemporains et ses prédécesseurs en les traitant de philosophes critiquo-utopistes. Suis-je critique ? Je l’espère. Suis-je utopiste, c’est vraisemblable. Rassurez-vous, je ne vais pas vous réécrire tout Karl Marx. Cependant, je pense, avec lui que se plaindre n’est pas suffisant si l’on n’a pas d’autre recette en réserve. Il y a de très nombreuses personnes qui abondent, sans le savoir, dans le tape sur l'épaule.jpgsens de Marx. Vous savez, ceux qui, quand vous récriminez sur le monde qui vous spolie, vous tapent gentiment sur l’épaule et vous disent d’un ton goguenard : Mais mon pauvre vieux, ça a toujours été comme ça et ça le sera toujours et tu n’y changeras rien ! Ils ont effectivement compris que décrier les choses, même avec acuité, même avec force, même avec pertinence cela ne sert à rien si l’on n’a pas de solution de rechange à proposer.

 

Il y a un adage qui dit que la critique est facile mais que l’art est difficile. C’est vrai. C’est vrai que la critique est facile. C’est vrai qu’il est facile de dire que les choses ne vont pas bien. C’est même vrai qu’il est facile de dire pourquoi elles ne vont pas bien. Mais, dire comment il faudrait s’y prendre pour que ça aille mieux, c’est largement plus compliqué et les exemples ne manquent pas pour prouver que des tentatives diverses n’ont pas remporté un franc succès.

 

Et oui, l’art est difficile.

divinité messianique.jpg

Alors, justement, il se trouve que j’ai un goût non dissimulé pour l’art et que la difficulté n’est pas pour me déplaire.

 

Je vais donc, à partir de maintenant, tenter de vous suggérer des solutions. Je ne dis pas que je suis une divinité messianique. Je ne vous dis pas que je n’écrirai jamais d’âneries. Je vous dis juste que je vais essayer de proposer des modifications qualitatives qui pourraient être astucieusement positives.


 

bécassine.jpgComme vous pouvez le constater, je suis d’une grande humilité. Bah quoi, vouloir changer le monde, ce n’est pas une si grande entreprise ! Et puis, il se trouve que j’ai l’impression que personne n’essaie vraiment de s’y employer. Donc, si personne ne fait rien, et que moi, je tente un petit quelque chose, je ne serai pas pire que les autres. Je peux espérer en toute logique ne pas être pire que rien.

 

Avant de commencer quoi que ce soit, il me semble qu’il faut faire deux constatations. Vous allez voir, ce sont deux banalités, mais il est bon de les réaffirmer de temps à autre.

 

La première de ces constatations est que nous vivons dans une société sous tendue par le capitalisme libéral. Jusque là, je n’ai pas dit de gros mots. Ce système social respecte effectivement l’article bien connu de la déclaration des droits de l’homme qui stipule que les hommes milliardaire.jpgnaissent et demeurent libres et égaux en droit (enfin presque, tout au moins théoriquement). Effectivement, tout le monde a le droit de devenir milliardaire. Dans la pratique, c’est un peu moins vrai. Tout le monde à le droit mais je ne suis pas persuadé que tout le monde en à la possibilité. On entend souvent des gens dire, sans rire, que les Français sont des râleurs et des pessimistes ; qu’ils voient les choses en noir. C’est possible. Cependant, depuis quelques temps, on voit aussi fleurir des mouvements parfaitement spontanés extérieurs à tout parti politique et toute formation syndicale qui veulent affirmer leur désillusion et leur rancœur. Ce sont ceux que l’on appelle, et qui s’appellent eux même « les indignés ». Ce sont des gens qui sont indignés par ce qu’ils ressentent le monde qui les entoure comme un tissu d’injustices sociales. Ont-ils raison ? Ont-ils tort ? Disons, a priori que je n’en sais rien. Toujours est-il qu’ils existent. Curieusement, indignés.jpgces mouvements ne sont pas nés en France. Ce qui donnerait à penser que les Français ne sont pas les plus déçus ou les plus revendicatifs. Ces mouvements partis d’Espagne ont gagné de très nombreux pays de l’Occident. Si leur vision du monde était sans fondement, il est peu vraisemblable que cela aurait gagné des contrées aussi diverses et éloignées avec autant de facilité. Pour qu’un feu de broussailles se développe, encore faut-il qu’il y ait effectivement des broussailles et du vent.

 

Pour ma part, tout en respectant la noblesse de leurs mouvements et leur pacifisme, je voudrais regretter deux choses. Premièrement, Comme je le disais précédemment, ils dénoncent des situations catastrophiques, mais ils ne proposent rien pour y remédier. Deuxièmement, ils demandent, à leurs gouvernements, d’apporter des ogre.jpgsolutions. Or, ces gouvernements, ce sont précisément eux qui ont conduit à la situation que ces indignés récusent. C’est un peu comme si des moutons venaient camper sur une grande place pour demander aux loups de devenir volontairement végétariens. J’envisage donc, et c’est ma participation à cette lutte contre leur désarroi, de leur proposer des solutions.

 

D’autre part, on voit souvent des statistiques très sérieuses qui affirment que moins de un pour cent de l’humanité thésaurise plus de quatre vingt dix neuf pour cent des richesses mondiales. Malgré une grande permissivité, j’ai du mal à concevoir que cela reflète une sublime justice sociale. Je me souviens, dans ma jeunesse lointaine, de cours de géographie où l’on décrivait le système des « latifundia » inhérentes à l’Italie du Sud ou à l’Amérique latine non sans remarquer avec regret que quelques individus richissimes bâtissaient leur puissance en maintenant une main d’œuvre agricole dans une misère et une inculture profondes. Ne pourrait-on pas penser que ce système, au lieu d’avoir été éradiqué s’est, au contraire généralisé ? Là aussi, je veux essayer de suggérer des solutions de rechange.

 

La seconde grande constatation que je veux exprimer, est que les plus anciens, dont je fais parti, ont le souvenir de l’aventure soviétique. goulag.jpgLe moins que l’on puisse dire est que cela n’a pas conduit à une réussite triomphale. Je vous expliquerai dans un prochain essai pourquoi cela ne pouvait pas fonctionner. Quoi qu’il en soit, il faut admettre que l’expérience a été conduite jusqu’à son terme et qu’au lieu de ne plus vouloir en tenir compte, il serait bon d’en tirer des conclusions constructives. En attendant, et je le dis de toutes mes forces, malgré certains qui voudraient retenter l’expérience, il ne faut plus jamais recommencer cela.

 

Il s’en suit que, là aussi, il faut émettre des hypothèses nouvelles. Une nouvelle fois, et toujours avec la même humilité, je vous annonce que je vais m’y employer.

 

Bon, je vous fais grâce des autres systèmes totalitaires comme le nazisme, le fascisme, le franquisme et autres organisations populistes d’extrême droite qui n’ont pas laissé un souvenir lumineux.

 

Ecrivant cela, je pense avec une tristesse certaine à tous les gens qui vont acgoya.jpghever cette lecture en décidant de ne plus lire ce que j’écris. Ceux qui se disent, en haussant les épaules, que je dois être un illuminé atteint par le gâtisme et la confusion mentale sénile. Je vous promets que je vais faire attention à ce que je raconte. Je ne dis pas que par-ci par-là je ne vais pas me fourvoyer un peu mais justement, je compte sur votre sagacité pour apporter votre touche d’intelligence et d’esprit critique pour remédier à mes errements romantiques ou incohérents. J’ai envie de vous proposer des outils. A vous de les utiliser et, si vous le jugez utile, de les améliorer.

 

Quoi qu’il en soit, je tiens à affirmer que mon but est de :

 

promouvoir une justice humaine

 

ayant pour finalité

 

le triomphe de la liberté individuelle.

 

 

 

10.10.2011

Parlons de migrations VI

 

Et si nous parlions des problèmes de migration ? VI

 

Récapitulons.

L’animal humain, qui essentiellement nomadise au gré des possibilités de subsistance, se fixe par moments quand il trouve un lieu où il peut prospérer plus facilement.

nomade.jpgDes migrations, même importantes ne sont pas préjudiciables si elles sont équilibrées. En revanche, Des immigrations ou des émigrations massives dans un même lieu, si elles ne sont pas compensées entraînent des déséquilibres qui peuvent être inquiétant. A ce titre, des populations installées peuvent voir d’un mauvais œil des arrivées importantes d’autres humains qu’elles peuvent, à tord ou à raison, considérer comme concurrentielles.

Il est très difficile, matériellement et moralement d’empêcher d’autres individus d’arriver et de s’installer. C’est la même chose qu’un horde.jpggroupe de loups voyant arriver une autre horde s’installer sur ce qu’il considère comme son territoire.

Toutefois, et dans le même temps, si un hameau, un quartier, une région parvenait à s’enfermer efficacement derrière une muraille de protection contre toute immigration, cela entraînerait inévitablement à une situation sclérosante.

Si une région d’immigration massive peut, à la longue, souffrir d’étouffement en ne pouvant plus nourrir ce surcroit de population, ce qui aurait pour résultat de diminuer l’attirance de cette rsurpopulation.jpgégion, et donc de diminuer l’immigration, une autre région d’émigration massive se vide de sa substance humaine et de ce fait peut perdre ses capacités vitales et son dynamisme propre et mourir d’étiolement.

On pourrait imaginer que, à terme,  les régions de forte attirance migratoire, peu à peu, soumises à des situations de surpopulation en perdent leur attrait et de ce fait que l’afflux se régularise de lui-même. Cependant, peut-on penser qu’il faille en arriver là en ne comptant que sur la régulation naturelle sans tenter d’intervenir.

A ce sujet, il y a un autre problème dont je vous parlerai dans un autre essai. C’est celui de la surpopulation mondiale. Il va de soi que si la terre comptait largement moins d’habitants, Il serait plus simple de gérer les surpopulations et les migrations. Nos ancêtre du magdalénien pouvaient migrer sans que cela ne gène personne.

En revanche, les régions d’émigration, plus elles se vident et plus leur vivacité et donc leur attrait diminue. On peut donvillage mort.jpgc en conclure que plus la fuite est importante et plus elle a tendance à s’accélérer pour en arriver à une extinction complète. Qu’on se souvienne, dans certaines régions, des villages morts.

Certaines activités collectives (d’instances internationales ou d’association non gouvernementales) ont un peu influé pour une diminution de l’émigration mais comme le but avéré était autre, cela n’a pas entraîné de conséquences importantes.

Les associations et activités caritatives sont presque sans effet. J’aurais même tendance à penser que leur effet est pernicieux. Si des pays peuvent apporter une manne alimentaire et matérielle conséquente sous forme de dons, cela implique que les pays d’origine de ces dons son suffisamment riches pour concevoir ces cadeaux. Il est donc normal de considérer que c’est là qu’il faut aller vivre. A ce titre, les aides deviennent une affiche publicitaire aggravant l’effet de miroir aux alouettes de l’occident.

Arrivé à ce point de la description des causes de migrations massives, il me faut éclairer un peu un phénomène plutôt paradoxal. Nous avons dit précédemment que ce que les hommes recherchent, c’est un meilleur niveau de vie. En même temps, fournir à des populations des dons et des aides améliorant, en apparence, ce niveau de vie, aggrave le désir d’aller voir ailleurs. Je le redis, cela incite à aller vers la source. Cela pousse à vouloir s’installer dans ces régions suffisamment riches pour pouvoir donner une part de leurs revenus. On pourrait donc en conclure que plus on aide les populations déshéritées et plus on les pousse à fuir leur misère.

Il y a un précepte qui dit si tu veux secourir un homme qui a faim, tu peux, bien sûr, dans l’urgence, lui donner des pommes de terre, mais il est mieux de lui apprendre à les cultiver. C’est très beau, très noble et très généreux. Mais c’est absurde. Cela impliquerait que l’homme en question est suffisamment crétin pour ne pas savoir le faire par lui-même. Je trouve cette vision du monde à la fois très prétentieuse et très méprisante. On fournira des semences, des machines, on forera des puits, on créera une richesse, mais, cette richesse, qui va-t-elle enrichir ? Les nobliaux propriétaires terriens et les fabricants occidentaux de machines agricoles. Les autres, ils n’auront pas de quoi les acheter. Le niveau de vie n’aura pas été modicharité.jpgfié.

Dans le fond, cela revient à pratiquer ce que j’ai déjà décrit dans un autre texte : La mendicité. 

Bien sûr, cela va flatter le narcissisme des donateurs. Egalement, cela implique que la seule manière de lutter contre la misère est d’accroître les rendements agricoles.

Il est entendu que tout cela n’est pas inutile, mais c’est parfaitement insuffisant.

Ce qu’il faut améliorer, ce n’est pas la quantité de produits de consommation, c’est le niveau de vie.

J’en arrive donc à ma proposition. Ces sommes d’argent considérables mises en œuvre, c’est autrement qu’il faut les utiliser.

Nous avons vu que les corruptions locales dilapident le fruit de la fraternité humaine des gens pauvres des pays riches. Il faut donc court-circuiter cette corruption. Pour cela, on pourrait entreprendre de grands travaux qui en eux même ne seraient pas inutiles (autoroutes, lignes de chemin de fer, centrales électriques, lycées, universités, hôpitaux etc.). Je veux dire par là qu’il faudrait entreprendre des créations demandant une très nombreuse main d’œuvre pas forcément très qualifiée sur un temps relativement long. Il va de soi que la rémunération de cette main d’œuvre serait contrôlée par des organismes internationaux peu contaminés par la corruption. Le but serait de verser des salaires dignes de ce nom pour un travail justifié à des salariés nombreux. Il s’en suivrait que cette masse de population verrait son niveau de vie augmenté. Elle pourrait donc consommer plus largement et du coup, relancer une économie malade. Je ne dis pas qu’à terme, tout cet argent ne finirait pas par arriver dans les coffres des nantis, mais en attendant, il aurait parcouru toute une large frange de la population. Certes, sur les chantiers, on y consommerait beaucoup de bière. Mais aussi, on pourrait acheter des vélo.jpgchaussures, des bicyclettes, des vêtements, des réfrigérateurs ou des lave-linge on pourrait améliorer la maison et tout cela permettrait de relancer la machine socio économique. En effet, les marchands de vélos, les couturières, les artisans de tous ordres et à terme les grandes industries vivraient, eux aussi, mieux.

Dans le fond, ces grands chantiers ne seraient pas inutiles en eux même. Il ne faudrait surtout pas que ce soient des travaux inutiles. Mais ce serait, d’abord, la justification d’apporter à la population un niveau de vie plus acceptable, plus gratifiant et plus générateur d’espérance.

Il s’en suit que, les gens vivant mieux, pourquoi voulez vous qu’ils veuillent fuir vers un endroit moins misérable ?

Il y aurait encore des personnes qui préféreraient aller vivre ailleurs. Mais les raisons n’étant plus économiques, on pourrait espérer que les motivations s’équilibrent. Je vous assure : S’il n’y avait pas la misère et la corruption, certains pays du tiers monde seraient de véritables paradis.

Alors, et seulement alors, il deviendrait possible de dire : On vit aussi bien ici qu’ailleurs. Tu es libre. Tu vas où tu veux.

 

frontière 1.jpg


Les frontières de la richesse sont abolies.

28.08.2011

Parlons de migrations V

 

Et si nous parlions des problèmes de migration ? V

 

 

Nous avons dit que les migrations massives et unilatérales entraînaient des complications et des déséquilibres sociologiques graves, tant pour les pays de départ que pour les pays d’arrivée. Il serait donc pertinent de savoir contrôler ces flux.

Il faut bien, et je le réitère, que les deux caractéristiques soient réunies pour créer des situations de déséquilibre. En effet si une déséquilibre.jpgmigration est unilatérale mais pas massive, c’est négligeable et si une migration est massive mais bilatérale, l’équilibre est maintenu, même si des problèmes annexes ne sont pas sans importance.

Le premier reflexe consiste à vouloir, dans les lieux d’immigration,  résister et tenter d’interdire la venue de nouvelles personnes. C’est une réaction très naturelle et parfaitement généralisée. A titre d’exemple, je vais vous rappeler ce type de comportement que les ruraux connaissent bien. Quelques familles, sans se concerter, on acheté des terrains dans un village, y ont construit une maison et s’y sont installés. Quelques temps après, ils apprennent que d’autres terrains sont classés lotissement.jpgconstructibles. Les voila qui se constituent en association de défense et au nom du respect des milieux ruraux veulent interdire aux autres ce qu’ils ont fait, eux même, cinq ans auparavant. Au même titre, les romains qui avaient conquis et colonisé la Gaule ont tenté quelques siècles plus tard de s’opposer à l’arrivée des Francs qui ne faisaient rien d’autre que reproduire ce qu’ils avaient réalisé quelques siècles avant. Parfois, on veut bien que d’autres viennent, mais à la condition qu’ils gardent unclovis.jpg statut de sous homme avec des droits inférieurs comme à Athènes avec les métèques qui ne pouvaient jamais devenir citoyens. Cela me rappelle une histoire amusante dans un village où j’ai vécu longtemps autrefois. Un soir, lors d’une réunion du conseil municipal, un conseiller, qui par le passé avait vendu des terrains constructibles pour s’enrichir un peu, a demandé avec le plus grand sérieux au maire ce que l’on pourrait faire pour empêcher les nouveaux habitants  de voter dans la commune. Croyez moi, malgré les mouvements effarés et se voulant discrets du maire (sur la liste de qui il méthèque.jpgétait pourtant élu) pour le faire taire, rien ne parvenaient pas à lui laisser supposer qu’il était en train de dire une énormité. Au même titre, combien de fois entend-on des gens récriminer sur le fait que les immigrés ont droit à la sécurité sociale ou aux mêmes aides dont jouissent les autres.

L’idée première est de se protéger derrière une muraille. C’est absolument inopérant. Tous les jours des clandestins sont reconduits à la frontière. Tous les jours, d’autres tentent de franchir la palissade. Ils le tentent au péril de leur vie et ils le savent mais ils le tentent quand même. Et, il faut bien avouer que le nombre de ceux qui réussissent à passer est éminemment plus grand que celui de ceux que l’on intercepte. Au Etats Unis où le problème est multiplié par dix par frontière 2.jpgrapport à ce que l’on connait en Europe, un long grillage avec des miradors boucle la frontière avec le Mexique. Cela n’arrête qu’une petite partie des immigrants clandestins. De plus, ceux qui ont été interceptés une fois recommenceront avec cette fois-ci une expérience accrue et donc une meilleure chance de réussir.

Il y a quelques années, j’avais écrit une petite histoire qui traite du même sujet. Je vous la livre in extenso.

 

HISTOIRE DE SOURIS

14 juillet 2006

        Voila. Ça se passe dans deux villages séparés par une rivière. Dans le premier, il y a plein de blé. Alors, les souris de ce village sont très contentes. Elles sont grasses et bien nourries. Hélas, dans l'autre village, il n'y a que très peu de blé. Les souris du deuxième village sont maigres et très malheureuses.

        Bien sur, les souris du deuxième village aimeraient bien venir dans le premier village mais les souris du premier village ne veulent pas. Elles tiennent à garder leur blé pour elles toutes seules.

        Les souris du deuxième village, la nuit, au risque de se noyer, traversent la rivière. Hé, il faut survivre. Il faut ravitailler les petits et la famille.

        Les souris du premier village, pour protéger leurs richesses, achètent plein de chats et les chats des souris du premier village mangent les souris du deuxième village. Enfin, celles qu'ils réussissent à attraper. Parce que les souris du deuxième village, elles ne sont pas idiotes. Elles ne se laissent pas faire, elles se cachent comme elles peuvent. Elles racontent qu'elles sont du premier village, elles essaient d'obtenir l'autorisation d'habiter dans le premier village et, quand elles n'y arrivent pas, elles se font faire des faux papiers de souris du premier village.

        Dans le premier village, on multiplie les chats et on aiguise les crocs et les griffes des chats. On leur donne des lunettes qui voient la nuit.

        Dans le deuxième village, on admire beaucoup les souris qui ont osé souris-fromage.jpgbraver la rivière et les chats. Parfois, on apprend qu'une cousine a été dévorée par un chat. On pleure beaucoup mais une autre aura le dévouement et l'héroïsme de la remplacer.

        Dans le deuxième village, on sait que là où il y a du blé, les souris, même en connaissant l'existence de chats n'hésitent pas à risquer leur peau. C'est la loi de la nature de souris.

        Ne pas y aller, c'est avoir la certitude de mourir de faim et de déchéance alors que risquer le coup, c'est admettre l’éventualité de se faire bouffer, mais avec l'espoir de survivre.

        Alors, dans le premier village, on augmente le nombre de chats et dans le deuxième village, on se dit que si dans le premier village on fait un tel élevage de chats, c'est que, vraiment, cela indique qu'il y a beaucoup de blé.

        Plus il y a de blé, plus il y a de chats et plus il y a de chats, plus il y a de souris (du deuxième village).

        C'est drôle, quand on joue au chat et à la souris, au risque de se faire bouffer, personne ne veut être chat et tout le monde fait tout ce qu'il peut pour rester souris (du deuxième village).

        Ceci n'est qu'une histoire de souris. Heureusement, les autres animaux sont moins bêtes et n'en arrivent pas à de telles extrémités.

Vouloir emfrontière.jpgpêcher les arrivants d’arriver, c’est inopérant et donc absurde. Alors que faire ?

Si on ne peut pas enrayer l’immigration, peut-être faudrait-il contrôler l’émigration. Bien sûr ! Mais non. C’est idiot. Et c’est idiot pour deux raisons. D’abord, parce qu’on ne peut pas attacher par la patte chaque citoyen du tiers monde à l’arbre qui pousse devant sa maison. Et deuxièmement parce que les chefs d’états du tiers monde voient d’un œil très favorable, par les envois des émigrés à leur famille, cette entrée substantielle de devises fortes.

Reposons nous la question : Pourquoi les gens veulent-ils aller ailleurs ?

bébé 2.jpgVu que je l’ai déjà dit plusieurs fois, je vous laisse réfléchir. Hé, vous ne croyez tout de même pas que vous n’allez rien faire d’autre que d’ouvrir la bouche paresseusement et que je vais toujours verser dedans la bouillie tiède et écrasée à point ! Soyez un peu actifs dans votre réflexion !

Alors ? Pourquoi les gens veulent-ils aller ailleurs ?

J’attends.

Oui, Mémaine ? Tu dis ? Les gens veulent aller ailleurs parce qu’ils pensent, à tord ou à raison, qu’ils seront mieux ailleurs. Très bien Mémaine. Ça fait plaisir. Il y en a au moins une qui suit. Comme quoi, les élèves studieux et attentifs, cela existe encore.

Cela dit, entendons nous bien. Il faut que la différence soit notoire. On ne va pas abandonner son quartier, ses parents, ses amis, ses voisins, ses habitudes, son climat pour dix centimes de plus de l’heure. Encore faut-il que la différence vaille le déplacement. Et plus c’est loin, plus la différence doit être conséquente.

Comme nous parlons ici de réfugiés économiques, ce qui est recherché, c’est un niveau de vie digne de ce nom.

La conséquence immédiate de ce que nous venons de dire c’est que pour dissuader des gens de partir en quête d’un hypothétique meilleur niveau de vie, il faut, et il suffit d’améliorer leur niveau de vie chez eux.

Des tentatives ont été faites.

Intentions louables !

Mais en dépit du bon sens.

On a quêté dans les rues et les gens, empreint de générosité ont donné. La majeure partie a été détournée par des dirigeants peu scrupuleux d’organisations qui se déclaraient humanitaires. Si par corruption.jpghasard, un peu d’argent arrivait sur place, il était accaparé par des potentats locaux qui s’empressaient de le reverser sur comptes secrets dans des paradis fiscaux.

On a versé des subventions accordées par des organismes internationaux officiels pour des programmes bien précis. La corruption a été telle que ces projets n’ont jamais abouti. Un ami, ayant habité longtemps au Pérou me racontait la chose suivante. La côte péruvienne est habitée de nombreux marins pécheurs. Ces gens ont peu ou pas de débouchés pour leur travail. Des responsables fort intelligents et généreux du FAO (food and agriculture) (organisme de l’ONU) ont imaginé de subventionner la construction de conserverie de poisson. Hélas, la subvention est débloquée. On commence les travaux, mais, pêcheurs.jpgcorruption aidant, on n’a pas assez d’argent pour arriver à terme on ne termine pas. On ne peut pas continuer puisque les fonds ont été intégralement versés et dépensés. Quelques années plus tard, d’autres hauts responsables aussi intelligents et généreux que les précédents recommencent la même opération un peu plus loin. On ne peut pas reprendre le précédent chantier puisqu’il est officiellement terminé. Résultat : Quelques décennies plus tard, sur la côte péruvienne, on peut voir, tous les cinquante kilomètres, des conserveries de poissons jamais terminées, en ruine, passablement pillées et envahies par la végétation.

Certains états ont souhaité offrir des installations de services divers. A Yaoundé, la Corée du Sud avait offert une maternité moderne clef en main. Elle ne pouvait pas servir. Les Coréens avaient effectivement construit et équipé cette maternité mais, si l’investissement avait été intégralement fourni et la maternité terminée, il n’y avait pas de budget de fonctionnement pour pouvoir l’utiliser.

Des ONG ont imaginé d’envoyer, non plus de l’argent, mais des riz.jpgbiens de consommation vêtement, chaussures et surtout nourriture. Des hommes politiques ou de hauts fonctionnaires ont aussitôt imaginé de tirer profit de cette manne providentielle et de la vendre. On a vu ainsi, puisque les populations locales ne pouvaient pas les acheter, des sacs de riz qui auraient du être distribués gratuitement, pourrir sur des tarmacs d’aéroports.

Est-ce à dire qu’améliorer le niveau de vie des populations en détresse est une chose impossible ? Je ne le pense pas.

C’est ce que nous verrons dans le prochain chapitre.