15.12.2008
les partis (22)
L’URSS
(4 et fin)
Nous achevions le chapitre précédent sur la non viabilité de l’URSS en posant deux questions :
Qu’aurait-il fallu faire ?
Pourquoi cela n’a-t-il pas été envisagé ?
Nous allons y répondre.
Il va de soi que je ne vais pas, ici, vous refaire tout un projet rendant une hypothétique future URSS bis viable. Ce n’est pas le lieu. J’ai bien quelques idées là dessus, mais ce sera pour une époque ultérieure. Il y a d’autres sujets à traiter avant ça.
Cependant, ce qui me semble qui aurait été un minimum, cela aurait consisté à réaliser une analyse sérieuse de la situation. Au lieu de se voiler la face et de nier les difficultés, essayer de modifier la manière d’assumer la dictature du prolétariat, non pas contre les populations, mais pour elles et en
fonctions de leurs aspirations et de leurs besoins réels. Au lieu de continuer d’avancer, avec des œillères, dans une direction catastrophique, peut-être eût-il été pertinent de se demander si le principe de l’étatisation totale était, dans le fond, si pertinent que ça, ou, tout au moins sous cette forme. Et bien sûr, il n’aurait pas été inutile de se souvenir des revendications de 1917 : la terre à ceux qui la travaillent, les usines aux ouvriers et tout le pouvoir aux soviets.
Alors, pourquoi cela n’a-t-il pas été imaginé ?
On sait que c’était devenu impossible. Toute forme de critique et même de suggestion étaient strictement interdites et férocement réprimées. La dictature du prolétariat était confondue avec la dictature du comité central du parti communiste de l’Union soviétique et le comité central était à la botte d’un seul homme, somme toute assez médiocre. Comme Lénine l’avait présupposé, Staline avait remplacé l’intelligence et la réflexion par la violence aveugle. Les soviets ne représentaient plus rien et n’étaient devenus que des instances où le parti imposait ses directives. Le parti lui même n’était plus un lieu de discussion et de créativité. Le congrès n’était plus jamais réuni et seule, l’instance dirigeante décidait de tout sans s’informer de ce qui se passait au dessous.

Le dogme édic
tait que la direction du parti ne peut pas se fourvoyer et que tout individu qui émet des opinions divergentes ne peut être qu’un social traître et un saboteur qu’il faut, soit éliminer physiquement, soit rééduquer dans un goulag de Sibérie.
Au sommet de la pyramide, Staline était assis et, comme il l’avait, paraît-il, une fois déclaré à sa mère, régnait « comme un nouveau Tsar », autocratique et totalitaire. Outre le fait qu’une telle mission ne pouvait pas être réali
sée par un homme seul et que seule une collégialité, étayée sur des bases populaires solides, aurait pu faire face, si on se réfère au principe de Peter, on peut constater qu’il était arrivé à son niveau d’incompétence. Comme tout incompétent, il n’avait plus la capacité d’avoir du recul devant son action. Constater une erreur de sa part aurait été avouer son incompétence. En conséquence, si cela ne fonctionnait pas, ce ne pouvait être que de la faute de ses subalternes qui le trahissaient.
Cependant, si Staline était la seule cause de tous maux, on peut se poser la question de savoir pourquoi cela n’a pas changé après sa mort. En effet, Staline mourrant en 1953, l’URSS a duré plus
longtemps après sa disparition qu’avant.
Oui… Mais non.
D’abord, l’Union soviétique a continué plusieurs années sur sa lancée avant que ne soit entreprise ce qu’elle a appelé elle même la « déstalinisation ». Ensuite, les réformes ont été trop tardives et trop frileuses. De plus, les soviets avaient été stérilisés depuis longtemps. Ceux qui auraient pu dénoncer les anomalies du système étaient les mêmes qui en profitaient et ceux qui avaient eu l’intention de le faire étaient déportés ou morts.
Peu à peu, une économie parallèle et interdite s’est mise en place et à la fin
du régime, les instance officielles fermaient plus ou moins les yeux parce que c’était elle qui faisaient tourner la machine.
L’Union soviétique s’est écroulée dans un fiasco retentissant.
Pour beaucoup, elle avait été un rêve lumineux et une espérance dans des « lendemains qui chantent ».
Est-ce à dire qu’il faudrait ressusciter une URSS ?
Surtout pas !
Est-ce à dire que les théories philosophiques de Marx sont absurdes ?
Non, bien sûr puisque précisément, l’URSS a échoué faute de les avoir utilisées.
Le communisme n’a jamais été appliqué par aucun état.
Le communisme n’a pas existé.
En revanche, il serait judicieux d’en tirer les conclusions qui s’imposent et ne pas ressasser les même hérésies ni continuer de proclamer des slogans qui déjà en 1935 étaient obsolètes.
Il y aurait bien sûr bien des choses à ajouter sur ce que fut l’URSS mais, il y a des ouvrages fort bien fait pour cela. Ne perdons pas de vue que j’ai fait cette digression sur l’Union soviétique afin de faire mieux comprendre ce qu’est aujourd’hui le Parti communiste français.
Donc, dans le prochain chapitre, nous réintégrons l’hexagone.

15:10 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
09.12.2008
les partis (21)
L’URSS
(3)
Hé ! Vous en connaissez beaucoup, vous, des gens qui font des choses pour rien ?
Je veux dire sans y avoir d’intérêt (personnel et direct) ou sans y être contraints ?
Non ! Non ! J’insiste, réfléchissez-y.
Bien sûr, vous croyez au désintéressement. Mais justement, est-ce si sûr ?
Regardes les animaux. Le chien dort ou somnole. Tout à coup, il se lève, s’étire et vient vous voir. Il veut quelque chose. Vous, vous avez décidé que ce n’est pas l’heure. Alors, tranquillement, il va faire un tour. Où ça ? Bah, tout simplement, il va vérifier l’état des poubelles des voisins et autres lieux connus de lui comme manne éventuelle. Il avait juste un petit gargouillis dans le creux de l’estomac. Sans cela, il serait resté à somnoler. 
Oui ! Mais les hommes, ce n’est pas pareil !
Ah bon ?
Je veux bien admettre que les motivations sont plus variées et plus lointaines, mais la motivation existe nécessairement.
Les biologistes énoncent que les deux seules préoccupations de tout être vivant sont la survie de l’individu et la survie de l’espèce. Ceci est traduit de façon plus élégante par Schiller (Johann Christoph Friedrich (von)… 1759 1805) qui déclare : « La nature maintient les rouages de l’équilibre du monde par la faim et par l’amour ». Bon, oui, je sais, lui, il parle bien, c’est un poète ! N’empêche, réfléchissez-y.

La survie de l’espèce : soustrayez de votre activité tout ce qui a pour mission de séduire les représentants du sexe qui n’est pas le votre et, en même temps tout ce qui prétend vous donner une prééminence sur tout les représentants de votre sexe. Je ne vous demande pas de le dire haut et fort ni de faire acte de contrition publique. Non, simplement, à chaque instant de votre vie, je vous suggère, dans votre for intérieur, de sourire à chaque fois que vous constatez que vous êtes dans ce registre. Vous voyez que déjà, quand on retire ces deux paramètres inhérents à la séduction ou à la domination, on réalise une sérieuse économie d’énergie.
De plus, la survie de l’espèce serait incomplète si on n’y incluait pas la somme de soins que l’on apporte à ses enfants petits enfants et autres descendants.
M
aintenant, la survie de l’individu.
Bien sûr, il faut bouffer. La quête de nourriture occupe aussi pas mal de temps et consomme pas mal de joules. Cependant, la survie de l’individu, ce n’est pas que ça. On survit mieux quand on se protège du froid et des autres intempéries, quand on a son petit confort personnel.
Alors, on me rétorquera (non sans une certaine hauteur) : « Oui, mais tu oublies toutes les activités associatives et bénévoles qui ne rapportent rien ! »
Et ta sœur ?
Ces activités font partie des deux registres. Peut-être même un seul.
En effet, le militant associatif, syndical, politique, le prosélyte religieux considérant que l’espèce vit mal veut remédier à cet état de fait. Il veut améliorer les conditions de vie de l’espèce et de ce fait, lui permettre de survivre.
Toutefois, cette compréhension de la chose est pernicieuse. Dans le fond, c’est beaucoup plus égoïste.
Toutes ces activités sont liées, quand on y réfléchit exclusivement à la survie de l’individu.
Le grand mystique qui s’impose, dans son sacerdoce, des actions qu’il pense et que l’on décrit comme admirables et altruistes, que fait-il au juste ? Il s’inflige une vie rigoriste ; il assume le bon fonctionnement de son Eglise ; il organise et gère la communauté des croyant et va porter la bonne parole à ceux qui l’ignorent encore. Certes. Et alors ? Il cherche surtout à sauver son âme.
On lui a dit et expliqué que les méchants iront, après la mort en enfer. C’est horrible l’Enfer ! C’est très désagréable ! Alors, lui, il a peur. Il fait tout ce qui lui semble utile pour ne pas y être englouti. Vous vous rendez compte, vous ? Entre être assis à la droite d’un grand barbu en robe blanche ou précipité dans la Géhenne le choix est vite fait ! C’est un investissement.
Alors, organiser sa vie après la mort, qu’est-ce que c’est, sinon œuvrer à la survie de son propre individu ? Et quelle survie, n’est-ce pas ? L’éternité quand même !
Nous avons dit qu’il y a aussi les activités militantes non religieuses : C’est un peu la même chose. Bon, bien sûr, on ne prépare pas sa résurrection. Pas loin, quand même.
Un militant de n’importe quelle association, on peut penser qu’il a, en gros, trois types de préoccupations. D’abord, l’intérêt immédiat. Le syndicaliste qui lutte pour une plus juste rémunération en profitera évidemment. Le président de la joyeuse société bouliste qui organise des concours trouvera des partenaires et des adversaires pour satisfaire son plaisir. C’est militants, constatant une carence dans l’organisation de la société tâchent d’y subvenir afin d’en retirer les avantages d’une plus grande justice ou un plus grand plaisir devant l’adversité. Ils pallient à des inconforts patents et, nous l’avons déjà dit, améliorer les conditions de vie et de confort matériel et moral, cela revient à assurer, tout au moins le conçoit-on ainsi, une meilleure survie de l’individu.
Dans un deuxième temps, le même militant en retire une image de lui plus valorisante. Il a une mission dans la société. Il est connu et reconnu pour son activité au
service des autres. On le distingue de la foule. Il est celui qui… Celui qui, sans qui et sans quoi… Son narcissisme s’en trouve revalorisé. Le trésorier de l’association de cyclotourisme, ce n’est pas n’importe qui.
Là encore, l’autosatisfaction mélangée à la reconnaissance et à l’admiration d’autrui lui procurent un confort moral tendant vers une survie plus riche et plus gratifiante. En fait, il travaille à son aura et à sa gloire personnelle.
Et puis, il y a l’étape ultime.
Plus tard, après leur disparition, on en reparlera ? « Eh ! tu te souviens du Père Machin ? Ah ! Ça c’était un organisateur ! » Laisser une trace de son passage, faire partie des grands, de ceux que l’on n’oublie pas, n’est-ce pas un espoir profond de chacun ? Même, dépasser la génération qui a connu l’individu, devenir l’égal de Auguste Blanqui, de Louise Michel, de Jean Massé, n’est-ce pas entrer dans l’histoire de l’humanité et y rester
? Y rester comment ? je ne sais pas, moi : Avoir des rues qui portent son nom par exemple : Rue du père Machin. C’est la consécration.
C’est vrai, le militant ne cherche pas l’éternité. Non, mais il vise l’immortalité. C’est quand même un peu voisin, non ?
Du reste, qu’est-ce que je fais d’autre, moi, en ce moment. Je pourrais rester vautré sur une chaise longue à somnoler comme mon chien et ne me lever que quand la faim m’agace un peu. Mais non, je suis là, je vous écris des tas de choses comme si ma vie en dépendait. Je dépense mon temps et mon én
ergie à vous exposer ma compréhension du monde, ce dont l’immense majorité se fiche éperdument. Pourquoi ? Oui, pourquoi ? Je pense que je dois aussi travailler à mon immortalité. Si ! Si ! je vous assure ! Obscurément, je n’envisage rien moins que d’être jeté dans le même panier que Platon, Montaigne, Nietzsche et quelques autres joyeux drilles du même acabit. Alors, hein, le désintéressement, laissez moi rire ! Oui, en y repensant, je me vois bien statufié en orateur romain sur le parvis des collèges ou des maisons de la culture.
Il n’y a pas d’agissement sans cause ou sans but.
Les hommes, comme tous les animaux répondent à des stimuli. Ils ne daignent se fatiguer qu
e pour obtenir un plaisir ou pour éviter un ennui (ce qui revient au même). Donc, pour suggérer à l’humain une activité quelconque, il faut lui faire entrevoir un plaisir ou le menacer d’un ennui. C’est, du reste, ce que le bon sens populaire exprime par l’image du bâton et de la carotte. C’est aussi un peu ce que Freud (Sigmund 1856 1939), dans un domaine légèrement différent mais, assez comparable, quand même, exprime en considérant que les hommes cherchent toujours une situation mentale propre à éviter, le plus possible, les ennuis. Il dit, en gros, que les hommes cherchent à économiser leur psyché en ne consentant, en toute circonstance, que le niveau minimal d’investissement psychique.
Oui, mais, et le domaine artistique et plus généralement toute forme de créativité ?
C’est la même chose. Inventer, imaginer, créer, c’est une invraisemblable débauche d’énergie et de pugnacité volontariste tant physique que mentale. D’ailleurs ne dit-on pas que la création c’est dix pour cent d’imagination et quatre vingt dix pour cent de transpiration. Certes. Mais, c’est aus
si justifié par une immense fierté quand l’œuvre est réalisée. Hé ! Vous n’en connaissez pas, vous des gens qui ayant, bâti un poulailler au fond de leur jardin, y conduisent orgueilleusement leurs amis pour visiter le chef d’œuvre ? Alors, je ne vous dis pas, si c’est une symphonie !
Pour agir, il faut un stimulus, une motivation.
Vous vous demandez bien où je veux en venir, hein !
Et cette fameuse URSS dans tout ça, qu’est-ce qu’elle devient ?
Bah justement ! Revenons-y.
Nous avons dit que pour que l’humain agisse, il lui faut une motivation : Le bâton et la carotte.
Quelle est la plus grande crainte de tout salarié ? C’est de perdre son emploi. Or, dans l’Union soviétique, il est entendu que par définition, tout le monde a un emploi. Le chômage est complètement éradiqué. En soi, c’est une bonne chose ! Oui, mais, donc, plus de bâton.
Alors, il reste la carotte ? Pas davantage. En effet, Travailler avec pugnacité et volontarisme, cela pourrait, effectivement conduire à une reconnaissance et un avancement hiérarchique. Mais, on sait
que cette promotion conduira à des responsabilités où l’on risque, même si l’on est soi même performant, vues les conditions environnantes liées au principe de Peter, d’être en situation d’échec. Dans ce cas, le minimum qui soit à craindre serait que, considéré comme social traître ou saboteur, on soit déporté vers un goulag de Sibérie. Vous m’accorderez que ce n’est pas très motivant, tout ça !
En conséquence, on doit venir travailler. Bah oui, on vient ! On vous dit de prendre le marteau et de taper sur le morceau de ferraille. Bah oui, on tape ! De là à attendre de nous un volontarisme et une intention de performance, il y a une marge. En fait, chacun ne consent que le minimum d’effort. Chacun ne réalise que le stricte minimum pour ne pas avoir d’ennuis diplomatiques avec la hiérarchie. J’ai connu un cheval, comme ça. Comme il était très intelligent, il avait, depuis longtemps,
compris que moins il travaillait et moins il se fatiguait. Ah, on pouvait obtenir de lui des choses remarquables, mais il fallait le lui demander avec un insistance certaine.
Tenez, cela me remémore une anecdote que je vais vous raconter. Cela ne se passe pas en URSS mais dans l’ex République Démocratique Allemande, ce qui revient à peu près au même, dans une petite ville de la Forêt de Thuringe qui s’appelle Suhl.
Un matin, j’étais allé dans un magasin d’état : le Zentrum. Cela ressemblait à nos grands magasins dans lesquels il y a une caissière à chaque rayon. Comme j’envisageais de me rapporter un souvenir de mon voyage, je traînais par-ci par là entre les présentoirs. A un moment, je tombe en arrêt devant un pull-over. Vous voyez, un pull-over, un vrai. Pas un pull de fantaisie avec de jolis petits dessins, non, un pull de travailleur, un pull pour rester dehors quand il fait froid, un pull solide et chaud adapté à l’hiver de Thüringer Wald. Je décroche le Pull et je me dirige à la caisse. La caissière le prend, le dépose devant elle et commence à taper sur sa machine enregistreuse. A ce moment là, une petite sonnerie retentit. Instantanément, la caissière arrête de taper et s’en va. J’attends. Oui, j’attends. Je ne suis pas spécialement pressé, alors, j’attends. J’attends un bon moment. Au bout d’environ un quart d’heure, la brave Dame revient et achève sa saisie comme si rien ne s’était passé et me donne mon pull. Je paie et je sors. Je n’avais tout de même pas compris. Plus tard, je me suis renseigné auprès de mon hébergeur. Il a rit et m’a expliqué que c’était l’heure de sa pose.

Avez-vous besoin de commentaire ?
Dans ces conditions, on comprend aisément que dans l’URSS, on ne pouvait pas espérer de grandes performances ni qualitatives ni quantitatives sur la production quelle qu’elle soit.
Attention, je ne dis pas qu’il n’y avait pas des gens passionnés par leur travail, mais ils étaient une infime minorité et eux même paralysés par les infrastructures administratives dont ils dépendaient. On cite des chercheurs ou des géologues qui dans le grand nord avaient perdu l’habitude de demander un soutien logistique à Moscou et se débrouillaient par eux même en vivant en quasi autarcie.
Pas très efficace, tout ça, quand même !
Nous avons donc vu deux causes de l’implosion finale de l’URSS, la décomposition interne du système hiérarchique et administratif et la démotivation des individus.
Reste l’analyse matérialiste et dialectique de la chose.
Bah oui, quand même ! Il me semble qu’une étude un peu sérieuse de la situation aurait pu se faire. Surtout que les signes avant coureurs se sont manifestés dès les années trente.
Alors, réfléchissons une minute. Réfléchissons en brillants marxistes que nous sommes. Vous encore bien plus que moi, bien sûr !
D’abord sur le plan dialectique. Il était de bon ton de clamer de toutes ses forces que les difficultés de l’URSS étaient dues au fait que toutes les nations capitalistes du monde se liguaient contre elle. On ajoutait à cela le poids de la seconde guerre mondiale et le niveau de marasme où l’URSS avait pris la Russie en 1917. Ce sont des choses vraies ! Mais ce n’est pas la cause réelle. Il est à noter que le Japon, par exemple, présentait les deux dernières situations et cela ne l’a pas empêché de voir son économie devenir florissante (avec toutes les réserves que l’on peut y adjoindre).
On sait, et c’est, justement, l’exemple toujours donné, que la pomme ne tombe pas parce qu’il y a du vent. Elle tombe parce que sa condition de pomme fait qu’elle doit tomber. La cause est interne à la pomme. Au même titre, l’URSS s’est effondrée parce que sa condition d’URSS était telle qu’elle devait s’effondrer. Les causes n’étaient pas externes mais internes. Si ses modes de fonctionnement avaient été satisfaisantes, et surtout, comme on le proclamait très satisfaisantes, elle n’en serait pas arrivée là. Les vraies causes étaient son incapacité à motiver ses ressortissants et le pourrissement de son système hiérarchique.
La deuxième erreur était d’un autre ordre. Nous savons que le marxisme se caractérise
par une volonté de raisonnement matérialiste. Il se trouve que, précisément, le mode de raisonnement était strictement idéaliste. Il était entendu que dans un régime communiste, les gens allaient se mettre à travailler avec enthousiasme et volontarisme. C’est une ânerie ! Les individus humains ont continué d’agir en individus humains. Par manque de motivation, ils ont constaté qu’ils pouvaient vivre en travaillant à minima, ils ne s’en sont pas privés.
Il y avait en conséquence une erreur double. Dialectiquement, c’était l’incapacité de mettre au jour les contradictions internes et de les dépasser et matérialistement, c’était une vision idéaliste de l’humanité qui, prenant comme postulat que les gens allaient changer, s’est cramponnée, contre tout bon sens, à cette absurdité.
On peut donc noter que l’ex URSS était tout ce qu’on veut sauf un état géré par la philosophie de matérialisme dialectique décrit par Marx. Ce n’était donc pas un état communiste.
Qu’aurait il fallu faire ?
Pourquoi cela n’a pas été envisagé ?

C’est justement le sujet du prochain et dernier chapitre sur l’URSS.
08:54 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
02.12.2008
les partis (20)
L’URSS (2)
Nous sommes donc vers 1920. Le foisonnement révolutionnaire, s’il n’est plus à son sommet existe encore. La direction collégiale du parti b
olchevik n’est pas encore remise en cause mais la guerre civile a fait, déjà, ses ravages. La situation économique est désastreuse. Lénine décline et se méfie de plus en plus de Staline. Il écrira même peu de temps avant sa mort une lettre au bureau politique du parti suggérant de démettre Staline de ses fonctions de secrétaire général du parti. Sa violence l’inquiète. Mais ceci restera sans lendemain. 
L’idée, pour résoudre la lutte des classes décrite par Marx est d’abolir la propriété des moyens de production et de remplacer celle-ci par une collectivisation. Cependant, dans un premier temps, la terre a bien été remise aux moujiks. Alors, on a entendu à ce sujet les pires âneries. Il était entendu que chacun pouvait être propriétaire de sa montre ou de ses chaussures. Non, c’étaient les moyens de production dont on visait la collectivisation. Du coup, plus de patrons, plus de lutte des classes, donc : dictature du prolétariat. Nous y reviendrons.
Cela n’a pas été aussi simple que ça.
Surtout dans les campagnes et il faut se souvenir que la Russie soviétique était très
largement rurale.
A la mort de Lénine, Staline veut réaliser ces notions de façon rapide et, surtout, autoritaire. De plus, au lieu d’aller vers les mots d’ordres du passé (la terre à ceux qui la travaillent, les usines aux ouvriers et tous les pouvoirs aux soviets), Staline, les bolcheviks étant largement majoritaires dans de nombreux soviets, remplace les pouvoirs aux soviets par les pouvoirs au parti. Comme il se trouve qu’entre temps, le parti n’a plus de direction collégiale et que le congrès est réuni de plus en plus rarement, Cela veut dire que le parti c’est lui. En même temps, considérant que les opposants s’opposent à la dictature du prolétariat, il les interdit.
Nous arrivons donc, au lieu d’un foisonnement d’idées, à une situation inverse de ce qui était souhaité. Pas d’opposition possible,
ni dans les soviets, ni dans la nation. Il ne ressort donc plus aucune possibilité de solutions autres.
Staline a scié la branche sur laquelle il était assis.
Une autre confusion se surajoute à la précédente. L’idée de « les usines aux ouvriers » (ce qui était une vision proche de ce que prônaient les anarchistes), par un glissement en plusieurs étapes va perdre son sens. Cela se passe ainsi : les ouvriers, c’est les soviets ; les soviets, c’est le parti et le parti, c’est l’é
tat. Donc, les moyens de production ne sont pas remis aux travailleurs, mais à un état qui est lointain et qui confisque tous les revenus par des plans démentiels et irréalistes. Les ouvriers, au lieu de se sentir responsables de leur production s’en trouvent spoliés comme au temps anciens. Malgré les tentatives du stakhanovisme, qui prétendait récompenser les bon travailleurs, la motivation s’écroule. Staline ne se pose jamais la question de savoir pourquoi la production est mauvaise (tant en quantité qu’en qualité). Il considère que ces errances sont liées à de la mauvaise volonté. De là émerge la notion de sabotages ou de « social traître » qu’il faut éradiquer. Bien sûr, l
es premiers visés sont les responsables de tous les niveaux et Staline élimine physiquement ses plus fidèles partisans. On raconte que certains, croyant que le « camarade Staline » n’était pas au courant de ce qui se passait, face au peloton d’exécution, sont tombés en criant « Vive Staline ».
Puisque tous les secteurs de l’économie et de la vie en URSS sont étatisés, on peut considérer que tous les citoyens de l’Union soviétique sont devenus comme une sorte de fonctionnaires.
Et là, j’en arrive à vous rappeler le principe de Peter.
Le Professeur Laurence J. Peter (1919 1990) et son collaborateur Raymond Hull (1919 1985), tous deux citoyens canadiens, énoncent (d’abord sous forme d’une plaisanterie puis sérieusement) les constatations suivantes :
En principe et dans l’idéal, un salarié incompétent ne reçoit pas de promotion et stagne dans son poste (où il est incompétent).
Toujours dans le même cadre idéal, un salarié compétent est promu à une fonction supérieure.
Dans cette nouvelle fonction, il peut être encore compétent et espérer une autre promotion. S’il ne l’est pas, on se retrouve dans le cas du salarié non compétent. En effet, un maçon peut être un excellent professionnel, un virtuose de la truelle et de la taloche, mais un très médiocre chef d’équipe.
De plus, dans le poste qu’il a quitté, on va promouvoir un autre salarié qui lui même est potentiellement incompétent.

Il s’en suit deux choses qui sont la même vue dans deux sens différents.
1°) Tout salarié au cours de sa carrière professionnelle peut gravir des degrés dans l’échelle sociale jusqu’à ce qu’il arrive à un niveau où il est incompétent. Niveau qu’il occupera jusqu’à la fin de sa carrière. C’est ce que Peter et Hull appellent le « niveau d’incompétence » ou le « poste terminal ».
2°) Réciproquement, tout poste, à terme, sera occupé par un salarié incompétent.
Un incompétent ne fait rien. Je me suis laissé raconter cette histoire d’un chef de service dans une direction départementale qui, d’emblée, à ses nouveaux adjoints expliquait : n’importe comment, il est entendu que nous ne prenons jamais de décision. Si une instance passe outre et que c’est une réussite, tant mieux ! C’est que nous avons eu raison et si ça ne fonctionne pas, nous pouvons toujours leur reprocher d’avoir pris une initiative qui ne leur incombait pas.
Pour masquer son incompétence, l’incompétent se cache derrière divers expédients (plus ou moins inconsciemment). Il applique scrupuleusement les règlements sans chercher à réfléchir (l’infirmière
qui réveille son patient pour lui donner son somnifère). Il s’agite dans un pseudo activisme et ne se déplace qu’en courant avec deux ou trois dossiers sous le bras et une batterie de stylos différents dans la poche de sa chemise (bien visibles). De plus, assez rapidement, il somatise son mal de vivre en développant toutes sortes de maladies, donc des absences fréquentes, ou des comportements insupportables pour son entourage.
Il est clair que dans cette situation, l’incompétence stérilise l’éventuelle compétence qui se serait glissée là par hasard.
Cette situation est d’autant plus vraie que l’entreprise est plus vaste avec une hiérarchie plus complexe. En effet, il est entendu que le travailleur indépendant, seul dans son entreprise n’a pas de promotion à attendre. La micro entreprise de quelques salariés en est pratiquement exempte. Mais, la grande entreprise ou l’administration en fourmillent et, nous le disions déjà plus haut, on peut imaginer que tous les postes sont pourvus par un incompétent.
Peter en conclut que voilà une façon d’expliquer pourquoi les administration et les pays fonctionnent si mal.
Comment remédier à cette situation ?
Deux solutions seraient envisageables.
1°) Il faudrait que le salarié refuse lui même sa promotion. Ceci est impossible parce que l’individu humain est avide d’ascension sociale tant pour des raisons financières que pour l’aura et la gloire de sa personne. Cela me rappelle un sketch d’un humoriste il y a quelques décennies. Le sujet en était les rêveries d’un appariteur assis devant une petite table dans un couloir obscure, tamponnant sempiternellement des convocations et qui se disait : « Ah ! si j’serais chef de service ! »
2°) Les promotions étant décidées par la hiérarchie, il faudrait que celle-ci dénonce ces promotions abusives. Ceci est également impossible sinon, la hiérarchie, en se désavouant elle même, reconnaîtrait sa propre incompétence dans la mission qui lui incombe et qui consiste à promouvoir ses collaborateurs ce qui n’est pas envisageable.
Au même titre, il va de soi qu’un hiérarque ne peut pas reconnaître sa propre incompétence. Quelle que soit la compétence ou l’incompétence de ses adjoints, il leur fait supporter le poids de ses propres incapacités par des brimades, des surcroîts de travail inutile et des sanctions parfaitement injustifiées. Si un subalterne est compétent, voir super compétent, pour faire, malgré tout tourner la machine, il va avoir tendance à prendre des initiatives ce qui est inadmissible par la hiérarchie incompétente ainsi mise en défaut.
Bon, je ne vais pas vous refaire ici toutes les conséquences du principe de Peter, mais je vous invite à vous documenter sur le sujet. Vous verrez, c’est passionnant et ce serait même drôle si ce n’était, dans le fond, aussi tragiquement sordide.
Mais, revenons en à notre URSS.
Alors, hein, je vous la pose la question.
Qu’était-ce dans le fond que l’URSS si ce n’est une super administration tentaculaire, diversifiée, mais unique et monolithique ? A la fin de son existence, tous ses rouages étaient gangrenés d’incapacité et d’incompétence et, une organisation parallèle et interdite subvenait au besoins réels.
Cela dit, vous croyez que cette description est la seule possible pour expliquer l’évolution de l’URSS ?
C’est là que vous vous trompez !
Il y a encore une bévue dans la compréhension du comportement humain et, et surtout, une appréhension du monde qui avait perdu son analyse dialectico-matérialiste.
Mais ça, c’est pour la prochaine fois !
11:07 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


